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Scott Walker › Scott 3

cd | 13 titres | 37:24 min

  • 1 It's raining today [04:02]
  • 2 Copenhagen [02:22]
  • 3 Rosemary [03:22]
  • 4 Big Louise [03:10]
  • 5 We came through [01:59]
  • 6 Butterfly [01:42]
  • 7 Two ragged soldiers [03:07]
  • 8 30 century man [01:29]
  • 9 Winter night [01:45]
  • 10 Two weeks since you've gone [02:48]
  • 11 Sons of [03:45]
  • 12 Funeral tango [02:56]
  • 13 If you go away [04:57]

enregistrement

Wally Stott : arrangements et direction; Peter Knight : arrangements et direction sur Funeral Tango

chronique

Styles
chanson
musique classique
pop
Styles personnels
1,2,3 a.m. music

Trois compositions sur Scott, quatre sur Scott 2... avec Scott 3, Walker prend enfin son envol , et aligne dix compositions de sa main, reléguant ses 3 coutumières reprises de Brel en fin d'album. C'est aussi le début de la chute commerciale, scellée avec l'album suivant. Avec le recul c'est tout simplement incompréhensible, inadmissible... desespérant. Car ce disque est une merveille comme il en existe très, très peu. Aujourd'hui encore, alors que Scott 4 est devenu légendaire, Scott 3 demeure dans l'ombre. Mais il est vrai que l'ombre, précisément, est son matériau principal. De lune et de larmes, cette musique expose comme jamais auparavant l'incroyable grandeur, l'invraisemblable maîtrise de son auteur; sa beauté est douloureuse. Dès les premières secondes, ce drone dissonant de violons en cristal, vous perdez tout contact avec la réalité. Car derrière l'élégance fascinante de ce tour de chant philharmonique se tiennent l'étrangeté, la tristesse, une forme de folie. Drappée dans les arrangements symphoniques absolument somptueux de Wally Stott, la voix plus mélancolique que jamais de Scott Walker promène sa superbe au long de ces morceaux de nuit pluvieuse et onirique; c'est ici que vous trouverez "Rosemary", l'une des pièces les plus poignantes, sublimes, du sorcier à la gueule d'ange; c'est ici que sont nées les "Angel of ashes" et "Boychild" à venir, le berceau qui verra naître "farmer in the city"; c'est ici que vous rendrez les armes face au génie de ce fantôme, si vous ne l'aviez pas déjà fait. La puissance, la terrifiante singularité de Scott Walker résident précisément dans ce tour de force inédit : atteindre l'émotion la plus brute, la plus crue, filer droit vers nos replis les plus intimes avec une musique aux arrangements si sophistiqués, aux détours mélodiques diablement ouvragés, aux détails si sublimes et nombreux que l'on devrait s'y perdre; avec ses textes cryptiques et presque délirants, et dont chaque strophe, pourtant, nous parle comme un ami. Scott 3 est le disque de la nuit. Une des incarnations les plus pleines et généreuses de la beauté harmonique, avec sa tristesse cotonneuse, ses lueurs vibrantes, son étoffe acoustique à la richesse indescriptible. Ecoutez les premières secondes de “Winter night” et laissez le reste du monde se dérouler sans vous. Il n'a pas besoin de vous... et vous n'aurez plus besoin de lui.

note       Publiée le mardi 5 mars 2019

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dariev stands › mercredi 6 mars 2019 - 17:05  message privé !
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Quel retour ! Le tigre revient dans sa tanière... Pour rester, on espère. Et avec une chro de très haute tenue. Rien à ajouter, merci pour le genre "1,2,3 am music", c'est exactement ça. On veut d'autres chros classes maintenant !

torquemada › mardi 5 mars 2019 - 21:20  message privé !

Il revient... et pour chroniquer un Scott Walker en plus !

Dioneo › mardi 5 mars 2019 - 19:29  message privé !
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Eeeeh ! Ça fait plaisir de te revoir dans les parages, Camarade Tigrou ! Hésite pas à t'y (ré)incruster, hein - surtout si c'est pour nous chroniquer ce genre de sans-pareil... (Welcome back home, tout ça).

Bien d'accord, de plus : ce 3 est un peu inexplicablement caché par le 4 - alors que sous un autre climat, il est tout aussi grand. Pluvieux, le climat - c'est même la toute première phrase prononcée, ouais (It's... Raining, todaaay...). Brumeux, d'une purée de pois épaisse et pénétrante. Mais pas glaciale, et c'est pire. Une mélancolie tellement cotonneuse qu'elle en devient trompeusement moelleuse, faussement accueillante, cocon... Et là, PAF ! On se retrouve en effet isolé, sans le monde et lui sans nous, comme tu dis, dans cette ataraxie mouillée, loin - où on serait bien si... Si quoi ? C'est la question qui hante par son absence, son inutile, l'oubli qui nous en reste. (And I'm... Just abouuut...).

Sacré bonsoir d'ectoplasme, ce reflet d'homme qui flotte dans l’œil aux cils comme ceux du droséra.