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Nick Cave And The Bad Seeds › Skeleton Tree

cd | 8 titres | 39:44 min

  • 1 Jesus Alone
  • 2 Rings Of Saturn
  • 3 Girl In Amber
  • 4 Magneto
  • 5 Anthrocene
  • 6 I Need You
  • 7 Distant Sky
  • 8 Skeleton Tree

enregistrement

Enregistré à Brighton et La-Frette-Sur-Seine entre 2014 et 2016

line up

Martyn P. Casey (basse), Nick Cave (voix, piano, piano électrique, synthétiseur, vibraphone, chœurs), Warren Ellis (synthétiseur, loops, piano électrique, piano, guitare baryton, violon, alto, percussions, chœurs), Jim Sclavunos (percussion, vibraphone, cloches tubulaires, chœurs), Thomas Wydler (batterie), George Vjestica (guitare acoustique, chœurs)

Musiciens additionnels : Else Torp, (chant sur "Distant Sky"), Ellie Wyatt (violon), Charlotte Glason (alto), Joe Giddey (violoncelle)

chronique

Annoncé comme l'un des plus lénifiants de son auteur, dans la suite directe des gospels à tartes And no more ou Boatman's Call ou des berceuses penaudes de Push The Sky Away, Skeleton Tree s'annonçait dès le départ comme un four. Au final, c'en est bel et bien un. Éteint. Embaumant dès l'ouverture une singulière odeur de crevé. Presque chimique, l'odeur. Phosphorescente ou quasi. Froide. On est condamné à s'y enfermer ensuite pour une demie-heure de cafard aux contours bien nets, avec comme hôte un père en deuil. Qui a bien sûr pris la peine de se coiffer et d'enfiler son costume trois-pièces... "Mangez-en tous, ceci est ma larme, une larme qui j'ai soigneusement sculptée avec mes zicos, impliqués jusqu'à la soumission (Michael Gira et Son Orchestre peuvent se rhabiller)". J'aurais dû fuir. Hélas, j'ai été attiré par la petite lueur verdâtre radioactive de cette pochette. Un choix de teinte très Type O Negative qui ne saurait mentir : malgré une mise en scène promotionnelle de son spleen - notamment à coups de "documentaires-making-of" à la Paris Match d'une suffisance et d'un narcissisme feutrés à souhait qui lui donnent cet air persistant de BHL des chanteurs gothiques, sur Skeleton Tree - et c'est bien tout ce qui nous intéresse en vérité - la réussite est aussi fragile que réelle. Nick Cave titube en équilibre assez terrifiant entre le digne et l'obscène. Sa musique baigne dans un halo particulier, entre le glauque et le divin. Même dans le deuil, Nick Cave pose. Son deuil, c'est un peu son Arielle Dombasle. Il sent le plastique son deuil... mais il est réel, et l'album qui en découle fige et touche au cœur. De toute façon, background attrape-charognards à base de drame familial ou pas, l'ambiance de Skeleton Tree est aussi réconfortante qu'un selfie de nordhal Lelandais en format A1. Le vide laissé par les démissionnaires Bargeld et Harvey - dont les départs n'étaient pour rien dans la chiantise de la musique (elle l'était depuis un moment, depuis qu'on avait laissé Nick Cave aux olibrius barbus en taffetas) - est justifié non pas par une économie fainéante - malgré des passages objectivement chiants (le final, "Magneto" ou "Anthrocene") - mais par ce qu'il suffit d'avoir pour tresser une ambiance : un synthétiseur, et des chœurs. Et c'est tout. Guère plus de protagonistes qu'il n'y en avait sur les meilleurs Leonard Cohen. Et ça fera un purgatoire de la taille d'un mouchoir de poche. Avec rien qu'un œil blanc à la place du cœur, et des signes qui ne trompent pas : si le code couleur choisi pour cette pochette en forme d'écran archaïque est le même que pour les albums de glace de feu Peter Steele, c'est que le thème central est bien le même. Qu'il nous a tous touché, et nous touchera tous. C'est en restant suspendu à cet Arbre Squelette, à ces moments dans sa musique qui nous font regarder dans le vide sans bouger, qu'il s'épanouira de son horreur tranquille dans le clinique typique des lundis. C'est là que se révéleront des moments d'éclaircie du coup aussi déchirants, presque des rayons de Soleil, même, "Rings of Saturn" ou "Distant Sky". Des titres du matin. Objectivement, ces passages-café sont bien des resucées du précédent album, avec juste un peu de gravité, rien de plus. Skeleton Tree a quelque chose de pur, que Cave n'avait peut-être pas effleuré depuis "Stranger Than Kindness". Il y a dans ce disque auquel je ne croyais pas des manières de cuistre touché par la grâce, une mystique de dandy bellâtre à terre plus que jamais sincère et - plus encore - une possible volonté de mortification suprême, qui vous réconcilient presque instantanément avec ce gland ténébreux. Qui sonne comme il a toujours sonné ici, finalement, à un point troublant : comme s'il s'était entraîné au pire drame de son existence toute sa discographie, et qu'il était enfin mis en face et... rien. Rien qu'un vide béant qui lui inspire rien ou presque, que des chansons parfois guère plus qu'esquissées, simples, lentes, souvent magnétiques. RÉELLES. Au moins autant que la présence des anges, palpable aux échos d'horreur sourde dans l'ombre de ces synthétiseurs comme captés du fond du fion d'une ruelle de Prypiat. Les anges bougent à peine, mais assez pour qu'on sache qu'ils sont là. Et qu'ils ne nous aiment pas. En fait vous les sentez dès les premières secondes de l'album. Parce qu'un ange, ça pue ; ça a comme cette odeur de chez le dentiste. Et sur "Jesus Alone", cette introduction au vilain museau de certitude, on les aura rarement tant sentis. Tentative d'omniscience du fond du funérarium. On ressent l'appel et cet absence d'horizon auquel s'agripper ; que la paroi lisse de la perte. On est pas loin de l'universelle envie de vomir après un enterrement, faite chanson. Du cliché, en néons blafards. Et ce qui restera peut-être comme son plus sinistre morceau (et ce sans jamais hausser le ton - tout autre chose que ses murder-ballads hallucinées qui vocifèrent et grimacent tout ce qu'elles peuvent). Clinique. Tangible. Avec ce sifflement comme une douleur lancinante, qui nous tient l'âme par les burnes et ne les lâchera pas. "With my voice, I'm calling you". Appel à toutes les victimes collatérales de Dieu. Le reste de l'album, moins menaçant - quoique - s'exprimera dans toutes les nuances de la fatalité au presqu'espoir. Du noir au vert froid. On ne saurait réduire Skeleton Tree a un album déprimant, mais les rayons de Soleil que Cave laisse filtrer par les stores dans sa musique en soulignent la lividité. Rappelant à qui l'avait encore oublié que la lumière est infiniment plus cruelle que l'obscurité. On croit bien dans ces instants plus lexomil ou earl grey, à une respiration... On croit pour tout dire à un apaisement de la tristesse. Mais elle est encore là, sous la peau... En fait elle est partout... Elle n'était pas partie... Ne partira jamais... Il faudra vivre avec. Et chanter, si on en a la force, "I Need You".

note       Publiée le dimanche 1 avril 2018

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saïmone › dimanche 1 avril 2018 - 21:51  message privé !
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Dans le mile - c'est à dire en plein coeur

Note donnée au disque :       
Twilight › dimanche 1 avril 2018 - 17:49  message privé !
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Un drôle d'album, je n'ai toujours pas réussi à l'apprivoiser totalement mais je crois que Raven (chapeau, il est ardu à décrire celui-là) a tout résumé dans ses dernières lignes...

torquemada › dimanche 1 avril 2018 - 15:20  message privé !

J'ai tenté à sa sortie... et je me suis bien fait chier. A retenter.

born to gulo › dimanche 1 avril 2018 - 15:05  message privé !

Les poissons d'avril sur Guts, c'est plus ce que c'était.