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Tool › Fear Inoculum

cd | 7 titres | 79:09 min

  • 1 Fear Inoculum
  • 2 Pneuma
  • 3 Invincible
  • 4 Descending
  • 5 Culling Voices
  • 6 Chocolate Chip Trip
  • 7 7empest

line up

Danny Carey (batterie, percussions, synthétiseurs), Justin Chancellor (basse), Adam Jones (guitare), Maynard James Keenan (chant)

remarques

L'édition internet contient trois pistes (interludes instrumentaux) supplémentaires : "Litanie contre la peur", "Legion Incolulant" et "Mockingbeat".

chronique

Re-tool, après un silence encore bien plus long que de coutume... Traiter du groupe mené par le vigneron pervers Maynard James Keenan est toujours un moment particulier, voire délicat. Même si ici, easy. Si on va plus loin que la grotesque édition limitée avec micro-écran HD incrusté, vendue aux pigeons et aux spéculateurs (comme le pinard de Nanard), Fear Inoculum est un album... facile. Le Tool cru 2019 est un Tool pré-mâché, velouté, fluide. C'est de la compote de Tool. C'est du Totool. Et une fois écouté il s'efface, comme l'écran magique que j'avais quand j'étais gosse. Même pas besoin de secouer. C'est un écran magique qu'ils auraient dû incorporer dans le digipack, tiens... Faut dire que ce Tool a des airs de jouet onéreux. Autant que de tuning de leurs vieilles tounes, qui les rendrait assimilables à première écoute. Accessibilité, ouais. Contrôle. Pro-Tool. Les mecs ils ont fait solfège, ça s'entend. Pas moi, alors qui suis-je pour critiquer ? Et puis il est objectivement très sympa, ce Tool. Que voilà un album aux sonorités familières, passées mais fraîches ! "Déjà-voo !" comme dirait le Keanu-Neo devant le petit chat noir qui re-passe dans le couloir. Déjà-vu comme cette montre molle sur le mur de la salle d'attente du dentiste. Horloger. Vacancier. Tool rime ici plus que jamais avec cool, swimming-pool, décontracté de la mool. Et signe un album très lounge et inutile. Un outil inutile, oui... Ou, au mieux, un album purement décoratif, en terrain quadrillé 100% années 90, axé sur des intros qui n'en finissent pas alors qu'elles sont pas plus sophistiquées que celle du single de Limp Bizkit pour M:I-2. Des montées de sève millimétriques, avec ces riffs qui hachent finement de la ciboulette métaphysique, et font ce fameux effet toolien de stroboscope au ralenti. Avec comme un arrière-goût de dissonance cognitive. Garniture : tapotages de congas en cadence, descentes de toms musclées (Danny est toujours aussi carré, même quand il tape en spirale), breaks inspirés comme, euh... Dark Vador débarquant à une soirée couscous chez Raël. Mélodies qui font du beach-volley en apesanteur, synthétiseurs plus hypnotiques que les yeux du serpent, Kaa... Léidoscopique ! Réverb' fumée au bong sur un tapis oriental. Et l'Maynard, tout fleur bleue pilule bleue, dont les hululements longent sensuellement ces rythmiques/guitares ondulant comme des iules géants sous la Lune (cf. pochette). Tout cet attirail "trve-Tool" du Grand Temple Toolien renvoie bien au trou noir new age Aenima, à ses puînés sportifs Lateralus et 10.000 Days. Comme lissés, uniformisés. Ces ambiances baba cool/sci-fi, nocturno-occulto-californiennes, hésitant entre le Triangle des Bermudes et la tringle à bermuda. Ces atmosphères désormais typiques de Tool, qui assument leur andropause avec un album fainéant, mécanique autant que nostalgique. Un album mécanique/nostalgique, oui, devant lequel je reste assis très confortablement et à l'issue duquel ne retiens rien de grand (et sûrement pas les bonus instrumentaux krautrock-gadget qu'ils ont incrusté dans la version longue internet), mais non plus rien de déplaisant. Je m'endors allongé sur la plage, avec ce prog ondulatoire-rectiligne dans les écouteurs... Tool Beach... Je me réveille, bien longtemps après que le Maynard ait crié "Wake up ! / Remember !", réalisant que je ne suis pas sur une plage mais dans ma chambre d'adolescent, le disque tourne et tournicote et tournicoti-tournicoton toujours, je suis groggy à côté de ma lampe à lave posée sur ma table de nuit couverte de stickers décollés de plein d'albums dont celui du dernier Tool... On est en quelle année ? 1999, 2009, 2019 ? Tool, manipulateur de perception temporelle ? Coach-gourou prostré au centre d'un cercle parfait de bougies, qui cherche encore à m'aspirer dans son vortex sonore ? Je colle des stickers, sur mon frigo. Signe d'adolescence attardée ? Et Tool, ils sont ados ou vieux ? Ils vieillissent bien, ou mal ? Ils vieillissent pas : ils stagnent. Et n'ont surtout rien sorti pendant treize ans. Un "no fap challenge" impressionnant, quand on sait par exemple que Dream Theater n'ont jamais tenu plus de trois. Alors faut pas trop leur en vouloir, à Tool, si leurs mains se font plaisir sur ces instruments qui font des sons si satisfaisants, en oubliant de transcender quoi que ce soit qu'ils aient déjà enregistré. Il faut les comprendre, Tool. Ils veulent juste glisser sur leur flux, se dégourdir un peu télépathes, groover à doses homéopathiques. Fear Oscillococcinum est cet album de stars ténébreuses, qui veulent juste tooler tranquillou, entre les anneaux de Neptune et l'Île de Pâques, Ray-Ban relevées sur le crâne pour taper le bœuf entre copains de promo, drifter et surfer dans leur petit monde paranormal balisé, avec les yeux de tous les gens qui les connaissent - le quart de la planète ? - partout tout autour, en constellation de myriades de fractales de spirales. Suiveurs aveuglés de l'Église de Lacrymologie ou simples voyeuristes comme mézigue. Inutile d'encenser une œuvre déjà bien garnie de bâtonnets fumants, inutile de la descendre en flammes... Apaisée, la mégalomanie compositrice du Tool soit-disant créateur de haute couture alternative ! Onanisme à Honolulu. Mains de Kali. Yoga, Paix intérieure ! Quant au coït tant attendu, chou blanc, donc. Mais zéro prise de chou. Alors que les fans du quatuor soient rassurés, si d'aventure certains d'entre eux étaient pris de hoquet devant cette note pourtant aussi neutre que l'album : on a rien contre vous, hein, que du contraire même... On vous souhaite Tool bonheur du monde, pour aujourd'hui comme pour demain.

note       Publiée le vendredi 6 septembre 2019

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Consultant en informatique › lundi 23 septembre 2019 - 18:07  message privé !
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Je n'y ai rien entendu de particulièrement scandaleux, ni dans un sens ni dans l'autre. Ça s'écoute, c'est pas prise de tête. À l'aveugle je ne suis même pas certain que j'arriverais à le distinguer des deux précédents qui me semblent tout aussi tiédasses (mais faut dire qu'à l'exception d'Undertow et Salival, j'ai jamais trouvé qu'il y avait franchement de quoi se taper le cul par terre avec ce groupe). J'aime bien la reco Truckfighters en tout cas. T'aurais pu coller un Isis récent sur la place restante du canap' aussi. Ça aurait fait une belle cousinade de branleurs désabusés.

Hallu › lundi 9 septembre 2019 - 15:34  message privé !

De mon côté je me le suis bouffé de nombreuses fois cet album, pour vraiment essayer. Mais je trouve que c'est juste un album roue libre. Carrey qui invite ses potes à venir faire un jam. Trop de passages djent assez ridicules, des solos de guitare comme un cheveu dans la soupe, des structures chiantes. Y a pas d'ambiance prenante, c'est beau et technique, mais fade et mou du genou. Ma plus grosse déception c'est les riffs, autant de gratte que de basse. Quand Raven dit "faut pas trop leur en vouloir, à Tool, si leurs mains se font plaisir sur ces instruments qui font des sons si satisfaisants, en oubliant de transcender quoi que ce soit qu'ils aient déjà enregistré" ça résume assez bien l'album. Pas besoin d'en dire plus.

Raven › samedi 7 septembre 2019 - 16:45  message privé !
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Bah on s'est fait troller par Maynard, en fait. Après il est parti prendre l'air (c'est bientôt les vendanges à Meursault, Nanard, tu viens ?)

Note donnée au disque :       
Demonaz Vikernes › samedi 7 septembre 2019 - 14:16  message privé !

Assez surpris de la vitesse avec laquelle les gens se font une opinion de celui là. Quant à moi, j'attendrai une version CD complète sur un packaging classique pour l'écouter. Probablement jamais donc.

born to gulo › samedi 7 septembre 2019 - 08:29  message privé !

L'écouter, une interminable demi-fois ? Mais chère Madame, pour quoi faire ?!

Note donnée au disque :