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Public Enemy › Yo! Bum Rush The Show

cd | 12 titres | 46:42 min

  • 1 You're Gonna Get Yours
  • 2 Sophisticated Bitch
  • 3 Miuzi Weighs A Ton
  • 4 Timebomb
  • 5 Too Much Posse
  • 6 Rightstarter (Message To A Black Man)
  • 7 Public Enemy No. 1
  • 8 M.P.E.
  • 9 Yo! Bum Rush The Show
  • 10 Raise The Roof
  • 11 Megablast
  • 12 Terminator X Speaks With His Hands

line up

Chuck D (MC), Flavor Flav (MC), The Bomb Squad [Terminator X, Hank Shocklee, Eric Sadler] (production)

Musiciens additionnels : Vernon Reid (guitares), Stephen Linsley (basse), Bill Stephney (basse, guitares)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
new school

Cette pochette culte et occulte annonce la couleur direct, sans mauvais esprit (de mon côté s'entend) : elle semble avoir été prise en plein milieu d'un conseil de guerre, comme dans la cave d'un révolutionnaire cubain. Et à sa surface, va naître ce qui ressemble à un paradoxe : le hip-hop est à présent bien médiatisé, alors même qu'il devient plus politique et violent que jamais. On raconte que tout cela a été fomenté dans les hautes sphères par une bande de businessmen pas très "street", pour qui ces jeunes noirs énervés étaient une bonne occasion de faire du flouze à peu de frais. Le sulfureux Professor Griff n'est pas loin (même s'il n'arrivera avec son "Ministère d'Information" que sur It Takes), les dérapages aussi, pour du rap ça la fout un peu mal... Enfin y a rapport, et c'est raccord, étant donné que le goût pour la paranoïa est depuis toujours soudé à la musique de la créature sous contrôle-incontrôlable Public Enemy, qui avec ses airs de cheval de Troie de la Nation of Islam, saura de plus en plus se montrer complotiste pour ne pas dire nauséabonde, brrrr... jusqu'à être vite délaissée et reléguée quasiment à l'underground dans les années 90/2000, en parallèle à sa radicalisation politique. Peu les suivront, sauf en surface, et encore : Public Enemy n'aura en réalité pas fait beaucoup de petits dans le monde du hip-hop, un paradoxe quand on connaît son statut. Mais, au début... S'organiser en collectif pour investir les ondes. Vouloir - naïvement mais vigoureusement - réveiller les consciences des siens (et pas qu'eux) à coups de rangers... Utiliser la radio comme une arme de guerre... Le nom et le logo, encore chauds, sont suffisants pour dire en quoi P.E. est radical, et radicalement différent des autres groupes de rap de l'époque. Mais pour l'heure, tout reste encore limité au bac à sable de l'egotrip bon enfant, sous le sceau du trivial, avec les verses déjà cliché d'un genre sur l'amour des grosses jantes chromées et du bling-bling, qui serviront d'argument récurrent à ceux qui voient le rap que comme la sous-musique d'une sous-culture. Oui, Chuck D n'a pas encore acquis sa pleine verve ici, encore un peu plan-plan... Ceci étant posé, on est pas du tout obligé d'être péjoratif et prendre ce disque comme une vieille babiole amusante : le tout n'est pas de savoir comment on cause de ces frivolités, mais sur quel son. Et c'est là que l'Escouade Bombe entre en jeu... Pas encore excessif, loin d'être saturé, mais déjà sur-puissant. Avec le coup de polish du gros Rubin pour garantir l'inoxydabilité du matos. Ces beats s'imposent alors comme le son hip-hop le plus vertical et massif. Terminator X a.k.a "l'homme qui parle avec ses mains" est aux manettes - l'effet "fracture sonique" et "sample qui fait mal à la tête", c'est lui. Pour les voix ? Un pôle aigu et un pôle grave, chacun à une extrémité du spectre sonore... pour l'aigu : le malingre Flavor Flav, débile-cramé, sidekick jovial insupportable avec son horloge au cou et ses "what time it is" relou, crackhead notoire et incontrôlable (se reporter aux anecdotes savoureuses de Pete Nice à ce sujet), "contrepoids"-ponctuation et cartoonesque au pôle grave, a.k.a. the very massif et very sérieux Chuck D, le rappeur avec une voix de vigile-maton de deux mètres qui te réprimande, nonstop, pendant que ta tête est prise dans un étau géant par les beats de l'Escouade Bombe... Sur le premier Public Enemy, la forme supplante le fond, et c'est bien, même si "Mind over matter", hé ben non, ça sonne "Matter over mind" à donf ! PE déboulent sur le secteur comme la succession musclée et armée des ultra-basiques Run DMC, à qui le Bomb Squad reprennent les manies de sample rock/hard rock en augmentant cette fois la puissance d'impact. Si ce premier skeud est nettement moins politisé et hargneux que les trois albums suivants, ça ne l'empêche pas d'être très efficace sur ses trois premiers morceaux, triplé imparable pour l'époque. Et de graver à jamais plein de "One - One - One - One" dans les neurones (salaud de Flav' !) Le beat de "Miuzi Weighs a Ton" reste l'un des plus puissants qui soient. 100% contondant. D'entrée Public Enemy défouraille sévère grâce au son gaulé du Bomb Squad, le emceeing très malabar de Chuck D. pas encore rompu à l'affront mais au kiff basique de son crew et de sa tire, par exemple sur le cinétique et plus-galvanisant-tu-meurs "You're Gonna get Yours" ("I SUCKERS TO THE SIDE KNOW YOU HATE - MY NINETY-EIGHT"), ce morceau enrichi en funkérosène et en crissement de pneus qui colle une pêche de brontosaure, viril et massif, comme un équivalent streetwear de Motörhead, ou les paroles du misogyne-rafraîchissant "Sophisticated Bitch" à imprimer à l'entrée de toutes les boîtes de nuit, ce groove semi-remorco-squalesque, ces samples plus abrupts que des buildings, ces sons nauséeux, ce "Megablast" expé aux voix qui harcèlent, jusqu'au titre éponyme quasi-industriel qui rappelle l'apparenté pas assez souvent relevée avec un groupe comme Front 242, qui voyaient eux aussi leur musique comme quelque chose de glacial et de martial. Les effets spéciaux seront bien mieux gérés par la suite, l'action plus panoramique, les répliques fatales plus nombreuses, oui re-oui et re-re-oui... Il n'empêche que dans le genre rustique, ce Yo! Rush claque meûchamment son gourdin dans les gamos. Enfin, "rustique"... 1987, coco : si certains titres sonnent aussi basiques que du early LL Cool J, y a bien une dimension nouvelle : la dimension chaos. La dimension "guerre sonore". Même si encore loin du barouf de Fear Of, Public Enemy débourre avec un son belliqueux, qualifiable sans exagération d'industriel, avec des beats façon Grosse Bertha, et une approche militaire qui ne fera pas école sur tant de groupes que ça au final... Avec le recul on réalise que Public Enemy ont peut-être fait plus de petits en-dehors du hip-hop qu'à l'intérieur. Historiquement capital, donc - et comme je me sens plus mélomane qu'historien, je me contenterais d'affirmer que Yo! est un excellent apéritif pour les trois albums suivants. Des rock stars de plus faisant de la pub pour des marques de fringues, déguisées en dissidents ? Une manne financière solide pour d'hypothétiques salauds de cyniques qui n'écouteront jamais de hip-hop ? À vue de casque, scotché à sa surface rugueuse, surtout de la grosse boulette pour les tympans. Public Enemy ont gagné la première bataille, mais la guerre ne fait que commencer. L'album suivant, dont la sortie sera retardée de quelques mois (pour cause de priorité donnée par le label à un certain Springsteen), marquera l'attaque décisive.

note       Publiée le jeudi 15 août 2019

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(N°6) › jeudi 15 août 2019 - 12:09  message privé !
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Je souscris, merci pour les chros de ce monument de la musique moderne, enfin sur GoD.

taliesin › jeudi 15 août 2019 - 10:32  message privé !

Aaahh du P.E., quel plaisir à voir - et surtout à entendre ! Vraisemblablement mon groupe de hip hop favori - surtout les 1ers albums; et il faut l'admettre : ils démarrent très très fort !

Note donnée au disque :