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Katerine › Robots après tout

  • 2005 • Barclay 9827099 • 1 CD

cd • 14 titres • 42:54 min

  • 1Êtres humains2:35
  • 2Borderline3:32
  • 3Numéros3:40
  • 4Le train de 19H3:06
  • 5Louxor j'adore3:02
  • 6Le 20.04.20052:48
  • 7Titanic3:12
  • 8100% VIP3:03
  • 9Patati Patata!1:25
  • 10Excuse-moi3:36
  • 11Qu'est-ce qu'il a dit?2:36
  • 1278.20082:48
  • 13Après moi2:40
  • 1411 Septembre5:09

enregistrement

Produit par Katerine, Gonzalez et Renaud Létang. Enregistré aux Studios Ferber.

line up

Katerine, Gonzalez, Renaud Letang

Musiciens additionnels : Le choeurs des robots, Helena

remarques

chronique

Styles
electro
pop
chanson
Styles personnels
electro-pop en trompe l'oeil

L’an 2000, c’est du passé. Ca fait mal hein ? Ca vieillit. On se retourne et paf, le futur c’est le passé. A partir d’un certain moment, même le présent, c’est du passé. Les années d’après l’an deux-mille, c’est du passé. Ca file, putain. Et rien n’évoque mieux les années deux-mille que l’album phare de Katerine. Philippe, pour les intimes. Un vendéen, putain rien que ça, monté à Nantes, un dandy aux chansons aussi élégantes qu’absurdes, que seul un public de connaisseurs apprécient. Et puis Katerine explose. Sur un malentendu, comme souvent. On le prendra pour un rigolo qui vient mettre le feu au Grand Journal avec « 100% VIP », qui préfigure déjà l’obsession pour les années quatre-vingt qu’on va se taper pendant au moins quinze ans ensuite. Katerine fait la nique aux Daft Punk avec son titre, là, d’ailleurs ils finiront par en faire aussi, de l’électro-funk eighties, une fois devenus une bonne vieille institution. Ce qui ne risque pas d’arriver à Katerine. Alors que son album en sous-pull de lycra rose, c’est l’album de la décennie. Alors bon ça explose parce qu’il y a deux gros tubes cons. Mais « Louxor j’adore », derrière son gimmick génial (« je coupe le son je remets le son », ça parait tellement évident), ça reste l’histoire d’un mec à côté, dans une position d’observation, qui regarde les gens et qui finit par se faire lyncher parce qu’il interfère avec la fête, qu’il empêche de tourner rond. La prod électro-pop parfaitement vaselinée de Gonzalez et Renaud Letang (derrière le succès de Feist à la même époque, autant dire la Midas touch) fait office de trompe l’oeil. Les années 00, en fait, c’est l’angoisse. C’est la fin du futur. Kraftwerk avaient chanté l’homme-machine, Devo avaient prédit la dévolution, on y est, nous sommes tous des robots après tout. D’où ces ritournelles répétitives, ces boucles d’apparence simplistes, ces paroles découpées en syllabes genre monocorde. Et puis l’omniprésence des chiffres, des nombres qui contrôlent nos vies. La rationalisation de notre existence d’humains robotisés. Des chiffres pour nous identifier, nous différencier, nous classer, nous faire circuler dans nos trains, des chiffres sur les pointeuses, les horloges numériques, savoir quand on entre, quand on sort, sur quelle ligne on se trouve, pour aller où, pour rentrer quand. Comme le petit poulet de Vendée n°728120 dont Katerine chantait le triste destin. Le futur, vu de loin, c’était beau, mais maintenant qu’il est passé, la vie dans le futur c’est plutôt l’angoisse. Et puis ces humains trop humains que Katerine observe, décrit avec une effrayante neutralité, ont des vies absurdes, que seul le comique sauve du pathétique total. Ca fait rigoler, forcément, même si c’est pas drôle. Mais réfléchissez-y, au moment où vous lisez ces lignes, y a des gens qui éjaculent dans les cheveux de filles et d’autres qui sont écrabouillés dans des voitures. Bien sûr ça fait rigoler, surtout quand Katerine il fait rien qu’a jouer avec la langue, pas dire le s à la fin d’anus, parce que ça sert à rien les s à la fin des mots. L’ancien flegme à l’anglaise a cédé la place à un comique tellement pince sans rire qu’il en est devenu mécanique. D’ailleurs c’est ça le rire, c’est le mécanique dans le vivant, même c’est Bergson qui le dit d’abord. Alors Katerine il fait rigoler les enfants, qui comprennent toujours quand c’est simple à chanter, qu’il suffit de répéter, qu’il y a des suites de chiffres, des suites de noms, comme des comptines mais pour des humains bien rationalisés, bien rangés, bien contrôlés. Sauf que la vie elle veut pas de ça, alors les chansons de Katerine non plus. Les beats électroniques métronomiques s’effacent devant un métronome, un vrai (le maître-onome comme disait mon vieux prof de musique, qui lui aussi aimait faire des blagues comme le contrôleur). Et Katerine chante l’angoisse totale de devoir supporter son corps tout le temps, ne jamais pouvoir s’en échapper. Il dit « couilles » et c’est rigolo et ça fait rire les enfants, mais c’est l’angoisse, en fait. La vrai, l’existentielle. L’insupportable succession des jours et des années dans ce corps auquel on échappe pas, jamais. En picolant alors ? Une vague guitare qui flotte, la voix doucereuse et bête de la langue de la personne bourrée, vulnérable et détestable. Moi ça me fout le cafard, je m’en souviens trop bien des messages alcoolisés et de leur involontaire comique nauséeux. Mes années 00, c’est l’alcool aussi. Et puis parfois ça déborde, ça vire au cauchemar, encore des chiffres, juste une date. Non, pas celle-là, on y arrive mais pas encore celle-là, la première de la décennie. Non, juste une date, une suite de chiffres comme une autre où Katerine suit une blonde dans la rue et c’est Marine Le Pen. L’électro et la diction se font anxiogènes, un piano panique, Katerine veut pas niquer mais Marine Le Pen le suit partout dans Paris, comme dans un film d’horreur. La succession des noms de rue, de métro, ici, ne débouche sur rien sinon sur toujours le même cauchemar. Katerine voit le futur, le nouveau futur, celui qu’on n’imaginait pas, qu’on ne voulait pas imaginer. A la fin des années soixante-dix, le futur c’était les voitures volantes et les synthés à la Blade Runner comme il le chante dans sa chanson la plus clairement mélanco-mélodique. Mais non, finalement le futur c’est Marine Le Pen, putain mais quelle angoisse. Alors comme pour se rassurer, Katerine fait l’idiot en boite où les beats sont robotiques comme jamais, les choeurs d’enfants répètent bêtement les énoncés d’adultes incertains. Faut bien dire que les années 00, ça avait mal commencé, pour nous. Katerine n’en fait pas tout un drame en chanson, ce serait obscène. Mais c’est un peu trop difficile d’en rire, quand même. Alors Katerine raconte sa journée, accompagnant ses mots de notes de clavier famélique et d’une boite à rythme souffreteuse. Ca dit l’époque où on lisait encore des « papiers sur Jospin » dans le journal. Quelque chose dans l’air qui flotte, un frisson dans cette journée d’une banalité absolue, au loin seulement la rumeur d’un attentat. Tout en hors-champ. Devant l’inconcevable, Katerine se remet à chanter comme autrefois, l’air de rien, une jolie chanson d’amour du quotidien. Mais les claviers derrière lui ne suivent pas, ils restent bloqués sur des patterns sans but, et la jolie chanson dévoile son caractère fantomatique. Les années deux-mille, l’angoisse. Mieux vaut en rire, parce que sinon…

note       Publiée le dimanche 1 septembre 2019

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Note moyenne        4 votes

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Raven › lundi 2 septembre 2019 - 12:43  message privé !
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Je note mais j'suis feignant donc j'attendrai les chros, pour me donner l'envie d'avoir envie, comme disait ce Belge-Suisse implanté à Saint-Barth.

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(N°6) › lundi 2 septembre 2019 - 12:36  message privé !
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Pour reprendre une expression que j'aime beaucoup (et que j'accole en général à quelqu'un d'autre), Katerine est drôle mais pas gai. De toute façon, y a rien de pire que le faux sérieux. Je préfère de loin les faux rigolos. Je pense que c'est un type complexe, qu'a très largement oublié d'être con et qui est bien perché somme toute. Pour y voir un peu plus clair, sans doute faut écouter attentivement son album "Le film", écrit après la mort de son papa qu'on voit (et qu'on entend) sur l'album éponyme. Et puis "Je vous emmerde" reste quand même une de mes chansons favorites du monde entier, "sentimentalement démissionnaire, professionnellement suicidaire, moi je suis dans la merde et je vous emmerde.", le tout sans chichi, on aura jamais dit mieux.

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Raven › lundi 2 septembre 2019 - 12:08  message privé !
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D'ailleurs oui, au sujet des préjugés, j'ai pas rebondi sur ton com (n°6) mais pareil de mon côté pour le personnage du moins, d'une façon un peu comme avec Stupeflip "groupe rigolo pour les soirées" (même si nettement plus talentueux que Philippe amha...préjugé ?), Katerine passe pour un genre de chanteur grolandais pas drôle, sa dégaine de sketch des deschiens, son apparence soigneusement négligée jouent pas mal là-dessus... La musique bloque mais j'aime bien le personnage (ça sonne vraiment con cette expression) je sais pas dans quelle mesure il est second degré ou dans la posture ou pas en vrai - et je m'en fous un peu pour le coup - mais y a une angoisse qui me cause tout de même, chez ce gusse, sa façon de raconter les choses et sa voix de petite peluche fébrile ; 'angoisse' c'est le mot-clé t'as mis le doigt dessus, s'il a un humour c'est celui de ce mec angoissé qui, comme tu dis justement dans ta chro "regarde les gens danser". Faux-ami !

Note donnée au disque :       
torquemada › dimanche 1 septembre 2019 - 19:23  message privé !

J'avoue avoir beaucoup aimé ses albums précédents à l'époque jusqu'à "8e Ciel" mais ce truc, c'est abominable.

Tallis › dimanche 1 septembre 2019 - 17:33  message privé !

Le type m'insupporte et ses albums tout autant...

Note donnée au disque :