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The Boo Radleys › Giant Steps

cd | 17 titres | 64:11 min

  • 1 I Hang Suspended [3:58]
  • 2 Upon 9th & Fairechild [4:50]
  • 3 Wish I Was Skinny [3:37]
  • 4 Leaves and Sand [4:25]
  • 5 Butterfly McQueen [3:28]
  • 6 Rodney King (Song for Lenny Bruce) [2:46]
  • 7 Thinking of Ways [3:47]
  • 8 Barney (… and Me) [4:42]
  • 9 Spun Around [2:31]
  • 10 If You Want It, Take It [2:46]
  • 11 Best Lose the Fear [4:13]
  • 12 Take the Time Around [4:07]
  • 13 Lazarus [4:38]
  • 14 One Is for [1:36]
  • 15 Run My Way Runways [2:20]
  • 16 I’ve Lost the Reason [5:18]
  • 17 The White Noise Revisited [5:02]

enregistrement

Enregistré aux First Protocol Studios, Londres, en février et mars 1993 par Andy Wilkinson, assisté de Giles Hall. Mixé aux Battery Studio, Londres, par Anjali Dutt, assistée de Sarah Bedingham. Masterisé aux studios Townhall par Barry Woodward et Kevin Metcalfe. Lazarus, remixé par Alan Moulder et BOO! Producions. Produit par BOO! Productions.

line up

Rob Cieka (batterie, percussions), Tim Brown (basse, claviers), Sice (voix), Martin Carr (guitare, claviers, voix ; paroles et musique), Steve Kitchen (trompette, Flugelhorn), Lindsay Johnston (violoncelle), Jackie Troy (clarinette, clarinette basse)

Musiciens additionnels : Meriel Bartham (voix sur Rodney King et One Is For), Chris Moore (trompette sur Lazarus), Margaret Fiedler (violoncelle sur Lazarus), Keith Cameron (voix sur The White Noise Revisited), Yvette Lacey (voix sur The White Noise Revisited), Moose (voix sur The White Noise Revisited, claquements de mains sur Wish I Was Skinny), Kle (voix sur The White Noise Revisited), Laurence (voix sur The White Noise Revisited), Nick Addison (voix sur The White Noise Revisited), Guy Fixsen (voix sur The White Noise Revisited), Russell (claquements de mains sur Wish I was Skinny)

remarques

Artwork : Stephen A. Wood.

chronique

Boo Radley : le nom vient de To Kill a Mocking Bird, d’Harper Lee (Ne tirez pas sur l’Oiseau Moqueur). Grand bouquin, au passage. (Et le seul, il me semble, publié du vivant de son auteure). Un personnage clé, là-dedans, ledit Boo – inquiétant par sa présence fantomatique, son absence à une maison de là. Menaçant en dépit de tout, de lui, légende murmurée. Triste, aussi, infiniment. (Le personnage et son aura, son histoire mal barrée très vite – avec ou sans lui, là encore. Le livre aussi, est triste, plein de bleus et noirs… Mais vraiment pas pareillement, pas homothétiques, l’un et l’autre. Pas plombant, bien au contraire, le roman). The Boo Radleys, le groupe : une poignée de provinciaux – de banlieusards, d’un bled sur la Mersey, pas loin de Liverpool. Formés longtemps, bien longtemps après la fin de la Grande Gloire Locale et Internationale (Hey, what’s that noise… Do you remember ? Do you remember ? ... ). (Les Beatles, évidemment – plus trop aux pubs du coin, en ce début des ‘90). D’abord portés sur la mélodie bruyante, brouillonne, charmante mais noyée – shoegaze etc., noizy-pop comme on disait encore alors volontiers. Bordélique, un poil. Avec ce chant – le dénommé Sice – quasi transparent, si commun dans le genre. Et les effets qui faisaient baver tout. Et puis… Et puis voilà : Giant Steps. Soudain tout prend. Ce titre : qui rappelle Coltrane, bien-sûr – et cette définition que donnait je ne sais plus qui de son œuvre : « une musique qui aide à vivre » ; tâche à la fois démesurée et infiniment modeste, presque dérisoire (s’il ne s’agit que de parler aux individus – un par un, avec toute la marge d’erreur que ça implique, dans ce que chacun/chacune y entendra). Ce nom : il est bien là, oui, le reclus du roman, invisible comme le chanteur, la voix inaudible « à l’image » mais qui laisse l’important dans les caches – Martin Carr, planqué derrière ses instruments, mais qui de fait écrit tout. Et surtout, cette musique : brillante et déprimée, arrangée, diverse mais qui garde son grain rugueux, son arrière-goût amer. Quelque chose de directement rock, riffs soudains, fuzz, qui persiste. Et la pop – mélodies, donc, écriture au petit poil, refrains imparables ; les Beatles, disais-je, passés par là forcément, ce qu’ils y avaient laissé cette fois-ci complètement assumé. Mais d’autres : les Beach Boys peut-être dans certaines harmonies. Des cuivres, des cordes, des moments dub, basse en avant, échos qui avalent leurs sources, en fin de course. Une production assez fantastique, en tout cas parfaitement sentie pour cette musique – à la fois frontale, parfois massive, et détaillée, qui souligne les contours ou les floute quand il faut, quand tel ou tel relief mérite de rester dans l’ombre pour mieux infléchir toute la composition. Carr aussi, dans ses textes, expose et code, dit tout cru ou en demi-mots pudiques. Aussi : celui-là, et le groupe avec, n’essayent pas de nous vendre la dépression comme un truc bandant, sexy et mystérieux – qui feraient du moindre péquin le prochain génie sortie du rang, de l’usine, de l’école, du bureau de chômage. Non… La dépression, là – elle est partout, à chaque coin de couplet, même dans les refrains hymniques (Hey… What’s that noise… long, long fade out, à la fin de cette ultime plage). Avec les petites tactiques pour en, pour s’en sortir, avant de re-trébucher, pire ou toujours, toujours pareil. (Se mettre des races au pub – juste pour trouver le courage de « le dire à quelqu’un ». Avaler des pilules – sur ordonnance ou non. S’enfumer des wagons de weed, avachi dans un vieux fauteuil… Les gueules de bois innombrables et semblables, dans toutes leurs variées figures, les possibles garde-à-vue, au bout d’une nuit ou de l’autre). Puis le bruit, toujours là – mesuré, balancé pile quand il faut pour que ça casse le morne et le beau, quand il risquait de tourner trop joli, confortable, trop tranquillement mélancolique, trop impeccablement ciselé dans les lumières. De son passé – noise-pop shoegaze etc., disais-je – le groupe ramène un sens fantastique des textures – rien que cette intro, sur le premier titre, les nappes puis les riffs qui viennent ouvrir l’espace à vif ; une science des couches empilées de guitares et claviers (mais… particulièrement de guitares, plus évidemment), désormais placés parfaitement où il faut dans le spectre pour que tout s’entende nettement (TROP nettement pour que ça reste rassurant ?) – Take the Time Around et son épisode de larsens chantants, échafaudés ; un sens des interludes déboussolés qui sont au vrai des pivots, des moments aussi indispensables que le reste – Run My Ways Runways, qui fait sauter le cerveau, le fil de la pensée hors de la clenche, carrément cauchemardesque. A travers tout ça – le bruit et les architectures pop, en équilibre – Carr, par la voix de Sice, donc (par celle de Meriel Bartham, alors chanteuse des Pale Saints, par deux fois ; d’autres invités passent, parmi lesquels Margaret Fiedler et Guy Fixsen, de Moonshake puis plus tard Laika – à vous de voir si le voisinage fait sens) balance l’histoire d’un type ordinaire qui ordinairement, tout le temps, sombre. Ressort à l’air. Replonge. Bois encore, fume encore, avale encore. Cause encore (et encore). Fatigué. Curieusement : sans que ça tourne jamais à l’atermoiement, avec une retenue dans le sens de l’exacte formule qui sera sa forme de générosité, l’ironie, quand elle est là, qui empêche uniquement que ça s’épande en confession larmoyante, gênante – If You Want It, Take It… Ça ne dit rien de plus ou de moins, c’est à vous de voir. A partir de là, tous les shalalala (tous les wa… euh, hum non – bref : I’ve Lost the Reason, juste avant le final qui disparaît lentement, déjà plus haut cité) ne peuvent plus sonner mièvre. Le crépuscule ou l’aube blêmes, dégueulassés par les émanations de la ville, sont une heure comme une autre pour s’y mettre. Pour continuer… Je l’ai lu tard, au fait, l’Oiseau Moqueur. Longtemps après avoir connue l’existence des Boo. Je l’ai aimé tard, aussi, ce groupe – et sur ce disque, surtout, même si je peux goûter maintenant leurs débuts foutraques, et certains morceaux sur l’album d’après (l’agacement d’avoir trop entendu le tube – leur vrai premier et peut-être bien le seul, il me semble – tiré de là, à l’époque, largement tassé depuis… Wake Up, ça disait – et que c’était un beau matin). Bon… « Qui aide à vivre » ? … Peut-être bien, allez. Je le répète : c’est énorme, comme motif, autant que pas grand-chose. Et Martin Carr énonce : et Lenny Bruce, et Papillon McQueen, Faye Dunaway (pour fade away ?), Barney (… et lui ; et moi ?), et Lazare. Et : « te tuer au boulot ne te paraît rien du tout/Puis tu rentres chez toi et tu chiales, et tu te sens tout petit/alors tu écoutes… » (encore eux – Liverpool). Et : « Hey, c’est quoi ce bruit ?! ». Vous vous rappelez… (dedans/dehors) ?

note       Publiée le vendredi 27 septembre 2019

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Dioneo › dimanche 29 septembre 2019 - 12:44  message privé !
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Oui, ils étaient amis... Il semblerait d'ailleurs que le personnage de Dill, dans l'Oiseau Moqueur, en soit très fortement inspiré, du Capote. Quant à Go Set a Watchman il semble bien - enfin, cf wiki qui n'a pas la science infuse (faudrait s'en rappeler plus souvent) mais il me semble que j'avais lu ça d'autres sources aussi quand j'ai lu l'Oiseau - qu'il n'ait pas été publié avant 2015 ; et si j'ai bien compris, il s'agirait en fait d'un premier manuscrit de ce qui deviendrait l'Oiseau (sorti en 1960), écrit lui dans les années 50 et non-publié alors ; apparemment dans ce manuscrit, la partie "enfance" qui constitue l'Oiseau était donnée en "flashback", en regard à une partie "vingt ans après". Harper Lee aurait retravaillé cette partie "plus tard" en vue d'une publication mais ce travail aurait été "perdu" à sa mort, puis retrouvé des années plus tard. Enfin... Pas lu non-plus pour ma part et pareil : faudra, tiens. (Ce qui nous a encore emmenés bien loin de ce disque/sujet de départ mais bon, eh eh... On est comme ça).

Note donnée au disque :       
Dun23 › dimanche 29 septembre 2019 - 11:31  message privé !

Je connais pas mais pour revenir à Harper Lee, elle en a sorti un second de bouquin, juste avant de mourir, Go set a watchman. Me fait penser qu'il me faut le lire.
Et je viens d'apprendre, merci wikipedia, qu'elle a contribué au monument qu'est De sang froid, de Capote.

Klarinetthor › samedi 28 septembre 2019 - 22:18  message privé !

C'est vrai que ça donne pas envie ce single (que je suis certainement trop jeune pour avoir subi en boucle)

Dioneo › samedi 28 septembre 2019 - 12:43  message privé !
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Nope, c'est sur le suivant, en effet... Et comme dit dans la chro, la chanson en question m'a tenu longtemps éloigné de ce groupe, vu qu'elle passait relativement "partout" à l'époque (et qu'elle me paraissait un poil niaiseuse) ! Mais ceci-dit... Bah passé ce moment, j'arrive à l'écouter, maintenant, et y'a encore des trucs que j'aime bien, sur l'album Wake Up!, le côté pas glop planqué sous la pop brillante n'en est pas absent non-plus (même la chanson titre en vrai, quand tu te penches sur ce que ça dit). Mais oui... Giant Steps reste pourtant à part du reste, pour moi, dans leur disco, c'est toujours le seul à quoi je reviens toujours (et que j'écoute chaque fois de bout en bout, aussi, j'arrive même pas à le penser autrement).

Note donnée au disque :       
torquemada › vendredi 27 septembre 2019 - 20:24  message privé !

"Wake up, it's a beautiful morning..." : ah, c'est pas celui-là ? tant mieux !