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Curtis Mayfield › Super Fly (O.S.T.)

  • 1972 - Curtom, CRS-8014-ST (1 vinyle)
  • 1999 - Rhino, R2 75803 (1 cd)

cd | 11 titres | 43:40 min

  • 1 Little Child Runnin’ Wild [5:27]
  • 2 Pusherman [5:06]
  • 3 Freddie’s Dead [5:29]
  • 4 Junkie Chase (Instrumental) [1:41]
  • 5 Give Me Your Love (Love Song) [4:20]
  • 6 Eddie You Should Know Better [2:21]
  • 7 No Thing On Me (Cocaine Song) [4:58]
  • 8 Think (Instrumental) [3:49]
  • 9 Superfly [4:00]
  • Bonus Tracks
  • 10 Freddie’s Dead (Theme from « Superfly ») (Single Mix)* [3:21]
  • 11 Superfly (Single Mix)* [3:08]

enregistrement

Enregistré aux studios RCA, Chicago, Illinois, par Roger Anfinsen, sauf Pusherman, enregistré aux studios Bell Sound, New York. Produit par Curtis Mayfield.

line up

Curtis Mayfield (composition, chant, guitare...), Johnny Pate (arrangements), les autres musiciens ne sont pas crédités.

remarques

*Les plages bonus sont celles de l’édition CD Rhino de 1999.

chronique

On l’a souvent dit : la B.O. de Super Fly, la partition composée par Curtis Mayfield, les accents – mélancoliques, alarmés/alarmants – de l’interprétation, contredit l’image, la commente en creux. Le film, au vrai, est assez médiocre, son personnage principal un bien piteux héros – « soul brother » par la couleur de peau seulement, la vêture de mac tournée uniforme, déjà tic, super-mâle au vrai plutôt dénué d’âme. Bon… L’industrie n’avait pas attendu longtemps pour vider le "nouveau" genre – la blaxploitation – de toute substance, produire en série, à l’esbroufe, passés les premiers succès. (Coïncidence ou pas : le réalisateur de Shaft – premier film, sorti l’année avant, à avoir rencontré un succès massif sur ce crénau – auparavant photographe auteur entre autre de clichés « de rue » parfois saisissants, s’appelait Gordon Parks ; celui du présent Super Fly, sorti en 1972, à priori sans aucun lien de famille direct avec le précédent, se nomme… Gordon Parks Jr. ...). Rien de marquant, donc, pour le cinéma... Et c’est Curtis, bien sûr, qui a raison. Sa musique. Poignante, elle – jamais sentimentale, pourtant, ici, jamais dans le chantage affectif. Même quand il chante « little child running wild ». Mayfield est… Lucide. Sensible, aussi – sensible pourtant. Le regard pointu, le trait concis – dans le verbe comme dans le phrasé, la cadence. Jamais roué mais rompu aux orchestrations justes, serrées, autant qu’à l’écriture ouverte, aérée. L’ampleur qu’il laisse aux cordes, par épisodes, dessine autour, en fond, les lignes, les ombres bleues. Alors qu’à l’écran ça canarde sans broncher – et que ça fait le beau dans des draps de soie avec des mannequins en afro – Curtis énonce simplement, sans rien d'épique (tristement, à regret, mais sans étonnement) : Freddie est Mort. Victime banale, pratiquement collatérale. Curtis, depuis longtemps, est rôdé aux faux-semblants de l’industrie musicale, aux avanies de l’indépendance (il a monté son label, Curtom, en 1968). Il a su tôt, par cœur – avec son groupe The Impressions, dès 1958 – l’obligation de coder les messages, des doubles sens ; la mécanique impeccable du doo-wop, les velléités, les coups de col désespérés pour se désengluer de la fabrique à consoler, à produire des tubes vides mais réconfortant, à l’exotisme forcé (rapporté ou non : jouer le Noir pour les Blancs ; chanter pour tous la Gitane – Gypsy Woman). Là, tout est direct – la parole passe sans tournure polie. Quand sa voix – ce falsetto unique, plus chaleureux encore, peut-être, que celui de Marvin Gaye – n’est pas celle du narrateur détaché en apparence (navré, au vrai, profondément, soucieux seulement de ne rien enflammer, de déciler, seulement), il emprunte celle du dealer, qui glace autant qu’elle peut apaiser – Pusherman et ses périodes brèves, impitoyables, sardoniques… mais parfaitement vraies dans ce qu’elles énoncent, ce qu’elles éludent, aussi, ne font qu’effleurer. Mayfield joue d’un funk sans gras, sans emphase, ici – on l’a dit, de toute façon : où qu’il laisse respirer les cordes, ce n’est pas pour enrober. D’une soul essentielle – électrique (cette guitare tout en wha miaulantes, expressives, mais jamais démonstrative), souple, vive, à vif sous l’élégance ; la voix toujours incomparablement douce, par-dessus – les moments d’espoir, d’appel à l’amour qui ne sonnent jamais joués, jamais mièvre, non-plus, simplement… Comme des évidences, par-dessus tout ce qui avait été cassé, déjà – en dépit des tueries policières, des massacres dans les rues des villes, des couteaux-tirés, des Blancs, Noirs, Latinos, Catholiques, Baptistes, Juifs, Black Muslims de fraîche date qui partaient, interminablement, se faire salement canner, et salement canner des types en pyjamas noirs dans une lointaine Asie du Sud Est. Curtis a déjà – a toujours, là – l’intuition précise, le sens des résonnances sur le goudron, dans le béton, dans l’alentour familier ; parle sans fard, en semblable seulement un peu plus posé, réfléchi ; Curtis veut encore s’élever – et que tout sorte du marasme. Tout était là au moins depuis son premier album solo – Curtis, en 1970 ; dès la première plage du disque (« Sisters! Niggers! Whiteys! Jews ! Crackers ! Don’t worry… If there’s a hell bellow/We’re all gonna go! »…) : sur le fantastique We the People (Who Are Darker Than Blue), plus loin sur le même disque. Tout est là, encore, sur cette B.O. – en forme plus resserrée, compacte, qu’on dirait presque sèche si n’y circulait pas un tel vif courant, ce constant appel à une communion qui n’est de se prosterner devant rien, personne – seulement à ne pas céder au monstrueux du monde, à vivre ensemble hors de sa bouche empoisonnée, à ne pas se complaire dans ses pièges. A rester vivant – c’est une tension constante, une attention, un art de sourcier contre la fatale apathie, la neurasthénie serait-elle confortable, engourdie. C’est une musique de club, à vrai dire, là – bongos, congas, en plus des batterie, basse, guitare, des cuivres eux aussi resserrés – nonobstant les épisodes de violons. Une idée qui peut se passer en petite formation. Une chose qui doit filer, se répandre plus vite que les haros – indics et flic mis trop vite au parfum autant que factions mafieuses, étouffantes, flétrissantes cliques de part et d’autre. C’est un disque à part, sans doute, dans la pléthore de bande-son de ces pléthores de films – et Mayfield, à vrai dire, un sans-pareil dans la soul de l’époque (et tout court… et au-delà des questions de genres). C’est d’une beauté forte, tonique, tonifiante, dans son absence de détour. C’est d’une sophistication bien singulière, dans son sens du détail – dans ce que ça ne prétend pas donner comme résolu, solution, dénouements… Comme méthode d’écriture autant que de questionnement.

note       Publiée le dimanche 1 septembre 2019

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Dioneo › dimanche 1 septembre 2019 - 16:24  message privé !
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Oué ! Peut pas rater, çuici... CHAQUE FOIS en effet. (Bon... en fait l'enchaînement des trois premiers tires fait ça, je dirais, à l'aise !)

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Raven › dimanche 1 septembre 2019 - 16:21  message privé !
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THE premier titre d'album 70's, qui me cueille à chaque fois...

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