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Francis Bebey › Psychedelic Sanza 1982 - 1984

lp vinyle | 11 titres | 00:00 min

  • 1 Sanza Nocturne
  • 2 Bissau
  • 3 Sanza Tristesse
  • 4 African Sanza
  • 5 Forest Nativity
  • 6 Sunny Crypt
  • 7 Binta Madiallo
  • 8 Tumu Pakara
  • 9 Di Saegi
  • 10 Ngoma Likembe
  • 11 Guinée

enregistrement

Enregistré par Francis Bebey - Masterisé par Norcq

line up

Francis Bebey (Sanza, mbira, Kalimba, chant, chant diphonique, cloches, Flûte, Percussions, cloches, contrebasse, basse, guitare, Claves, tam tam...)

remarques

Artwork par Elzo Durt - Liner notes par Patrick Bebey

chronique

Styles
ovni inclassable
world music
folk
Styles personnels
poésie sur tissage sonore lunaire

De toutes les inventions utiles et agréables à la fois, le Sanza, variante du piano à pouces africain semble la plus propice à traverser les siècles. Et ce double LP compilation en est le meilleur exposé. Oubliez le titre, le mot « psychedelic » (le mot, accolé à Sanza, fait presque pléonasme), la pochette, le label. Il s’agit de l’œuvre généreuse d’une muse plus qu’essentielle, sans époque, qui se révèlera bien vite indispensable pour conjurer la mélancolie dans le futur. Cette compilation regroupe une petite dizaine d’explorations des potentialités de mélodie et de timbre (extrêmement riche derrière sa simplicité enfantine) du Sanza, qui n’est après tout que des lamelles de métal de différentes longueur fixées sur un support en bois qui sert de caisse de résonance. Le résultat est plus qu’hypnotique et obsédant : c’est une véritable mise en son du rythme réel de la nature, d’une insécable nature, à prendre comme un tout, crue et parfois un peu rude dans sa monotonie organique. Le son du Sanza, très joliment décrit dans les notes de pochette comme « un mélange d’arc-en-ciel et de pluie » (on ne saurait dire mieux ) par le fils de Francis Bebey, est capable de prendre la forme de grincements, d’ondulations, de formes qui se brouillent, de chants du coq, de bruissements de feuillages et de brames énigmatiques. En d’autres termes, le Sanza tel que joué par Bebey, qui tisse des trames tantôt disco (le beat, souvent d’une simplicité enfantine) tantôt Chanson (certains textes sont magnifiques dans leur concision poétique), a le rôle au combien difficile, complexe mais en apparence évident du Liant. Celui qui confère à la nature son harmonie générale, voire sa disharmonie constructive, son déséquilibre agréable. Presque tout est essentiel dans ces deux disques, si loin des chansons humoristiques ayant fait la renommée de Bebey, et grâce auxquelles il tournait en France et en Tunisie en ce début des années 80. Ce n’est pas ce Francis Bebey-là que vous retrouverez ici, mais un Francis Bebey silencieux, ombrageux, gorgé de mélancolie, presque mystique. Quand il y a du chant, c’est cette même magnifique et noble nonchalance que l’on retrouve chez Alain Peters, autre poète en français du continent africain et détenteur d’une forme expressive brute et sans apparat ni faux mystère. Le fait qu’un artiste aussi exploratoire et poétique ait pu tourner en Afrique entre 82 et 83, certes peut-être pas exactement avec ces chansons, reste bluffant. On est à des milliards d’année de la posture de l’amuseur professionnel ou dilettante amateur de sape : Bebey est un poète, point à la ligne. À l’écoute de ce disque, il semble clair que le futur de la musique a tout à gagner à s’abreuver chez ceux, africains ou non, qui cultivent cet art de l’être si évident chez Bebey, cet espèce de danse immobile qui parvient à dépeindre en quelques secondes l’idée d’un scrolling différentiel passant devant la conscience sans que le sujet n’ait à bouger... pas un hasard si les étoffes sombres et bariolées si caractéristiques de l’Afrique de l’Ouest sont utilisées dans la pochette pour figurer cette musique : c’est le contrepoint visuel parfait au son crade et limpide dans sa répétition du Sanza, véritable machine à apaiser les angoisses les plus exogènes. Là où tout en Europe et dans l’occident semble essayer très dur, dans une quête tendue vers la vérité, allant vers toujours plus d’expérience, d’effort et de clarté, cette musique se pose avec une facilité déconcertante comme la rosée du soir sur le silence des choses, dans une sorte de beauté nue, surplombant la vérité elle-même, comme un ciel nocturne indifférent. Sans rien de plus. Il faudra toujours revenir à ce disque quand la question se posera de couper les cheveux en quatre entre Son, Chanson, Sens et Sensorialité... Une question qui n’a aucun sens, puisque les quatre sont un et indivisible, la preuve par cet album.

note       Publiée le jeudi 2 août 2018

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SEN › jeudi 2 août 2018 - 22:11  message privé !

Et la pochette est vraiment superbe !

Note donnée au disque :       
Procrastin › jeudi 2 août 2018 - 22:09  message privé !

Ben ça fait plaisir de le voir ici celui là!

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › jeudi 2 août 2018 - 16:30  message privé !

Excellent en effet. c'est sans doute un des plus etonnants et goûtus disques sorti sur le label

Note donnée au disque :       
David Locke › jeudi 2 août 2018 - 14:42  message privé !

Chronique très juste. Une belle découverte pour moi au moment sa sortie en 2014. J'aime bien également l'autre compilation chez Born Bad, période 75-82, "African electronic music" (même si là aussi, on sent bien l'intitulé pour appâter le chaland...).

(N°6) › jeudi 2 août 2018 - 14:14  message privé !
avatar

Ca faisait déjà un bout de temps que je lorgnais là-dessus, la chro est bienvenu pour sauter le pas, c'est le son idéal par ces périodes de bouffées de chaleur. (et ouais, le business de la réédition adore coller "psychédélique" là où il n'y a pas vraiment lieu, bon malgré tout Born Bad sert quand même à quelques chose parfois)