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SOPHIE › OIL OF EVERY PEARL'S UN-INSIDES

téléchargement • 9 titres • 39:56 min

  • 1It's Okay to Cry3:51
  • 2Ponyboy3:15
  • 3Faceshopping3:57
  • 4Is It Cold in the Water3:32
  • 5Infatuation4:40
  • 6Not Okay1:49
  • 7Pretending5:53
  • 8Immaterial3:53
  • 9Whole New World/Pretend World9:06

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Soapworld. Produit par SOPHIE.

line up

SOPHIE (production, chant), Cecile Believe (chant 2-5, 8, 9) Industry Plant (performer), Banofee (performer), Noonie Bao (performer)

remarques

chronique

Styles
electro
pop
indus
dark ambient
ovni inclassable
Styles personnels
mais putainnnnnnn !!!!!!!!!!!!!!

Il est nécessaire en toute chose de ne pas devenir un vieux con. Un vieux machin qui soupire après l’âge d’or perdu de sa propre jeunesse, du temps de laquelle tout était plus beau, plus pur, plus mieux. D’autant qu’il y a de un paquet de jeunes qui sont déjà des vieux cons. Surtout alors que résonne dans la musique pop les grandes orgues de la retromania. Voir des gamins singer leurs pères, non mais attends, leurs grands-pères, produire de la musique de vieux au kilomètre, s’habiller comme des vieux, la culture du cosplay au service du c’était mieux avant. Une forme de déclinisme culturel, de collapsologie de l’imagination. Mais faites en donc du rock ‘syché « comme dans les sixties », de la synth-pop « furieusement vintage », du hip-hop « old-school », pas comme les merdes qu’on entend aujourd’hui. Y a plus de saisons ma bonne dame, et avec leurs satellites là ils nous dérèglent tout, y a un peu plus de lieux communs et de poses acquises, je laisse ? Rien de telle qu’une culture canonifiée, muséifiée, réifiée par une déjà ancienne histoire de la critique et de la consommation. A partir d’un certain âge, les goûts se figent et valent bien un « 100 albums qu’il faut avoir écouté » édité par la Fnac. Non non non bordel ! Y a bien quelque part des gens qui font bouger le truc. Mais pour les reconnaître, faut d’abord rien comprendre. C’était le cas au début des années deux-mille, alors qu’un étrange microcosme anglais (toujours eux, encore eux) fait surgir sur des applications de streaming (ah ah ah, nique toi, retour du vinyle) une étrange musique de club aux contours en HD hardcore, plus lissée qu’une photo de mannequin sous photoshop, plus sautillante que la plus kawaii chanson adolescente de J-pop, aux voix pitchées à l’infini, faisant disparaitre toute notion de genre dans un vortex de latex multicolore effrayant. Les gens de PC Music, dont on est pas sûr alors qu’ils soient tous bien réels (A.G. Cook, GFOTY, easyFun, Hannah Diamond) et en parallèle une certaine SOPHIE, dont les singles Bipp et Lemonade siphonnent en quelques courtes minutes tout repère préétabli sur ce que doit être une chanson pop. SOPHIE, dont l’identité et le genre cachés derrière ce prénom féminin reste longtemps un mystère. Les affaires de genre, de la construction de l’identité en général, c’est sans doute une des questions les plus contemporaines de l’époque. Finalement SOPHIE tombe le masque pour montrer son visage, son vrai visage, mais son visage reconstruit, après sa transition, pour dévoiler le premier single qui accompagne son premier vrai album. Un format qui n’avait jusque là que peu concerné le genre bubblegum-bass, puisque c’est bien de ça dont il s’agit. Mais aussi de deconstructed club et autres dénominations étranges. SOPHIE, qui est sans doute la productrice la plus singulière du genre, déroute d’abord en sortant un morceau d’une simplicité et d’une douceur toute r’n’b en flottaison, sa propre voix pour la première fois qui sussure à l’auditeur.e (si il y a bien un moment de la sortir, c’est là) que c’est pas grave de pleurer. Comme un calin tout doux pour nous rassurer, que tout ira bien, qu’on a le droit d’être triste aussi, qui ou quoi que l’on soit. C’est une entrée en matière qui pourtant n’annonce en rien la suite, qui sera époustouflante, aussi magnifique qu’éprouvante. C’est ensuite à l’artiste canadienne Cecile Believe, avec qui elle co-compose et écrit une partie de l’album, qu’elle laisse le soin de l’incarnation vocale principale, et c’est parti. Dès « Ponyboy », c’est la bubblegum-bass le plus claquante qui soit, avec son atmosphère BDSM aussi oppressante qu’excitante et Cecile qui racole comme une folle. Loin de calmer le jeu, le single « Faceshopping » fait exploser toutes les grilles d’analyses. Un morceau totalement ahurissant accompagné d’un clip à l’avenant qui réinvente l’épilepsie, avec ces basses fleurtant avec le hors-jeu, les fameux sons de latex hystérisés, les voix gargouillantes, les bruits métalliques qui cinglent au delà du raisonnable. La voix de Cecile qui ré-assemble une seule phrase en changeant l’ordre des mots, chaque fois donnant une clef sur les problématiques de l’identité trans, et de l’identité en général en ce temps de l’obsession pour l’image sur les réseaux. La voix de SOPHIE, elle monstrueusement déformée et noyée dans les textures sonores, raconte tout ce qui est mis en jeu là-dedans, physiquement, psychologiquement, sociologiquement. Au milieu, une sorte de pont onirique où la voix se fait diva soul, dans un ciel arc-en-ciel qui glitch, puis ça recommence de plus belle, avec une brutalité renouvelée. On pourrait gloser des pages et des pages rien que sur ce morceau, sur ce qu’il raconte, sur le traitement du son, sur son clip hyper malaisant et saturé de signes à décrypter. Mais encore quelques mots sur ce qui suit, le r’n’b ambient post-industriel de « Is It Cold in the Water ? », qui monte comme une élégie, sur la pop destructurée de « Infatuation » où les voix sont traitées comme partie d’un tricotage sonore qui enfle et enfle jusqu’à la distortion, y compris d’un chant brisé. La seconde partie de l’album n’a rien d’une apaisante redescente, bien loin de là : en un temps limité, « Not Okay » renoue avec une bubblegum-bass contrastée et paradoxale qui dessine des paysages mentaux torturés, enchainant sur le dark ambient de « Pretending », encore une fois on joue sur les thèmes de l’apparence, de ce que l’on prétend être, ou donner à voir. C’est ici un long déchirement sonique qui aurait sa place dans les scènes les plus hallucinée de la troisième saison de Twin Peaks, la Red Room flottante au dessus d’un océan mauve n’est pas si loin. Et surgit un beat, un claquement de mains de plastique, une mélodie ultra-bondissante, le chant pop sucré des filles-garçon immatériel.le.s, célébrant la joie d’être bien ce qu’on veut être, au-delà de toute injonction. Un nouveau monde s’ouvre devant nous. Mais celui-ci n’est pas nécessairement une partie de plaisir, SOPHIE mêle une expression d’optimisme et des sons d’une brutalité inouïe dans leur précision chirurgicale, d’un bout à l’autre du spectre sonore, sa voix-même est prisonnière d’un abominable bourdonnement dans les basses. Cecile Believe s’évertue à appeler ce nouveau monde alors que tout autour d’elle s’agite dans une frénésie incontrollable. Car ce monde est celui de l’apparence, encore une fois, et il tient aussi un peu d’un cauchemar, comme celui dans lequel SOPHIE nous plonge alors, dissolvant les sons, les voix, troublant toute perception jusqu’à atteindre au maelstrom. Se noyer dans le maintenant, enfin.

note       Publiée le mercredi 2 octobre 2019

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Raven › jeudi 21 mai 2020 - 18:08  message privé !
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Le passage ambient est bien branlé et les moments un peu blade-runneresques sont choux, faut quand même avouer. Sinon ça me donne envie de ressortir mes Planningtorock et mes Venetian Snares (aucun rapport ? même pas sûr en fait, mais rien à cirer - j'oriente vers ma camelote comme au marché, désolé Sixou ;), ce qui est une qualité. Faut dire que le méta pour le méta ça a jamais été vraiment mon truc, même si je perçois bien ce que cette musique peut avoir de nauséeux-fascinant par ailleurs. Mais je passe pas outre la sensation de bidule, comme Salem jadis. Un truc généré par ordinateur (ce qui me rappelle une certaine vieille interview de Mike Patton au passage) qui me fait un effet expé-stérile. Tant pis.

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nicola › jeudi 21 mai 2020 - 17:14  message privé !

Vulgaire, ça ne me dérange pas, dans au moins deux sens du mot (dans le sens gens du commun ou dans le sens gros mot).
Quant à la musique, ben à vrai dire, je n’ai aucune idée de ce que c’est : est-ce que c’est du Woodkid, du Lady Gaga, du Benny B ? J’en sais foutre rien et je lis très souvent des chroniques de trucs qui ne me causent vraiment pas, juste pour voir qu’en effet, ce n’est pas mon truc.

(N°6) › jeudi 21 mai 2020 - 16:07  message privé !
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Merci pour la chro. Je sais pas bien comment l'exprimer en fait, la différence, c'est pas très clair pour moi non plus... Sinon que surtout, elle me fait un peu peur parfois, la SOPHIE. Quand t'écoutes "Ponyboy", t'as quand même l'impression qu'il te faut un safe word.

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Tallis › jeudi 21 mai 2020 - 16:00  message privé !

La nuance entre "putassier" et "vulgaire" est subtile, j'avoue... Je reste sur mon appréciation de vulgaire malgré tout. Et oui, chouette chro au demeurant même si je n'adhère absolument pas à la musique et à l'artiste.

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(N°6) › jeudi 21 mai 2020 - 15:58  message privé !
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Marrant, j'ai lu un peu la même analogie avec 100 Gecs. Mais je vais attendre un peu pour 100 Gecs, trop tôt manifestement... (ceci dit Laura Les revendique Naked City comme une influence, si c'est pas Gutsien ça)

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