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Philip Glass (1937) › Glassworks

cd • 6 titres • 38:48 min

  • 1Opening
  • 2Floe
  • 3Islands
  • 4Rubric
  • 5Façades
  • 6Closing

line up

Richard Peck (saxophone ténor), Michael Riesman (direction, piano, orgue électrique, synthétiseur basse), Philip Glass (orgue électrique), Jack Kripl (piccolo, saxophone soprano, clarinette, clarinette basse), Sharon Moe (cor), Larry Wechsler (cor), Linda Moss (alto), Maureen Gallagher (alto), Alfred Brown (alto), Julien Barber (alto), Lois Martin (alto), Seymour Barab (violoncelle), Frederick Zlotkin (violoncelle), John Abramowitz (violoncelle)

remarques

chronique

Ils l'ont utilisé pour au moins une publicité, j'en ai bien peur... Je ne sais plus si c'était pour une compagnie d'assurance ou d'avions de ligne, mais je suis sûr qu'ils l'ont fait, et j'ai peur de l'avoir découverte comme ça, la superbe "Opening". Un employé du quatre-vingt-seizième étage pensant aux yeux de la nouvelle stagiaire et au prochain café instantané qu'il allait soutirer à la machine l'écoutait peut-être même dans sa tête, juste avant que le nez d'un Boeing ne vienne percuter la photocopieuse et pas mal d'autres choses autour. Même la voix-off d'Amélie Poulain l'a pas vu venir. Les coupables sont américains. Européens parfois. Z'ont tous fait dans la réclame qui putifie la musique savante ! Mise au tapin, partout, pour la masse ! C'est pour ça que la télé, couic ! Et sans regrets. Hélas, ils vous rattrapent, les scélérats, même avec Adblock. Faudrait se réfugier dans un building, tiens, tout en verre bien sûr mais opaque, pour échapper à la laideur du monde... Un grand building vide de gens, avec juste des bureaux bien découpés et des ficus, pourquoi pas des photocopieuses à café, et simplement la savourer seul en communion avec le piano, cette musique. Le piano, oui, et juste lui, c'est tout, pour l'instant ça ira. Je dirai aux bois et aux cuivres de se pointer quand j'aurai faim de plus de textures, mais pour l'instant chhhht ! Des notes qui ruissellent, et qui en tombant élèvent l'âme même la plus lourde... Des angles pointus jusqu'à couler en fins filets apaisants... "Oooaaaah, c'est de toute bôté !" Consensuel à dessein, sans perdre une once d'exigence. Le Phil harmonique, il veut juste distribuer un échantillon de son style à la populace, sans donner dans la musique-gobelet. Ou alors juste un peu. Des fois c'est bien pratique, un gobelet, on se sent plus à l'aise avec pour voyager. Parce que Glassworks c'est du Glass customisé pour walkman, à la base, hein, pour de vrai ! Glass, il veut qu'un enfant venant de cacher sa quenotte sous l'oreiller pour la petite souris soit ému par sa musique, en même temps qu'un salarié du tertiaire en surendettement la tête coincée entre les mains qui échappe à la terne réalité des relevés de compte le temps d'une mélodie évolutive qui le rendra à la sérénité du verre... Allez savoir où ça a fini. Faudrait demander à la voix off de Magnolia. Cette musique elle s'est envolée un peu partout, c'tout, c'était son destin. La musique adoucit les mœurs, disent ces humains tous mous, et c'est toujours bon de revenir se lover dans ces mots si familiers, comme l'on se laisse bercer par les notes délicates de ce Glassworks. De l'élégante "Opening", donc, qui subtilement se fond dans ce lugubre et obsédant "Floe" dont la boucle liquide coule encore plus fluide que son titre, tintamarre moelleux qui remet les couverts sur la tempétueuse et amusante "Rubric", ou au travers de des "Islands" ou "Facades" aussi lâches que subtiles, et cetera, ça glisse dans le cristal. Ravissement lumineux. L'intitulé au double-sens savoureux est idoine. Glass fait tournicoter en bourrique, parfois magistral, parfois fainéant. Son Glassworks a quelque chose d'un break-respiration. Le moment où la grande œuvre est laissée de côté, et où Glass, en toute simplicité - apparente - semble s'évaporer, sans perdre de sa superbe, même s'il n'atteint pas ici les sommets de "ouaouh !" du gros Koyaanisqatsi qui lui succédera. Glassworks me rend serein, m'apaise, mieux loti que ce petit bonbon oublié dans son distributeur à ressort, et il me donne par instants la sensation pas dégueulasse d'être un trader accompli au sommet du building le plus haut, profitant de ses aquariums géants en dessinant en coin de post-it des neiges éternelles avec son Mont Blanc, tout ça sans besoin de m'être cassé la santé dix ans à rester fixé devant un écran (quoique, en y réfléchissant...) et sans l'arrière-goût désagréable du Capital avec ses graphiques et ses remontées de bile. Et tonton Philou j'ai l'impression qu'il acquiesce du bout des doigts, en esquissant un sourire. C'est la magie de son style, un peu. Je mets sa petite boîte de carrousels en verre soufflé sur "play" et je fais mes affaires, tandis que ces mouvements ayant leur vie propre s'épanouissent, véhicules de tourmentes bienveillantes. De la musique de fond ? Non : de la Grande Musique de fond ! Pour les ascenseurs qui veulent mettre un peu de spirales dans leur vie.

note       Publiée le jeudi 29 août 2019

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(N°6) › jeudi 29 août 2019 - 12:23  message privé !
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La pochette est parfaite pour son époque. La chro aussi. Glass ceiling.

Alfred le Pingouin › jeudi 29 août 2019 - 09:15  message privé !

Si je me rappelle bien, ce skeud Columbia l'a commandé pour financer le pressage d'Einstein on the Beach... Ah et oui c'est coolos. A mi-chemin entre le Glass tranquillou et le Glass qui ouvre la porte derrière le cerveau.

Note donnée au disque :       
Wotzenknecht › jeudi 29 août 2019 - 08:05  message privé !
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Oui. Ma mere t'as refilé mes cartons de vinyles ou quoi ?

Note donnée au disque :