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Lucio Battisti › Anima Latina

cd | 11 titres | 47:56 min

  • 1 Abbracciala Abbracciali Abbracciati
  • 2 Due Mondi
  • 3 Anonimo
  • 4 Gli Uomini Celesti
  • 5 Gli Uomi Celesti (Ripresa)
  • 6 Due Mondi (Ripresa)
  • 7 Anima Latina
  • 8 Il Salame
  • 9 La Nuova America
  • 10 Macchina Del Tempo
  • 11 Separazione Naturale

line up

Lucio Battisti (chant, guitare, claviers, percussion), Bob Callero (basse), Gianni Dall'Aglio (batterie), Franco Loprevite (percussion), Tony Esposito (percussion), Karl Potter (percussion), Claudio Pascoli (flûte), Gianni Bogliano (trombone), Pippo Colucci (trompette), Gigi Mucciolo (trompette)

remarques

(Paroles : Mogol)

chronique

Certains disques sont comme des créatures rares. Et fragiles... À tel point parfois, que nous pouvons les blesser si nous en parlons trop... Voire les tuer. Écrire à leur sujet a quelque chose de criminel. Dans l'idéal, vouloir mener l'autre à ces disques nous obligerait à préserver rigoureusement le mystère qui les nimbe... Oui, j'ai peur de tuer Anima Latina en vous en parlant. Peur de tuer les aubes étranges qu'il m'a fait vivre, les songes qu'il a nourri, et ces paysages liquides qu'il a déversés dans ma petite tête. J'ai peur de ne plus les retrouver vraiment ensuite... ce carnaval enfantin aux milles-et-unes teintes, ces mélopées à la fantaisie foisonnante et affriolante mais jamais écœurante, ce remue-méninges d'harmonies qui peuvent être aussi amusantes que la musique d'une comédie loufoque, puis imprégnées de la mélancolie des bonnes vieilles tragédies, toujours plus cruelles au Soleil... Non, ce n'est pas un accès de lyrisme déplacé, tant cet album l'est, lyrique, et décomplexé de la mélodie, avec son éventail de mondes colorés... Alors que tout ça puisse sembler trop grandiloquent et même ridicule, je m'en tamponne le coquillage, tant j'ai réellement peur de perdre Anima Latina, cette conque magique, cette boîte à musique pleine d'automates gentils et de mécanismes saugrenus jouant à l'unisson pour un même rêve, ce patchwork de chants enchanteurs, de danses d'arlequins, de percussions insectoïdes... Crrr crrr... Chhh... Si j'ai peur de murmurer de quoi Anima Latina est tissé... C'est que j'ai peur comme lorsqu'on a peur d'oublier un rêve, alors que l'on s'est tout juste levé, et qu'encore fébrile on note ce qu'il nous reste de ce rêve sur un coin de papier, avant que son empreinte, phosphène troublant et fugace, ne disparaisse à jamais de notre mémoire. Comment, alors, exprimer le suc d'un ressenti émerveillé, tel qu'il le fût la première fois où il entendit la sublime ouverture "Abbracciala abbracciali abbracciati" ? En ai-je réellement envie ? Il est, tel qu'il a été. Extraordinairement naïve, la musique de Lucio Battisti est en perpétuelle mutation, même si toujours baignée de la même ambiance fantasmagorique. Volatile, mais zigzaguant en ce moment dans des zones peut-être immortelles, les esprits de tous ceux qui l'ont écouté d'assez près. Cet album est de toute façon déjà vivant. Dans son carton, ou dans sa boîte. Certains disques sont semblables à des mondes qui existent même quand on ne les écoute pas, ayant leur vie propre... et Anima Latina est à coup sûr l'un d'eux. Il défie les logiques de l'espace et du temps. Il ne vibre qu'à l'émotion. Ses structures sont aussi imprévisibles que les arabesques d'enfants qu'on a munis de boîtes de crayons de couleurs. Et de LSD. Les bambins de la pochette, pour sûr, dans laquelle on est projeté - avant de réaliser pendant l'écoute que nous sommes l'un d'eux. Bien des éléments trahissent, pour sûr, qu'il s'agit d'un album des années 70 ; mais la forme d'Anima Latina est sans cesse changeante, de visage, d'architecture, comme les lieux et les gens le sont dans nos rêves. La voix de Lucio Battisti, lointaine, poignant à travers les strates de la musique, parfois comme un appel depuis une colline brumeuse, semble sans cesse sur le point de nous échapper... Anima Latina ralentit, accélère, au gré des niveaux de conscience, ou des battements d'ailes du papillon, bestiole elle-même trop balourde pour exprimer la grâce de cet album... Comment une musique aussi généreuse, aussi chargée d'instruments, de sons, d'idées, peut-elle être d'une telle légèreté, au point de sembler s'évaporer ? Anima Latina est psychédélique, à un point absolu de fluidité, d'élasticité. C'est l'un des albums les plus gentils de l'univers, et c'est aussi l'un des plus fous. Et même si au détour d'un chant de dauphin ou ce qui y ressemble (le psychédélique et ses marottes...) l'auditeur qui vous en parle a honteusement pensé à la future musique du Grand Bleu... Eh bien il ne verra jamais autre chose dans cette introduction que la plus belle qui soit. Une sorte de passage dans un au-delà paradisiaque où tout scintille, sortilège de brumes aquatiques et d'éphémères arc-en-ciels, de choses trop fugaces... Trop belles. Un jeu d'enfant, avant de traverser les zones troubles et la fanfare cartoonesque finale d'"Anonimo", pour ensuite rencontrer le sublime "Gli Uomini Celesti" (qui illustre respectueusement son intitulé !) ou sentir des ombres planer dans le ténébreux "Il Salame", dont les nuages d'encre seront à leur tour balayés par les cuivres triomphants et tonitruants de "La nuova America". Même des ballades folk a priori banales se parent d'une magie folle... Et que dire de cette "Macchina del tempo", sa progression fantastique, son truc robotico-tribal et sa saveur de musique brésilienne de science-fiction ? Anima Latina est délicat, flamboyant, ultrasensible, et avant tout onirique. D'une richesse mélodique hallucinante, il est comme un caméléon voyageur. La parade d'un ensorceleur italien en proie avec le cosmique, fabriquant des chansons à la beauté pure, nimbées d'écho... Lancées depuis un ailleurs qui ressemble, peut-être, à cette prairie dans laquelle les gosses - les musiciens du disque ? - gambadent, surveillés hors-champ par une mystérieuse nounou. Le Soleil baigne ce petit monde de rayons doux, irréels. L'imagination pure du regretté Lucio se reflète dans tous les recoins de ce drôle d'album kaléidoscopique. Ouvert comme une fenêtre pour nos oreilles, sur le Pays de Cocagne.

note       Publiée le vendredi 12 avril 2019

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born to gulo › vendredi 12 avril 2019 - 10:09  message privé !

Putain, j'ai mais alors énormément écouté (et aimé) un disque de ce gars quand j'étais tout môme, mais je ne sais pas lequel. Bon, probablement pas celui-ci, vu la description.