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Slowdive › Souvlaki

cd | 14 titres | 56:26 min

  • 1 Alison
  • 2 Machine Gun
  • 3 40 Days
  • 4 Sing
  • 5 Here She Comes
  • 6 Souvlaki Space Station
  • 7 When The Sun Hits
  • 8 Altogether
  • 9 Melon Yellow
  • 10 Dagger
  • 11 Some Velvet Morning* [reprise de Nancy Sinatra & Lee Hazelwood]
  • 12 Good Day Sunshine*
  • 13 Missing You*
  • 14 Country Rain*

line up

Neil Halstead (voix, guitare), Rachel Goswell (voix, guitare), Christian Savill (guitare), Nick Chaplin (basse), Simon Scott (batterie)

Musiciens additionnels : Brian Eno (claviers et effets sur "Sing" et "Here she comes")

remarques

* pistes bonus sur la réédition de 1994

chronique

Styles
shoegaze
pop
Styles personnels
shoegaze dream pop

Les passionnés de shoegaze et de dream pop m'ont un peu l'air de fans de Mylène Farmer à qui on aurait appris l'existence d'un rayon alternatif. Des pervers du transparent qui ont porté au rang de mélomanie subtile voire élitiste la dégustation compulsive d'eau minérale sonore en confondant sa formule moléculaire avec celle de la cyprine. Ces végétaliens du tympan sont des idéalistes. Pour eux si ça mouille, c'est une femme. Alors qu'entre nous, ça peut tout aussi bien être une éponge, ou une baignoire. Voire une piscine, comme ce disque. Un album-piscine, à l'instar du précédent, qui est constitué de chansons indigentes usant pour dissimuler leur faiblesse de strates d'effets qui provoqueront, selon les auditeurs, puissante distorsion du réel ou irrésistible sommeil. Et pourquoi pas les deux, dans un ordre variable. J'ai l'air de me moquer, mais la fixegrole, elle m'intrigue depuis un bout de temps déjà. Je me suis confronté à plusieurs classiques du genre, non pas dans une optique scientifique ou pour le plaisir maniaque de disséquer les anges, mais avant tout pour m'avachir confortablement à l'écoute d'une musique naïve, enveloppante, qui servirait idéalement de ponctuation finale à mes abrutissantes journées de labeur, elles qui se ressemblent et s'assemblent et forment un tas de jours perdus de plus en plus dramatique... Si j'ai investi dans Souvlaki, c'est donc dans une optique strictement utilitaire. Pour me laisser aller, comme le dit cette expression idiote. Pour couler les minutes béates dans l'eau tiède d'un album baigné de lumière blanche. Souvlaki commence comme un disque indie-gnan-gnan lambda d'inspiration pop psyché sixties, puis commence à s'étaler tranquillement, comme une flaque immense, vers "Machine Gun" et "40 days"... Il est à ce niveau plutôt fidèle à sa réputation, et je savais déjà exactement comment il sonnait avant de l'entendre : écho, écho... Mélodies fainéantes qui traînassent. Entrelacs de chant de puceau anglais à coupe en bol et de naïade alanguie... Cocteau Twins, réverb' au max, tout le tintouin... Et que s'égrènent les arpèges harmonieux et sereins de guitares stériles... Et que bâillent les corneilles... Et qu'au même moment, j'imagine à l'écoute de cet album des... poissons. Des d'aquarium. Qu'on trouve partout bon marché, type guppy. Ceux qui font des moues de teubés en frétillant au ralenti, oui. C'est vraiment neuneu, un guppy, ça doit bien plaire aux "shoegazeux" (les "new-waveux" comme votre non-serviteur préfèrent les poissons de type Adjani, mais ça déprime en bocal). Sur Souvlaki, j'en fait des brochettes et je les grignote lentement. Je rejoins l'unanimité tiède. Oui, Souvlaki est tiède. Et la tiédeur est parfois quelque chose d'intense. Dans ses meilleurs passages je visualise même des... sirènes. C'est moins bien qu'une femme mais c'est quand même mieux qu'un poisson, une sirène. Celle de Souvlaki a des petits lolos en poire, une peau de lait, le regard blasé. Elle fait des bulles. Je m'avoue éphébophile serein à l'écoute de sa voix, prêt à une passion imberbe, jamais à rebrousse-écailles... Elles sont même plusieurs sirènes, si je compte l'écho. Et je veux bien en tâter, de la sirène en souvláki... En brochette de dix titres, voire onze, puisque cette reprise bonus de Nancy & Lee est très comestible... 'suis prêt... 'm'allonge, et y a pu qu'à. Rêver dream. Oublier que dans la même pièce où j'ai rangé Souvlaki sont empilés plusieurs albums de Cannibal Corpse, oublier les femmes de ma vie, toutes ces guerrières au caractère bien trempé. En imaginer une plus conciliante, reposante. Teint frais. Bouquet garni de fadeur. Elle s'appelle Agathe, elle achète des galettes de riz et elle aime les films de Sofia Coppola. Quand elle se lâche elle matte un Lynch. Une vraie guedin, l'Agathe. Mais avec un charme diffus, un petit truc à elle. Je divague oui - et c'est énorme... comme ce son ample (branchons le casque, montons le volume... j'en suis à la piste six, euh neuf, en fait on s'en fout de laquelle - vous suivez ou bien ? en crawl, allez...) Ce son profond... on a rarement pied dans le mix de Souvlaki, c'est du pur album-bassin. Flanger ? Delay ? On est au-delà... C'est une saudade éternelle. J'ai la sensation de couler mollement sans jamais toucher le fond de la piscine qui s'éloigne de plus en plus au fur et à mesure que je coule. De me noyer en respirant mieux que jamais... Blindé d'oxygène même, jusqu'à en être shooté et tout flapi. Paradoxe Slowdive ? "Plongée lente"... oui... Musique sensorielle avant tout ! J'y suis... Mmmmh... j'oublie tout ce monde sale, sans chlore... Je suis prêt, Agathe ! Prêt à l'éthéré, même si j'écouterais bien Souvlaki en hiver à Oléron. Je ne distingue plus le bleu du beige, le beige de la neige, la neige de l'air... Je suis las, exsangue, les sirènes sirotent mon sang d'Ulysse... c'est lisse, ça glisse, et me rince... y a plus que de l'écholalie, plus que du lilas... seule compte cette émotion, même doucereuse. Mes humeurs se diluent dans ce son... Ma dépression latente devient une crème... Suis-je réduit à l'état d'Étienne Idaho miniature dans un bocal de Contrex ?! Réalité ? Rêve ? Au-delà ? Oh, Agathe... Le beige est bleu, il s'étire à l'infini et m'aspire dans l'ailleurs le plus tiède de toutes les dimensions de l'univers multidimensionnel... je get-vingt-septe à fond sur "Sing"... Je marie blizzard, dans un freezer éteint... Tiède tiède tiède... Je fonds comme la neige quand il fait plus de zéro et que le soleil aveuglant revient... Agathe, retiens-moi, je vois... La mer ! Et dans ce bain primordial, je vois... oh, mon dieu... Des vagues ! Qui me relaxent... Ry Cooder pour la B.O. du Grand Bleu avec une fan de Liz Frazer au chant ? Y a pas Reno, mais y a Eno, sur deux morceaux au moins, même si peut-être pas les meilleurs au final ; du coup c'est quand même un peu plus fin que du RXRA, même si y a pas non plus de quoi scaphandre le cœur... Chhh... laisse-toi aller, chhhh... "Souvlaki Space Station", ô sens dispersés, ô doux écartèlement dans l'espace-temps... viens avec moi, marsouin benêt, viens brouter du pissenlit en lévitation... nage dans l'air, puis retombe avec les Anges de Comsat sur "When the Sun Hits"... oui, je sais, Agathe, je perds le fil. Je me saoule... vlaki. Je me perds. Où suis-je ? Dans la Mélancolie ? Dans le Vide ? Dans l'évier ? Évaporation... Nostalgie. Quand suis-je ? 1980 combien ? 1990 ou... ? Futur des années 60 ? 2060 ? Souvenirs palpables en textures de larsens mignons et grillons électriques... Ces mots aux bouts de mes doigts ne sont qu'une brume au loin... Dans le flou gaussien... Je ne suis plus mes mains, je suis mes oreilles... Diantre, finir drogué par de la flotte, faut le faire ! À moins que Souvlaki ne soit que du laudanum ? N'est-il au fond rien que de l'eau ? A-t-il un fond ? Est-il si inoffensif que ça ? J'ai lu un jour qu'on peut faire une overdose en ne buvant que de l'eau, par un phénomène aussi appelé hyperhydratation, la quantité extrême de ce liquide vital absorbée sans apport alimentaire purgeant le sang des électrolytes indispensables et provoquant coma puis mort... Respirer tue, boire trop d'eau aussi. La vie a de l'humour. Au risque de consacrer un peu trop de temps à un disque confortable mais mineur, au risque d'y plonger à en creuser les cernes, écoutons ou réécoutons Souvlaki quand on a envie de rien, même si ce n'est rien d'autre que Souvlaki, même ce n'est au fond pas grand chose, qu'un album délébile, voire débile, amalgame estudiantin de gratouilles de guitare paresseuses et d'ânonnements gringalets gonflés de réverbérations. Faisons fi des faits, et suivons les fées... au fond des ondes. Faisons confiance à l'écho. Retournons à la source, à la matrice. Redevenons, l'espace d'une heure, ce paisible embryon aux rêves vides de tout, sinon de vibrations... et d'eau. H. Deux. O.

note       Publiée le mercredi 2 janvier 2019

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Raven › lundi 7 janvier 2019 - 14:18  message privé !
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Peut-être par Dariev... je préfère me replonger dans le premier.

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane › dimanche 6 janvier 2019 - 16:28  message privé !

Merci pour la chronique également. C'est vrai que trop d'eau, ça peut soûler (mais comme il est bon de s'enivrer parfois). Allons-nous avoir droit à la chronique de l'album suivant, le mal-aimé "Pygmalion" (que personnellement j'adore) ?

space_ritual › vendredi 4 janvier 2019 - 17:42  message privé !

Oh putain il était pas encore sur le site celui-là ? Visiblement non. Merci pour la chronique !

Note donnée au disque :       
WZX › mercredi 2 janvier 2019 - 23:06  message privé !

J'ai beaucoup ri ! Sacré corbeau !