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Annie Hardy › Rules

téléchargement internet | 12 titres | 58:18 min

  • 1 Train [3:17]
  • 2 Jade Helm [7:11]
  • 3 Want [4:49]
  • 4 Impossible to Love [6:33]
  • 5 Shadow Mode [3:59]
  • 6 High Forever [2:16]
  • 7 Go Hey Ruku Sake [2:31]
  • 8 Blood In Blood Out [7:52]
  • 9 Jesus Loves Me [5:35]
  • 10 Mockingbird [4:32]
  • 11 Goodbye My Love [6:55]
  • 12 Batman [2:58]

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Joe Cardamone.

remarques

https://anniehardy.bandcamp.com/album/rules-2

chronique

Styles
indie rock
post punk
folk
soul
Styles personnels
élégie américaine

Si le monde était juste, Annie Hardy serait reconnue à sa juste valeur par le public et la critique. Mais si le monde était juste, Annie n’aurait pas perdu un petit bébé et un compagnon au fil d’une seule terrible année. Si le monde était juste, tous les coeurs brisés auraient la gorge serrée à l’écoute de « Rules », album à la nécessité évidente. Quoi faire d’autre quand on est une musicienne, pour survivre après ça ? Travailler. Faire ce qu’on sait faire de mieux. Le monde n’est pas juste. Tout le monde le sait. Le monde n’est pas juste, mais la vie vaut la peine d’être vécue, qu’on croit ou non à un Dieu dans le ciel. Alors je le dis sans fard, « Rules », le premier album d’Annie Hardy, la grande Annie Hardy, celle qui avait déjà brillé au sein de Giant Drag, trop éphémère formation qui elle aussi aurait mérité tellement plus, « Rules » est un de ces albums déchirants et sublimes que j’écouterai encore et encore et encore. Une merveille à laquelle seuls ceux qui savent auront accès. Alors peut-être est-il temps de chanter le gospel pour Annie Hardy. Déchirante et fragile Annie Hardy qui reste debout après tout ça, quelle force il faut !! Sa voix d’oiseau blessé, avec ce cheveu sur la langue adorable, sa voix pleine de colère aussi, sa voix jamais très loin d’envoyer chier le monde, gros. Parce qu’Annie a toujours eu ce côté revêche, volontiers et sincèrement provocatrice, usant d’obscénités, de « curse words » comme on dit là-bas, jetant des malédictions avec des mots qu’on n’a pas le droit de dire, surtout quand on est une fille. Mais Annie a acquis le droit de dire ce qu’elle veut. Dire sa douleur d’abord. A qui veut l’entendre. On ne va pas se mentir, il est difficile, infiniment douloureux cet album, surtout alors qu’il progresse vers les blessures les plus intimes dans sa dernière partie. On se sentirait presque gêné d’être là, à l’écouter. Sauf que Annie elle, n’en a cure. Dans peut-être le morceau le plus bouleversant, autour duquel tout l’album semble s’achopper, la ballade velvetienne « Jesus Loves Me », Annie raconte son histoire, une histoire qui fait mal au coeur. Mais Annie, elle s’en bat les couilles de ce que vous pensez d’elle. Au détour de cette complainte au parfum de gospel, elle use soudain d’un phrasé hip-hop pour envoyer chier ceux qui la jugeraient, « everyone can blow me, talkin’ shit, actin’ like they know me », c’est fulgurant et mystique et on croit avec elle que « Jesus is my homie ». Now I’m a believer ! Musicalement aussi c’est une merveille qui dépasse de loin tout ce qu’elle avait déjà produit. C’est de la musique américaine dans ce qu’elle a de plus profond, avec des arrangements où mélodies évidentes et tragiques virent volontiers au chaos. La guitare d’Annie est là bien sûr, ses pédales d’effets aussi, personne ne peut oublier qu’elle est une géniale bricoleuse de fuzz, de riffs brisés et de textures noisy. Mais il y a bien plus, il y a un piano digne des Bad Seeds, il y a des orgues bourdonnants comme aux heures du psyché de Frisco, des cordes triomphantes et mortifères à la fois, il y a la soul, la vraie, l’âme d’une Amérique blessée, où le sang se déverse dans la rue. Il y a dans le lointain les ballades folk les plus viscérales de Neil Young, avec qui elle partage cette magnifique instabilité vocale. Viscéral oui c’est le mot. De l’âme au corps il y a tout dans cet album, Annie y a tout mis parce qu’elle n’avait pas le choix. Juste là, au milieu, tranchant l’album en deux, Annie répète comme un mantra qui se boucle sur lui-même en cadavre exquis de moebius « I thought the highs would last forever I was wrong » sur des claviers qui se mettent à scintiller comme des étoiles indifférentes à nos petites vies. Annie dit tout de nous, c’est terrible. Alors elle y va d’un autre mantra, sur une pulsation électronique « Go Hey Ruku Sake », ça ressemble presque au cri de Street Fighter qu’elle lançait sur le premier Giant Drag. Annie zozotte mais Annie se tient droite. Même si ce qui lui reste à chanter, c’est l’absence de son petit oiseau moqueur, l’absence de son Batman. Au revoir mon amour. C’est ce qu’on est tous destinés à dire, pour finir. Au revoir mon amour. Faut bien que quelqu’un nous le chante à nous aussi. Merci Annie, merci, mercy.

note       Publiée le samedi 17 août 2019

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Raven › mercredi 28 août 2019 - 08:29  message privé !
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Bien vu... au Canada, donc autant dire à 40. Annieeeeeeeuh.

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Rastignac › mercredi 28 août 2019 - 07:24  message privé !
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à 20 boules sur discoul... sur discogs ! le vinyle.

(N°6) › mercredi 28 août 2019 - 01:51  message privé !
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Y a eu une petite édition vinyle à la sortie, genre 500 copies. C'est le plus qu'elle pouvait se permettre je pense. Quand tu penses que Giant Drag était signé chez Interscope à l'époque...

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Raven › mercredi 28 août 2019 - 01:42  message privé !
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Dommage qu'elle le sorte pas en disque, pour ces cons de matérialistes.

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Wotzenknecht › lundi 19 août 2019 - 19:34  message privé !

Deus vult, I guess. Je m’incline.