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King Dude › Sex

  • 2016 - Ván, Ván189 (1 cd digipack)

cd | 11 titres | 40:20 min

  • 1 Holy Christos
  • 2 Who Taught You How To Love
  • 3 I Wanna Die At 69
  • 4 Our Love Will Carry On
  • 5 Sex Dungeon (USA)
  • 6 Conflict & Climax
  • 7 The Leather One
  • 8 Swedish Boys
  • 9 Prisoners
  • 10 The Girls
  • 11 Shine Your Light

line up

T.J. Cowgill (chant, guitare, claviers, tambourin), August Johnson (batterie)

Musiciens additionnels : Foie Gras (voix sur "Holy Christos" et "Foie Gras")

chronique

Styles
gothique
gothic rock
alt-country
folk
blues
death rock
Styles personnels
american gothic

King Dude a traversé la crise d'identité sur plusieurs périodes musicales, comme des mues successives... Et puis le Dude a réalisé qu'il voulait juste être plus qu'un chanteur goth : un chanteur Goth, avec un "G" majuscule, comme dans "point G" ; avec une voix caverneuse, comme dans "corps caverneux". C'te voix-là, c'est un peu comme si le Soleil n'avait jamais existé. Andrew Eldritch, Vigo des Carpates et Raoul Bitembois peuvent remballer : King Dude est dans la place. Collant à l'intitulé facile mais casse-gueule de son disque (on osera pas parler de concept-album), il s'y croa, œil assoiffé et sinus éteints, sensuel à mort. Avec son je-ne-sais-quoi de tragique, qui pourrait en faire un personnage dans Leaving Las Vegas, ou Sailor & Lula. Presque lynchien, le Dude, ouais. D'ailleurs il a même fait un petit projet "je te chante tu me chantes" avec Julee Cruise, elle est pas bien faite la vie ? "NON, LA MORT EST PLUS SEXY", pourrait-il nous répondre du tac au tac en fronçant les sourcils du gosier. Ce King Dude numéro six/sex est funèbre autant que rock. Mi-soutane, mi-perfecto. Les tics et clichés du genre y sont poussés à leur maximum : ce baryton outrancier et arrogant, cette grosse réverb' de salaud dans laquelle il se vautre depuis Love... Goth sistersien raide comme un pal, outre-crayon noir, cafardeux/galvanisant... Rock. "Roi Gars" fait du foie gras (en plus sa corbeaute attitrée, "Foie Gras", est créditée - c'est pas beau ça ?) mais attention, Sex, c'est du foie gras de corbeau : un truc fondant et noir qui pèse au bide, vous imposant ses brames outre-sépulcraux. King Dude c'est ce blaireau des goths qui n'a jamais percé, et qui en approchant de plus en plus la quarantaine se révèle par une sorte de miracle ce qu'on appelle un "singer/songwriter" hanté, semblant accepter sa déchéance comme une cape de pouvoir. Sous les plâtrées de khôl de son chant forcé, il est comme ce mec anonyme, qui voulait être le plus charismatique des crooners et puis qui a fini sans s'en rendre compte chanteur de bar de province, réduit au rôle d'artiste raté local par une routine d'atermoiements, consolé par une consommation de plus en plus effrénée de lycéennes. Un crevard grandiloquent, rongé par le désir de reconnaissance, qui jouerait sa dernière représentation ("Shine your light" ?) dans le fracas sans fin des shooters et des queues de billard, devant une meute informe de barflies aux dents gâtées par le tabac virginien et de cow-boys aux phalanges rougies de trop cogner leur rombière, public qui ne se fout même plus de lui tant il ne remarque plus sa présence depuis belle lurette... King Dude est comme déjà mort, et c'est pour ça qu'ils le voient pas... Derrière le rideau, dans ses limbes. "I'm already gone"... Précéderont moult mortifications, des slows entrecoupés de rock'n'roll psycho-cradoque ronflants - ou gonflants selon le moment - des "Swedish Boys" débiles, des "Girls" pour se détendre un peu du chant de basse, et des ballades de vieux charognard maraudeur à la "Leather One" qui s'incrustent comme des tiques dans l'humeur (j'ai été surpris à la grogne-grommeler sans m'en rendre compte, celle-là, alors que je l'écoutais au casque ; un grand moment). Qu'il sonne garage, blues, punk ou funeral, Sex confine autant au séminal que les bons Danzig, ou à l'americana entendue mille fois mais toujours collante comme du bon vieux Johnny Cash des familles. Le genre de chansons qu'on nous met sur ces génériques de fin qui nous marquent plus que le film lui-même, si vous voyez ce que je veux dire... Dans ces conditions assez obscènes, un miracle survient alors : "Who taught you how to love". Un standard instantané, obsédant. Grâce à cette chanson King Dude appartient déjà au folklore américain, si vous voulez mon avis (ou pas). Rôdant comme une vieille ombre sordide qui ne veut pas vous lâcher, ce slow poisseux, très Peter Steele, en appelle à la rotation lourde... "She said she's gonna be a movie star someday"... Le Dude évoque à travers ce fragment de vécu sordide, réel ou fantasmé, le cimetière californien et ses épaves d'étoiles échouées derrière la colline aux neuf lettres, qui ne gagneront jamais de second rôle dans le prochain P.T. Anderson mais finiront à genoux (comme pour la prière) devant des mecs prêts à leur verser un salaire convenable. Filmées quand même. Le goth rock de Sex re-connecte dans ses grands moments à l'universel de la réalité la plus crue, la plus sordide, terreau des déprimes profondes du monde actuel, veines bleues sous l'épiderme translucide. Il ne renvoie finalement pas aux fantasmes western amusants des vieux corbacs anglais Sisters, Cult ou Fields, mais simplement au Mal commun. On remonte avec Sex à la source de la pourriture américaine, comme un fil à travers le corps coupé en deux du Dahlia Noir, des noms d'obscurs artistes country oubliés dans les épaves des juke-boxes, et toutes les fleurs fanées des cités-lumières, autant de filles sans visage qui passent en zigzaguant dans la stéréo... USA, berceau des corbeaux, monde des vautours... Sex, rock de ce pays bâti sur les sépultures sans noms des natifs, comme dans un Stephen King, blues de leurs âmes invengées qui transpirent à travers les fondations d'un fast-food du fond d'un bled quelconque d'Arizona ou du Texas, dont la sono pourrie recrache peut-être une chanson de ce disque alors que j'achève ce charnier de mots aussi interminable qu'écœurant.

note       Publiée le mercredi 11 septembre 2019

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Twilight › mercredi 11 septembre 2019 - 22:25  message privé !
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Clairement son meilleur album mais c'est définitivement pas ma tasse de thé, ce mélange Sol Invictus/Johnny Csh version rock m'insupporte...

Note donnée au disque :       
born to gulo › mercredi 11 septembre 2019 - 07:41  message privé !

Oui.

Note donnée au disque :