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Stellio › L'Étoile de la Musique Créole

cd | 24 titres | 70:07 min

  • 1 Sêpent Maigre [biguine créole] [??:??]
  • 2 Ah ! Gâdé Chabine-Là [biguine] [??:??]
  • 3 Mémée la Créole [biguine créole] [??:??]
  • 4 Paris-Biguine [biguine] [??:??]
  • 5 Alberte et André [valse] [??:??]
  • 6 Sta-Viska [biguine martiniquaise] [??:??]
  • 7 Mussieu Dollar [biguine martiniquaise] [??:??]
  • 8 Calalou [biguine] [??:??]
  • 9 La Nuit [mazouk, dans ecréole] [??:??]
  • 10 En L’Ai Mone La [biguine] [??:??]
  • 11 Finotte [biguine] [??:??]
  • 12 Oué, Oué, Oué Oué (Manman… La Grève Barré Moin) [biguine] [??:??]
  • 13 Yaya, Moin Ni l’Agent [mazouk] [??:??]
  • 14 Douce Espérance [valse antillaise] [??:??]
  • 15 Nana Ou Gros Zozo [biguine créole] [??:??]
  • 16 Pleurez, Pleurez Chabin [biguine] [??:??]
  • 17 Ti-Citron [mazurka créole] [??:??]
  • 18 Mussieu Satan Faché [biguine martiniquaise] [??:??]
  • 19 À l’Ombre des Palmiers [valse pasillo] [??:??]
  • 20 Moin Belle ! Moin Jeune ! [biguine] [??:??]
  • 21 Conversation [mazouk] [??:??]
  • 22 V’loppez Moin Doudou [biguine] [??:??]
  • 23 Chanson Cannes [biguine] [??:??]
  • 24 En Sens Unique S.V.P. [biguine] [??:??]

extraits vidéo

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enregistrement

Faces (de 78 tours) gravées à Paris, entre septembre ou octobre 1929 et les premiers mois de 1939.

line up

Stellio (clarinette, direction), Archange Saint-Hilaire (trombone), Victor Collat (piano, violoncelle), Ernest Léardée (violon, chant), Orphélien (batterie, chant), Masséna (trombone), Duverger (violoncelle), Gaston Adélaïde (piano), Henri Boye (banjo), Paul Matthias (guitare et maracas), Paul Lemon (batterie), Finotte Attuly (piano), Rosillette (chant), Léona Gabriel (alias Mademoiselle Estrella) (chant)

chronique

Comme souvent, quand on charrie ce genre d'objets – des rivages et des décades : une brassée de questions vient avec. Des doutes sur ce qu’on avait jusque là entendu. Autre chose que le « document », aussi : un plaisir à peu près immédiat. Bon… De celui-là il fut bien question, alors – au temps d’enregistrer ces plages instrumentales, ces chansons. Les lieux parisiens où ça se jouait – ces biguines, ces mazouks (mot dérivé de « mazurkas » nous assure-t-on souvent)… – se nommaient « Bal Nègre » (oui : comme la « Revue » où dans les mêmes parages triomphait Joséphine Baker – ceinte, eh oui, misère, d’une ceinture de bananes), le Canari ; voire « l’Exposition Coloniale ». (Eh…). Déjà, à ce point : l’histoire de ces musiques était autrement inextricable – pas contenue dans ces clichés-chromos « des îles », le pittoresque à l’usages des Métropolitains » mondains. Stellio, le Martiniquais – Fructueux Alexandre, avec ses orchestres (en réalité de petites formations, quatre ou cinq membres tout au plus en général, en comptant les vocalistes) n’était pas qu’un amuseur colportant des images pour un public en mal de nouveauté, de frissons, d’aventure à bon compte sans quitter le plancher… Que devaient-elles ces musiques au reste de la Caraïbe – Antilles et au-delà ? Aux Cubains qui dans le même temps déroulaient, roulaient rumbas, merengue ? À la Guyane où Stellio était passé – où il s’était forgé au métier avant de rentrer (en 1919) une dernière fois en Martinique… Avant l’exil final, donc, une décennie plus tard et qui en durerait autant – jusqu’à sa mort presque sur scène, à cinquante-quatre ans, d’un bête infarctus ? Qu’est ce que toutes celles-là, autres – calypso trinidadiens dont certains airs campent une morphologie de mélodies, des traits d’articulation assez proches d’autres entendus ici, sur ce disque ; formes afro-cubaines, donc ? Qu’est ce que ces vingt-quatre pièces devaient – doivent – au jazz dit classique, peu ou prou leur contemporain ? Leur doivent-elles même – « directement » – quoi que ce soit, à sens unique ? Y a-t-il eu avant cela – pendant même – histoire commune, cours parallèles ? Qu’en était-il de cette Afrique sur quoi musicologues et faiseurs de mythes se cognent encore, aujourd’hui, quand il s’agit de statuer avec certitude sur ce qui était passé ou pas – par dessus l’océan meurtrier, les cales immondes de la traite, l’arrachement acharné perpétré par les planteurs (de cannes ou de coton, ci et là) ? (Et au fait… : elle était déjà plusieurs et nombreuse, celle-là, bien avant. : « L’Afrique »…). Le fait est : la musique de Stellio (et de ses pairs, d’autres orchestres, alors ses concurrents) évoque comme une autre souche – poussée (mais autrement) des mêmes prémices que ledit jazz. Celui d’avant les grands ensembles du swing alors en vogue aux États – et qui au vrai persistait encore, en même temps, se transformait vaille que vaille, s’adaptait, mutait de gré ou de force. King Oliver, de Jelly Roll Morton, la Louisiane… Tous ceux dont les sillons (8 tours !) auront ou non fixé, colporté le souvenir concret… Le dessin est autre, pourtant – les tournures, le chant. La langue, bien sûr ! Ce créole dont – certes – nombre d’habitués, des dancings où Stellio avait abouti, ne devaient guère entendre goutte. Mais là encore… Voire ! Car déjà à ce public venu pour l’exotisme se mêlaient forcément des compatriotes, pareillement exilés – les occasions n’avaient pas manquées : un guerre mondiale, tiens : la conscription, pour cette première, ne s’était guère embarrassée de considérations de couleur, de distinctions d’ascendants, pour une fois ; la destruction de la ville de Saint Pierre, plus tôt, en 1902, dans l’éruption de la Montagne Pelée – trente-mille âmes avalées dans la nuée ardente, trois survivants seulement, décomptés ; une béance traumatisante pour tout le pays, restée à la place… Et la mémoire de ces chansons – quand elles ne chantent pas les plaisirs apparemment insouciants – remonte parfois les décades. La parole passe, opaque au plus grand nombre– mais pas aux commensaux retrouvés. Oué, Oué, Oué, Oué (Manman la Grève Barré Moin) avec sa mélodie triste, poignante ; et ses paroles qui content la grande grève de 1900 sur l’île – répression violente, des manifestants tués par la police sans forme de procès ; les champs de canne brûlés, les « habitations », par les ouvriers agricoles ; le salaire doublé, au bout, après le sang, la cendre… Léona Gabriel, qui chante ça – qui l’avait écrit ; qui était née métisse, avait travaillé sur l’une des plantations… Que ça raconte ça ou des choses plus légères – ou rien, car souvent les orchestres jouent sans chanteur – un sens très particulier de l’harmonie, frappe l’oreille – tendue, sans aucun doute dissonante pour les académies, la « classique ». C’est encore audible d’ici – on se dit qu’à l’époque, pour nombre d’oreilles qui découvraient ça, ça devait en effet sonner carrément… D’un autre Monde ! Des échos d’une ruralité enclavée, mélangée, changée dans la grand-ville – ce banjo à la syncope dure mais chantante, qui en rappelle d’autres (sur les enregistrements « de terrain » d’un certain Lomax, par exemple – ce n’en est qu’un – perpétrés au sud de l’ancienne ligne Mason-Dixon). Des jeux de solistes très affirmés – véloces, accomplis ; un sens précis de l’arrangement, des masses, des mouvements, des changements d’inflexions. Plus qu’un accent : un parler musical autonome et poreux – bout (transitoire, forcément) de cette « Histoire qui est ce qui arrive ». Un instant d’une autre – histoire donc, allez, avec ou sans la capitale – qui n’allait pas se finir là-dessus. (« Mazouk », au fait : c’est à sont tour, il paraît, la racine de « souk » ; et de Stellio, l’écrivain Chamoiseau parlera aussi, dans un récit plein d’autres sangs et d’autres feux – mais ceci, donc, c’est un autre livre). Il est question de Satan, aussi, en plage 18 – sur un mode dérisoire ; de l’argent, ailleurs – celui qui fait défaut (et d’ailleurs il en est fait mention dans la chanson sur ledit Cornu-Velu, il me semble, de cet absent là). De Thé au Citron, allez – tiens, les faux-balkaniques de 3 Mustaphas 3 la reprendront cinquante ans plus tard, celle-ci. Et puis de la Canne, encore. Qui ne pousse pas dans l’Île-de-France-au-Nord. La où l’on meurt à l’Hôtel Dieu, en bout de gloire – avant que les autochtones n’oublient… Et puis ce genre de disques, qui donnera ensuite à entendre, surgira de tel détour, de telle écoute, de tel hasard de trouvaille – par dessus et au travers de tout ce qui, entre temps et partout, aura pu advenir.

note       Publiée le dimanche 16 septembre 2018

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