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Henryk Gorecki (1933-2010) › Symphonie n°3

3 titres - 56:52 min

  • Symphony N°3 Opus 36 (1976) «symphony of sorrowful songs»
  • 1/ I. lento-sustenuto tranquillo ma cantabile 26.25
  • 2/ II. Lento e largo-tranquillissimo 9.22
  • 3/ III. Lento-cantabile-semplice 17.05

enregistrement

Produit par Colin Matthews. Enregistrée en mai 1991 aux studios CTS, Londres. Ingénieur : Tony Faulkner.

line up

Dawn Upshaw (soprano) ; London Sinfonietta ; David Zinman (Direction)

remarques

Cette version peut être largement considérée comme la seule. Il en existe quatre à ma connaissance. La direction est parfaitement tendue et équilibrée, d'une souplesse magnifique lorsque nécessaire, et Dawn Upshaw est réellement une immense soprano.

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
symphonie-xxième siècle/contemporain

Tout commence dans les ténèbres les plus profondes… la plainte sourde, angoissante et terrible des cordes les plus graves… la note est lourde, lente, immuable. Nous sommes au fond, tout au fond de la plus abyssale des fosses du plus obscur des océans. La symphonie N°3 du polonais Henryk Gorecki, écrite en mémoire des victimes d'Auschwitz, est une des expressions les plus entières, car essentielle et sobre, de la tristesse et du désespoir, une des plus implacables. Pas de furie, pas de hurlement, pas de brusquerie… juste une insondable masse de cordes, pas de cuivre, pas de coup… Gorecki fait doucement monter le flot du désespoir, depuis ce gouffre noir, lentement, lanscinant, en glissant peu à peu les divers plans de cordes, en mouvements balanciers. Des basses qui nous donnent la mesure de l’atroce profondeur, des violoncelles et des altos dont les chants réguliers, lascifs et monodiques se croisent et se confondent, donnant matière mouvante à l’océan immense, et dans la masse duquel Gorecki nous a plongés. Des larmes, de la peine et des larmes : rien que l’eau salée. Cette mer est insondable, sa force lente et totale, et faite d’une seule substance ; ainsi est la tristesse selon Henryk Gorecki. Tout n’est que legato, pas de sons égoïstes, pas de saillies visibles, pas d’angle, pas de recoin. Les mélodies sont calmes, lentes, infiniment simples, linéaires, belles. Les harmonies sont amples, superbes et pathétiques et leurs liens créent la forme, la force et la douceur, la dynamique pesante de cet océan triste. Force lente et totale, et faite d’une seule substance : la masse sonore mouvante à l’inéxorable progression est ainsi travaillée, compacte, nuancée mais indivise, monobloc, dense et vivante. Contrebasses en abîmes, violons d’émotion pure qui balayent la surface telles des vagues sous la pluie. Mais notre corps entier et notre âme avec lui subissent l’emprisonnement et son mouvement berceuse des kilomètres d’eau, de ténèbres et de lueurs, qui ne cessent de gonfler, grossir puis s’atténuer au long du temps qui passe, et dont on perd la notion. Depuis les hauts violons jusqu’aux lointaines abysses les harmonies profondes créent beauté et tristesse. Alors… ce n’est qu’une fois perdu, pris par la force tranquille de l’immense désespoir, bercé mais aussi entraîné par la puissante marée, que l’on entend soudain s’élever sur les eaux comme se lève le Soleil la voix de Dawn Upshaw. Désincarnée, limpide, puissante, plaintive et étoilée, cette voix ne nous quitte plus, survolant la mer sombre où notre corps balance, et l’appelant à elle lors de vagues déchirantes ; l’orchestre est l’océan, Dawn Upshaw l’ouvre au ciel, où volera le soupçon harmonique d’un piano ailé. Voici l’une des œuvres les plus sombres et tristes qu’il soit donné d’entendre. La liberté artistique propre aux contemporains permit à Gorecki, qui en avait les moyens, d’aller à l’essentiel… grâce à une science acquise en maître de la musique contemporaine, de ne pas enjoliver, de ne plus compliquer… nous voici donc, avec lui, au plus profond. À l’aide de quelques notes, d’harmonies bouleversantes, il vous cerne le cœur, il l’écrase… il vous oppresse le corps. Tout semble pourtant calme, le lento médian est d’une beauté éthérée et lumineuse à faire pleurer les morts… cette symphonie se tait, mais fait hurler votre âme. Une voix de sirène et qui pleure avec grâce, une vision des abysses… un des plus immenses chefs-d’œuvre de la musique pour larmes.

note       Publiée le mardi 30 juillet 2002

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Note moyenne        38 votes

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Aladdin_Sane › lundi 1 avril 2019 - 09:25  message privé !

Bon, j'ai regardé (car ça existe aussi en DVD) le concert de 2014 enregistré sous la direction de Penderecki avec Beth Gibbons. C'est sûr, ça ne vaut pas la prestation de Dawn Upshaw ne serait-ce que parce que Beth Gibbons n'a pas une voix de soprano mais plutôt l'équivalent d'une voix de contralto d'après ce que j'ai pu lire. Après, cette interprétation n'est pas ridicule non plus musicalement parlant, en tous cas, elle m'a bien touchée au final.

Cinabre › vendredi 29 mars 2019 - 14:09  message privé !

Je viens de voir le trailer... c'est quand même bien frustrant, on a juste droit à une syllabe de voix après un medley du début et fini, rideau!

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane › vendredi 29 mars 2019 - 13:17  message privé !

Une version enregistrée par Beth Gibbons et le Polish National Radio Symphony Orchestra sous la direction de Penderecki vient de sortir.

saïmone › lundi 11 décembre 2017 - 19:12  message privé !
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Le génial Colin Stetson à enregistre une interprétation de cette Symphonie et ça envoie bien, le son du saxo est comme toujours complètement dingue

Note donnée au disque :       
troubadourpaladin › mercredi 30 septembre 2015 - 02:18  message privé !

Une incroyable symphonie, soit, mais moi perso j'aime bien la deux, Copernican, et l'excellent Beatus vir, qui dronent autant que du drone doom mais sur fond orchestral moderne, et bien sûr la première symphonie ; on en parle pas c'est du Gorecki pré-pubère, mais bon.

Note donnée au disque :