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Talk Talk › The Party's Over

cd | 9 titres | 36:26 min

  • 1 Talk Talk
  • 2 It's So Serious
  • 3 Today
  • 4 The Party's Over
  • 5 Hate
  • 6 Have You Heard the News?
  • 7 Mirror Man
  • 8 Another Word
  • 9 Candy

enregistrement

1981-1982. Produit par Colin Thurston

line up

Mark Hollis (chant), Paul Webb (basse), Lee Harris (batterie), Simon Brenner (claviers)

chronique

Styles
new wave
Styles personnels
nouveau romantique

Même si sa mutation reste la plus radicale pour un groupe des années 80, la progression de Talk Talk est plus nuancée qu'on le croirait. The Party's Over est lui-même nuancé, malgré sa puissante armature de beats verticaux et sa new wave à géométrie bipolaire. Comme son successeur, ce premier album vaut un peu plus que sa réputation de bidule désuet au goût d'une critique institutionnalisée, probablement diabétique, voyant dans la clé des champs du diptyque final une opportunité de reléguer aux oubliettes ces débuts de carrière... Depuis quand devrait-on piétiner une extrémité pour mieux encenser l'autre ? Si cette genèse n'est pas libre des carcans du tube bien calibré, l'essentiel à dire à son sujet, c'est que l'émotion en déborde. Qu'elle n'est pas écrasée par les synthétiseurs, même si The Party's Over est sans conteste le Talk Talk le plus direct et bruyant. Indubitablement, Mark Hollis, Paul Webb et Lee Harris n'avaient pas encore atteint leur pleine maturité pop - il faudra pour cela attendre le bien-nommé The Colour of Spring - mais cet album, en dépit de tout ce qu'il a de ram-dam clubesque et de cadences abruptes, voire d'ampoulé, montre déjà une volupté mélodique assez affolante... Avant de le découvrir, je m'attendais je dois l'avouer à quelque chose de bien plus laid. J'ai découvert quelque chose de... lait. Une sorte de new wave lactée, oui, d'ailleurs assez bien suggérée par le fond immaculé de cette pochette tri-buccale, bel exemple de contenant en parfaite symbiose avec son contenu. En 1982, Talk Talk est ce groupe prometteur qui entre de plain-pied dans la mode "New Romantic", au point d'user de presque tous ses clichés - claviers scintillants et confiseurs en panorama (assurés par un quatrième membre éphémère), basse slappy-funky turgescente, descentes de toms cavalières, effets oriento-toc en rafale - qui les rangeront abusivement comme petits frères des habiles Duran Duran... Mêmes concerts, même producteur, même influence Roxy Music, même capacité à inonder les boîtes de nuit (malgré l'intitulé)... Sauf que Talk Talk visent plus l'intimisme que les podiums. S'ils doivent serrer de la groupie, ce sera de la mélomane dépressive aux lectures classiques, pas de la midinette écervelée nourrie aux gossips, qui réservera de toute façon la primeur de son berlingot à Simon Le Bon ! Non... S'il faut faire une comparaison dans toute cette foule de poseurs à foulard et piliers de bal dont raffolait Lady Di (fameuse fan de Duran Duran) le jeune et frais Talk Talk tenait à mon sens bien plus d'Ultravox : écoutez par exemple "Another Word". C'est assez criant, non ? OK, le tube éponyme en ouverture (qui a failli s'appeler "Talk Talk Talk Talk", rigolo non ?) n'est assurément pas le plus fin de leur répertoire - mais les paroles y traduisent un malaise certain, qui pourrait faire écho à leur place vis-à-vis de ce public avide de mélo qui en aura pour son argent ("...If every sign that I see is complete, then I'm a fool in your game (...) you're just wasting my time..."). S'ils s'égarent quelquefois dans des attaques rythmiques d'une vulgarité quasi foraine, et si leur claviériste aurait pu jouer sur la B.O. d'un certain film avec Sophie Marceau, Talk Talk manient déjà bien le papier Canson et les ciseaux à bout rond pour nous découper amoureusement de beaux croissants de lune. Ils ont déjà leur truc à part, c'est certain. Leur musique, même si elle est encore mal dégrossie, porte en elle un spleen différent, tenant tout autant de ses mélodies que de l'inénarrable Mark Hollis, qui nous souffle en alizés sa mélancolie enrhumée mais farouche, toujours prêt à rugir des nuages, avec ce timbre plaintif qui évoque un Marc Almond en plus pâte d'amande et en moins pute. La voix très "Pierrot new wave" de cet étrange gugusse gorgé d'incertitudes et d'inquiétudes, assure un contraste magnifique de fragilité avec cette grosse armature de machines gagneuses, joliment incarné par le final "Candy". Le charme pastel et velouté de Talk Talk s'exprime déjà à pleins tubes, si j'ose dire, outrepassant la rigidité des instruments rythmiques... Et si au final Talk Talk l'avaient toujours été, subtils, même quand ils étaient encore rudimentaires et scolaires ? Déjà si vibrants de sensibilité, avec leurs mélodies capables de vous prendre en traître comme des yeux de petit bébé phoque apeuré - peut-être par cette banquise qui se désagrège, signe du temps qui passe, inéluctable et cruel ?... snif... Même s'il n'y a ici aucun morceau qui atteigne en intensité la détresse fuchsia d'un "Such a Shame", plusieurs titres en sonnent comme les prémices mauves guimauve, telle "The Party's Over", ou le sublime "Mirror Man" (qui me rend à chaque fois tout chose...) It's My Life sera incontestablement plus créatif, bigarré, onirique, tout ce qu'on voudra... sans parler du grand-huit émotionnel que sera The Colour of Spring... Mais The Party's Over a pour lui une unité bienvenue. Son feeling a ce je-ne-sais-quoi, qui allumera des lucioles dans les têtes un peu tristes, et mettra du baume à tout cœur d'artichaut.

note       Publiée le jeudi 10 janvier 2019

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Dun23 › mardi 15 janvier 2019 - 18:48  message privé !

Je l'ai pas non plus, tiens. Un oubli de ma part, ce groupe était tellement bon que les débuts doivent forcément être intéressants. Nonobstant le son eighties.

mangetout › mardi 15 janvier 2019 - 11:03  message privé !

Enfin la chronique de "Party's over" !
Comme d'habitude avec les chroniques de Raven, passé les tics de langage qui peuvent faire dresser les cheveux par moment même si c'est plus modéré ici, je suis en total accord avec le fond. Cette franchise dans l'expression d'une certaine ambiguïté des sentiments et l'alliance chaud-froid présents dans cet album m'ont toujours énormément séduits. Certes ce n'était pas le seul groupe à exprimer ce genre de chose, tu cites Ultravox (c'est effectivement frappant) mais on y retrouvait aussi des bouts de Japan (la basse et les effets "oriento-toc"), pour citer un autre membre de la grande famille des rejetons de Bowie/Roxy Music. Je pense qu'ils ne feront par la suite qu'affiner, ciseler, retailler, polir et surtout enlever de la matière d'idées déjà contenues dans ce "Party's over".
Sur le son général de l'album, tu parles des claviers très "La boum" (tu n'en parles pas mais les batteries électroniques sonnent sérieusement désuètes aussi), au delà de l'aspect persifleur, le son d'une époque parait toujours comme très démodé des années après c'est inévitable, sans me la jouer, j'aime toujours écouter quelque chose en le recontextualisant ou en gardant en mémoire l'impression que j'en avais à l'époque (comme ici). Je me réécoutais "Downward spiral" de NIN il y a pas longtemps et on peut y trouver beaucoup de sons qui font toc aujourd'hui (alors que ça passait à l'époque comme le nec plus ultra de la production) et j'ai passé outre.

taliesin › vendredi 11 janvier 2019 - 09:56  message privé !

Merci pour la chro, du coup je réalise que je ne l'ai pas celui-là ! :-p

Twilight › vendredi 11 janvier 2019 - 00:35  message privé !
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Il est pas mal celui-ci, il faudrait que je me repenche dessus, tiens...