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Klub des loosers › Le chat et autres histoires

cd | 12 titres | 38:44 min

  • 1 Préface [3:17]
  • 2 Acétone [3:29]
  • 3 Fantômes [3:57]
  • 4 Sport d'hiver [3:20]
  • 5 Le poing américain [2:35]
  • 6 Le bouquet [1:55]
  • 7 Feuilles volantes [3:25]
  • 8 Deux clowns [2:37]
  • 9 Le chat [3:06]
  • 10 Cosmonaute [3:40]
  • 11 Générique [3:00]
  • 12 Neuf moins huit [4:21]

extraits vidéo

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line up

Fuzati (voix, piano, piano électrique, Clavinet, Philicorda, Solina, synthétiseurs, vocoder), Benjamin Kerber (basse, guitare, bongos), Hadrien Grange (batterie), Domotic (percussions)

Musiciens additionnels : Jérémie Orsel (refrain 7, 10, choeurs 3), Xavier Boyer (12), Maxime Chamoux (choeurs 3), Sophie Morin (choeurs 3, 6)

chronique

Styles
pop
hip-hop
Styles personnels
hip-pop vintage

Quitte à se répéter, il est vraiment mort le hip-hop. Pour Fuzati en tout cas, c’est plié, dit-il. Trop vieux pour un game qui de toute façon n’a jamais trop démontré une grande capacité à mûrir avec élégance. L’écriture, ça c’est propre, à ce qu’il paraît. Avec son flow approximatif et monotone, le père Fuz a toujours brillé d’abord par sa plume et sa science de la production, adossée à une expérience de digger penché sur de vieux albums de jazz et de psyché. Fuzati a liquidé son goût de la punchline purement hip-hop dans un album précédent où il retrouvait son ancien collègue Orgasmic, déjà une réunion d’anciens élèves qui n’avaient plus grand chose à se dire. Depuis l’homme masqué a tourné avec un « live band », comme on dit, rejouant son album culte en forme d’oxymore « Vive la vie », une nouvelle foule de jeunes misanthropes s’y sont pressés pour baiser les gens. C’est ainsi, l’air de rien, le Fuz a traversé les années au point de faire partie d’un paysage morose. Aujourd’hui, il réédite des introuvables de jazz japonais ou britannique en vinyle exclusivement et se met dans la tête de faire de la pop psychédélique. A défaut de faire des gosses, se trouver une occupation pour ses vieux jours. De toute façon, le sample c’est grillé depuis que la politique de la clearance est devenue aussi pénible que les strikes sur Youtube. Il avait déjà tâté du « vrai instrument », et notamment ses claviers vintages adorés, à l’époque du Klub des 7, mais cette fois-ci l’esprit est différent. Les mauvaises langues diront qu’il chante encore plus mal qu’il ne rappait. C’est pas faux. D’ailleurs il ne chante pas du tout, il continue de rapper, comme aux origines du mouvement, sur des mélodies qui ressemblent à des boucles, sa grande force. Seule différence, maintenant il y aura des refrains parce que la pop, c’est le refrain. Du refrain en anglais (avec volontier le genre de caviardage qui fait que les anglo-saxons se foutent toujours de la gueule des français, bien qu’ils soient par ailleurs incapables en général de s’intéresser à une autre langue), du refrain vocodé (ça rappelle de loin le charme re-désuet des premiers albums de AIR), du refrain a reprendre, les filles, en concert. Comme des ponctuations entre les couplets où le Fuz débite de son flow égal à lui-même, mais sonnant d’autant plus plat que les morceaux visent à la mélodie, des refrains pop souvent plus gauches qu’efficaces. Touchant, presque, dans leur volonté d’absolument vouloir laisser le hip-hop sur le bord de la route. Mais voyons, Fuzati, est-ce que Houellebecq chantait des refrains ? Parce que c’est ça que tu veux faire, c’est lui le modèle. D’ailleurs tout ici est histoire d’écriture. Histoire d’écrivains ratés, de chanteurs médiocres, de clowns qui gigotent pour faire tourner une industrie du spectacle grotesque. De pages blanches à noircir d’idées à l’avenant. Les seuls vrais amis de Fuzati, ce sont les mots et avec eux le sens de la formule. Et pour ces histoires sans liens, aparté dans la trilogie annoncée du personnage de Fuzati le misanthrope dépressif, un art du portrait qui se dessine, de vies cassées bercées par ces nappes de claviers au son mélancolique d’un autre âge, plus chaud, plus douillet. Un album de BD pour poser ses idées noires sans se départir d’un humour grinçant, en quelques cases l’histoire piteuse et comique du « Bouquet » ou le clash impitoyable des « Sports d’hiver », l’atmosphère cafardeuse et pathétique des « Fantômes » et des « Deux clowns », où une lucidité trop perçante met à jour sans vraiment de complaisance la banalité de personnages infiniment tristes. Derrière le masque, un regard moqueur sur l’hégémonie culturelle et idéologique américaine, son morceau finalement le plus hip-hop où ça boucle enfin à fond, « Le poing américain » qui glisse tout seul comme à la Fistinière. A côté, son histoire de chatte à la double lecture grossière sur fond funky-frenchy molasse sent plus la litière que l’inspiration, pour user d’une métaphore aussi lourdingue que le morceau lui-même. Inégal d’un chapitre à l’autre, c’est dans sa misanthropie un peu rigolarde ou tristouille (et donc émouvante) que le Fuz reste le plus à l’aise, « Cosmonaute » atteint finalement les hauteurs d’une pop psyché planante au beau texte désabusé, alors que sa conclusion finale en série d’esquisses de personnages quotidiens, sorte de panoptique de nos petites vie, laisse sur une forte impression, pas joyeuse mais terriblement vraie. Dans tous les sens du terme, des nouvelles de Fuzati en somme, ce vieil ami désagréable.

note       Publiée le vendredi 26 octobre 2018

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cantusbestiae › mardi 6 novembre 2018 - 13:53  message privé !

Fuzati a arrêté de faire des efforts après "La fin de l'espèce". Les quelques fulgurances intéressantes de "Grand siècle" constituent son chant du cygne. "Le chat" m'a plongé dans un ennui profond, j'ai vaguement entrouvert les yeux sur "le bouquet" pour mieux retomber dans la torpeur par la suite, le bonhomme a déjà tout dit et en mieux par le passé.

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(N°6) › vendredi 26 octobre 2018 - 21:00  message privé !
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Hum... Vive la vie et La fin de l'espèce sont quand même des albums marquants. Même sur ses albums plus mineurs (celui-ci et avec Orgasmic), Fuzati délivre toujours quelques très bons morceaux, si l'ensemble reste inégal. Sans compter ses fabuleuses productions pour le Klub des 7. Là clairement c'est un peu mi-figue mi-raisin parce que l'aspect "pop" ne fonctionne qu'à moitié (pour être généreux), c'est le côté hip-hop qui marche le mieux (même si il ne l'entend surement pas de cette manière, sur scène c'est évident que c'est toujours du hip-hop dans le fond).

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SEN › vendredi 26 octobre 2018 - 20:40  message privé !

En gros si je résume les chroniques de tous leurs albums c'est plutôt moyen comme groupe de Hip-Hop ! ça me rassure quelque part !

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