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Crime And The City Solution › American Twilight

cd | 8 titres | 36:11 min

  • 1 Goddess [3:50]
  • 2 My Love Takes Me There [4:10]
  • 3 Riven Man [4:33]
  • 4 Domina [6:48]
  • 5 The Colonel (Doesn’t Call Anymore) [6:31]
  • 6 Beyond Good And Evil [4:09]
  • 7 American Twilight [5:19]
  • 8 Streets Of West Memphis [5:49]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au studio The Tempermill, Ferndale, Michigan, par David Feeny. Enregistrements supplémentaires au studio Classic, West Footscray, Victoria (Australie), par Tony Hamera. Masterisé par David Feeny. Mixé par Alexander Hacke (2, 5, 6), David Feeny (3, 4, 7) et Matthew Smith (1, 8). Produit par Crime And The City Solution et David Feeny.

line up

Bronwyn Adams (violon et chœurs), Simon Bonney (voix), David Eugene Edwards (guitare et chœurs), Troy Gregory (basse, violoncelle et chœurs), Alexander Hacke (guitare et chœurs), Jim White (batterie), Danielle de Picciotto (visuels, auto-harpe et chœurs), Matthew Smith (claviers et chœurs)

Musiciens additionnels : Churibina (chœurs sur 8), Brandon Cooper (trompette sur 2, 3, 7), Bradley Stern (saxophone ténor sur 2, 3, 7), David Feeny (pedal steel sur 6, 8)

remarques

Pochette et design : Danielle de Picciotto. Mannequin : Olga Volchkova. L’édition CD présente le disque dans un fourreau cartonné façon vinyle miniature, version gatefold.

chronique

« O Brave New World »… Simon Bonney et Bronwyn Adams y sont enfin – au vrai depuis longtemps – sur ces nouveaux rivages, cet espèce d’antipode fantasmé au temps de leur jeunesse. Le couple,dès la « première fin » du groupe – peu après l’enregistrement du live (agrémenté d’un titre studio, tiré d’une B.O. pour Wim Wenders) The Adversary/Live – avait quitté l’Europe (après l’Australie), s’était installé à Los Angeles… Les voici – plus de vingt ans après – en plein nord déserté par l’industrie (Detroit, Michigan – histoire connue : les chaînes de montage automobiles, l’usine à soul Tamla-Motown… Tout ça disparu depuis longtemps sous d’autres cieux, en cet an 2013). Et les mythes, alors ? Les archétypes rêvés, les hantises, les obsessions. Eh bien : Bonney les a bel et bien emportés avec lui, dans le voyage. Implantés dans ce nouveau sol – frotté aux cieux qui l’avaient attiré tout ce temps, les avait fait naître, sans aucun doute, d’abord, envisagés, caressé dans l’espace intime, intérieur… Un autre, des vieux temps, des disques d’avant, y vient à nouveau – Alexander Hacke (de Neubauten). D’autres – nés moins loin d’où cette histoire-ci se joue – se sont joints. David Eugene Edwards, le plus connu sans doute de ceux-là – le pourvoyeur de légendes et transes, animé lui par des esprits qu’il dit voir, sentir, d’avant ses propres ancêtres, et que ceux-là ou leurs voisins avaient peut-être brisés, défaits. (Nommément : les populations « amérindiennes », « natives », d’avant les colonies européennes puis la fondation des États). Danielle de Picciotto, qui pourvoie aux images – part de la fresque, du, des… tableaux – autant qu’aux instruments (l’auto-harpe… cette curieuse machine de folklores). Un ancien compatriote – de l’époque australe –, lui obnubilé par les climats, derrière la batterie (Jim White de Dirty Three). Des invités, des cuivres, des chœurs gospel… Alors, qu’est-ce que ça change ? Eh bien : certes, tout est plus explicite. Bonney mute moins, souvent, cache moins ses métaphores – la Madone à rose sur la pochette ; une chanson qui s’intitule Goddess (Déesse) ; une autre qu’il nomme Domina ; les pieds d’une piéta probable, en gros grain, en gros plan, dans le livret… Bon. Les panneaux autoroutiers en tête du même livret… Voilà, Bonney et Adams – et compagnies, encore, plus ou moins anciennes disais-je – jouent plus frontal. Plus dur, aussi, souvent, plus rapide qu’autrefois. Les moyens y sont et – évidemment – il faut que ça sonne Amériques. L’autre terme du titre, cependant, c’est Crépuscule. Et le groupe n’a pas perdu ça. La lumière est moins diffuse peut-être mais Bonney n’a pas perdu le goût des littératures dissimulées, tout à fait (The Colonel Doesn’t Call… si ce titre ne sent pas son sud-dixie gothique, Faulkner, Ambrose Bierce ou James Lee Burke), des insomnies et des quartiers autrefois seulement songés, désormais sans doute réellement parcourus – Streets of West Memphis. L’album, certes, sonne d’abord, en quelque sorte « trop » fort – direct, l’intention moins sourde, la chaleur moins attirante, qu’on devinait avant innervant les gris et noirs, les bleus électriques, dedans. Pourtant – c’est ce qui est beau – ce n’est qu’un nouveau tour de leur ruse, de l’intelligence particulière de cette entité, de son entêtement. Grâce leur soit rendue, alors, de ne pas avoir tenté de refaire les disques d’avant – de ne rien avoir singé. Ainsi, le disque – qui au départ peut rebuter par son côté plus « criard », ses teintes plus franches – ne sonne pas une ancienne gloire embellie par le recul, transformée en plus grande légende qu’elle n’avait été, pour la refourgue. La richesse de la chose se révèle autrement, plus longuement sans doute que s’ils avaient donné dans ce piège – délivrer par exemple un Paradise Discotheque Vol. 2, la tentative d’un nouveau Shine, d’un retour du Bride Ship... La complexité des liens, la distance forcément changée aux légendes longtemps caressées, ici confrontées depuis des décennies par ceux qui les chantent et les jouent, prend son temps, sous la transparence première (Beyond Good and Evil, ça peut faire peur, un titre pareil). Sans doute pour ça qu’on y revient. Pour la subtilité, aussi, les détails de production, cette mise en espace qui d’abord paraît seulement magnifier – qui en réalité rend l’affaire spacieuse, dissimule ses miniatures dans sa perspective, sa supposée grandiloquence. Oui : c’est un disque de vieux – mais aucunement de vieux-beaux, donc. Oui : je retourne sans doute plus volontiers, plus souvent, toujours, à ceux du temps de leurs feux les plus vifs, aux albums de leurs jeunesses. N’empêche que j’aime aussi, celui-là, m’y égarer – les jours où l’air froidit. Comme eux : sans rien blottir autour d’une nostalgie, d’un autrefois chéri, à son tour maquillé. Je vois leurs corps et leurs faces, sur la photo, double-volet, au centre… Les traits se sont marqués mais rien n’est flou, personne ne semble empâté, vraiment, engourdi par les ans. Il y a cette fois les rides, oui – mais aussi : restent les angles, volumes et tracés nets et singuliers.

note       Publiée le lundi 15 octobre 2018

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Dioneo › lundi 15 octobre 2018 - 13:07  message privé !
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Oui, je crois que ce "retour" était passé pas mal inaperçu, en tout cas en France (et Suisse aussi, apparemment ?)... Perso j'avais un peu halluciné en voyant leur nom au programme d'un festival où je les aurais pas du tout attendus (Nuits Sonores... bon, en même temps j'y avais bien vu Nurse With Wound - mais globalemnt c'est franchement pas dans l'esprit du gros de la programmation du machin, ce genre de groupes). C'est ça qui m'avait fait me dire qu'ils avaient dû sortir un truc - et tomber sur cet album, qui avait confirmé. (La pochette est belle sinon, oui... Et le reste de l'artwork assez chouette aussi).

Note donnée au disque :       
Twilight › lundi 15 octobre 2018 - 13:03  message privé !
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La pochette est magnifique; je le signale car en plus, j'ignorais tout de l'existence de ce skeud...