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Grand Veymont › Route du Vertige

lp | 4 titres | 43:38 min

  • A
  • 1 Valse tango [8:43]
  • 2 La tête de la dame [13:25]
  • B
  • 3 Bois barbu [6:44]
  • 4 Le prunier noir [14:36]

extraits vidéo

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enregistrement

Mixage : Josselin Varengo aux manettes, Béatrice Morel Journel à côté. Mastering : Harris Newman. Enregistré au printemps 2017, en face du Vercors avec le soutien de Sammy, Nanou, les enfants, Blandine et Fabrice.

line up

Béatrice Morel Journel (musique et paroles), Josselin Varengo (musique)

remarques

Artwork : Brest Brest Brest.

chronique

Ce pourraient être de simples scènes, disons… Symbolistes. Mais l’approche, le dessin, les vecteurs, libèrent le sens. Le littéral et le poétique – pour cette fois pas bêtement séparés, leurs soi-disant impératifs catégoriques dissouts, consommés dans le mouvement. Les "Routes du Vertiges" : c’en sont de véritables, au bord du massif du Vercors. Ça dit, aussi, ce titre, une voie possible où l’attention s’échappe, où la perception ivre embrasse, saisit soudain la grandeur et l’entier du monde proche, ses détails et sa masse, horizons et angles de fuite. Les pierres qui chauffent et "montrent", "ici, particulièrement". Ce ne sont pas que les, que des mots. En tous ses lieux – et les notions de "premier lieu" ou de "dernier ressort", de signifié qui primerait ou non sur le son, le courant, le débit, s’en trouvent débrayées – cette musique s'articule aussi entre eux, en dehors, dans leurs défauts. La voix – comme les orgues, la batterie, la flûte… est musique. Les dits, simplement, chargeant et nourrissant le flot. La voix est belle et claire, encore – mais timbrée, sans transparence mièvre, jamais. Les phases des claviers pulsées, en échos et multiples – mais pas enfermés dans les comptes. Le son trouve le relief – là où celui de la démo première manquait un peu d’espace, aplatissait un peu des compositions dont la profondeur, le modelé, ressortaient bien plus en concert. (Aucun titre en commun, au fait, entre les deux disques – cette différence dans le rendu des matières n’en est pour autant pas moins perceptible). Cette musique est… Présente. Histoires pas édifiantes, ritournelles pas prétextes. À vrai dire – en direct comme sur ces pistes gravées – la parenté, l’accointance plutôt, la sympathie (comme on parle de "cordes sympathiques") entre la manière de Grand Veymont et certaines formes hors-pop, traditionnelles, "folkloriques", sonnent de plus en plus comme une évidence. Les poèmes soufis d’un certain orient – multiple et étendu, proche ou lointain, perse, azéri, hindoustani… – par exemple. (Mais ce n’est qu’un exemple – et d’autres que moi, familiers ou curieux d’autres chemins, d’autres écoutes, y entendront sans doute d’autres semblances et incidences). De pareils jeux sur le littéral et l’induit – et de pareils renversements, ambigüités, entre un "surréel", un monde plus grand que ce qui immédiatement se voit et ce qui à portée de main, de vies individuelles, se touche ; une même aptitude à suspendre la question, à vrai dire : laquelle, de ces deux "faces", verserait dans l’autre pour se révéler "vraie", cachée. Reste à savoir si les chansons de Grand Veymont – et celles de ces répertoires autres – renversent ou non la conclusion. (En clair : le poème profane veut exprimer – cacher et révéler d’un même mouvement – un vérité supérieure. Mais tout aussi bien : le supposé "divin", dans l’opération, peut se trouvé ramené au monde, infusé dans lui et ramené à l’immanence, les existences mortelles rendues égales à lui ; c’est à dire que le "divin" ne les dépasse plus, que l’incarné n’est plus fantôme, que l’esprit n’est plus distinct, prison et prisonnier de la chair et des pierres et des bois… Ce "risque" est encouru par tous les prêcheurs, du moment que leur parole quitte les barreaux des chaires : c’est vrai des textes posés sur les maqâms ouzbeks, les khyals d’Inde du nord… c’est vrai pour la Vision de Tondal, ce qui nous est parvenu de ses voyages d’un coin à l’autre de l’Europe médiévale, de ses mutations qui ont fini par épouser ces mondes sans parvenir à les abolir dans la parabole). Même propension, aussi, à répéter les motifs en variations, à étirer ou concentrer, densifier par passages un motif mélodique, une cellule de texte isolée, à relayer apex et dépressions du rythmes, points nodaux (modaux ?) de la mélodie en sinuosités, vibrations concentriques dilatées ou resserrées… C’est particulièrement frappant, bien sûr, sur Le Prunier Noir et son introduction de flûte délayée ; c’est subtilement mais très nettement dessiné sur La Tête de la Dame. C’est perceptible partout une fois qu’on l’a entraperçue (imaginée ?), cette libre association. C’est toujours si singulier et de plus en plus affirmé. C’est d’une rare finesse – et fort, jamais affecté. Ce qui s’y marque et ce qui là-dedans s’échappe, j’entends. Aucune image mise en miroir – les pierres qui chauffent, encore, à la première et à la dernière plage – ne se fige en forme convenue, en métaphore remise seulement par habitude. Tout fait indice – mais on ne vous dira pas de quoi, quoi en penser qui serait jugement, sentence à quoi s’accrocher. Encore une fois : c’est lumineux, ces quatre pistes, mais rien n’y est fait pour lénifier, pour rassurer. Ça ne devient pas une habitude : c’est bien trop rare, vraiment, pour s’arrêter ainsi.

note       Publiée le dimanche 15 avril 2018

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Klarinetthor › aujourd'hui - 15:29  message privé !

Après Odessey&Oracle (oui ce n'est pas vraiment la même came; quoique, à l'échelle de ce qu'on peut écouter...), Grand Veymont nous font le plaisir de jouer ce soir à Paris au Zorba. J'avais un peu de mal avec le premier album mais celui-ci m'a convaincu.

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