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Planningtorock › W

  • 2011 - DFA, DFA2273 (1 cd digipack)

cd | 12 titres | 50:16 min

  • 1 Doorway
  • 2 The One
  • 3 Manifesto
  • 4 Going Wrong
  • 5 I'm Yr Man
  • 6 The Breaks
  • 7 Living It Out
  • 8 Milky Blau
  • 9 Jam
  • 10 Black Thumber
  • 11 Janine [reprise de Arthur Russel]
  • 12 #9

enregistrement

Berlin / New York / Londres / Akureyri.

line up

Janine Rostron

Musiciens additionnels : Sten Kallman (saxophone sur "The One"), Al Doyle (synthétiseur Moog sur "The Breaks"), Pat Mahoney (batterie sur "Living It Out")

chronique

"I know the void, the void knows me". La nuit tombe, en même temps que s'abat un rythme technoïde tranchant et profond, fissure de glacier en pleine nuit. Le futur est bleu et cristallin. Mes oreilles aspirent une aurore boréale. Les synthétiseurs érigent un belvédère pour leur reine avide d'immensités froides. Janine éclot aux yeux du monde : miracle étrange, déployant une aura aussi ample qu'à fleur de peau. Affectée, mais conquérante. Criarde, mais délicate... Janine est-elle une fée ? Une licorne ? Un phœnix ? (Ab)usant de distorsions pour "dé-genrer" sa voix qu'on ne connaîtra plus jamais nue, Janine ne vise ici plus l'extravagance cartoonesque - même si elle s'y adonne encore volontiers - mais la plus farouche différence. Celle des anormaux, de ceux qu'on nomme "freaks". Janine fabrique une techno-pop défigurée qui trouve refuge dans un "W" comme un chromosome alternatif aux "X" et "Y". W a la tristesse d'un cristal qui songe, et l'ampleur d'un rêve de dancefloor... C'est le cri du cœur de son artiste. Il faudrait être sourd de l'aorte pour ne pas l'entendre, dès son entrée. "I know my feelings". Le premier PTR était un album de mutant expatrié de Bolton à Berlin, tout frétillant de découvrir sa capacité de création, son excentricité dans un monde où se prétendre hors-normes serait plus que jamais la norme, mais d'une telle crétinerie que Janine aurait été bien mal avisée de refaire le coup. Have it All était une étonnante aberration, rien de plus. Ce second album en est une autre, mais avec une dimension supplémentaire non-négligeable érigée en reine : L'Émotion. À fleur de peau de voie lactée. Janine déplie ses ailes, et sous elles une ambiance de rescapée des glaciers, hissée par les violons et réconfortée par un saxophone porno-féérique, planant comme un ange libéré de sa cage entre la Lune et les banquises. Un entrelacs harmonique d'une rare pureté se met en place, abattant la sempiternelle moue blasée de ce trou à streaming qu'est l'auditeur du vingt-et-unième siècle. "Am I holding on to something going wrong ?" : on palpe le malaise, la transformation douloureuse de l'enfant-chenille. Sont-ce les années de plus passées à Berlin qui ont donné cette teinte au papillon Janine ? Muant de glam à new wave ? On sait bien que d'autres avant en sont ressortis aussi changés... Que lire à travers le masque de cette pochette Klein d'œil, qui dans son bleu profond montre la créature sous son nouvel avatar, dans sa phase avancée de mutation ? Faciès à la fois paisible et torturé de cette planète très lointaine qu'on appelle l'esprit humain, expression inquiète et inquétante d'une différence profondément meurtrie aspirant à la sérénité. Il y a bien sûr "I Am Your Man" qui reste dans ce ton maboul et extatique du précédent. Mais nous passons via W à l'étage supérieur : le ciel, la nuit. Les tourments mis à nu, et le désir de trouver sa place dans un monde à la banalité hostile, au milieu des étoiles. C'est chou, et ça peut être d'une tristesse rare. La fraîcheur pince-cœur de Janine, elle est comme ça. La magnétique "The Breaks" rappelle The Knife auxquels on ne cesse de comparer Planningtorock comme s'ille n'était qu'une excroissance dispensable d'eux alors que..."c'est pas la même chose". Dans la deuxième moitié du disque d'autres passages exotico-futuristico-nunuches y renvoient tout autant, mais c'est bel et bien à sa façon très personnelle que Janine fait de la musique de club : de la musique de club à écouter en chambre - même si la house de "Living It Out" a pour sûr de quoi mettre en transe une piste bondée. De la techno de jeune fille séquestrée, captive d'une chrysalide dont elle veut modifier la forme et les couleurs à sa guise. S'échappant dans des rêves d'harmonie avec les ombres du monde, d'apesanteur grisante. La seconde moitié de l'album, incontestablement plus faible que la première, s'étiole dans le bizarroïde-gadget et l'arty-stérile tournant un peu à vide, au risque de faire vaciller mes certitudes quant à la grandeur de cet album, et souffler la dernière loupiote de la note. Mon cœur d'artichaut en est tout chamboulé... Ces cinq boules jaunes que je dépose à ses pieds, ce sont cinq petites bougies de plus dans un monde sordide, peuplé d'automates aux nuques infléchies, silhouettes semblables à des tournesols morts plantés dans un champ de vide empathique, et qui pour l'écrasante majorité bouderont ce disque... Qu'ils fanent dans leur néant, tandis que la fleur Planningtorock croît jusqu'aux étoiles. "And I don't want to fight it, I want to know it / I don't want to hide it, I want to love it."

note       Publiée le mardi 31 décembre 2019

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