Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesDBetty Davis › Is It Love or Desire

Betty Davis › Is It Love or Desire

cd | 10 titres | 33:53 min

  • 1 Is It Love or Desire [2:36]
  • 2 It's So Good [3:20]
  • 3 Whorey Angel [5:02]
  • 4 Crashin' From Passion [3:24]
  • 5 When Romance Says Goodbye [3:43]
  • 6 Bottom of the Barrel [3:47]
  • 7 Stars Starve, You Know [3:35]
  • 8 Let's Get Personal [3:32]
  • 9 Bar Hoppin' [3:12]
  • 10 For My Man [1:42]

extraits vidéo

  • Il y a des extraits vidéo pour ce disque. Vous devez être membre pour les télécharger : devenez membre.

enregistrement

Enregistré au Studio In The Country, Bogalusa, Louisiane, été 1976. Produit par Betty Davis.

line up

Betty Davis (chant), Larry Johnson (basse), Fred Mills (basse, choeurs, chant 3), Carlos Morales (guitares, choeurs), Semmie "Nickey" Neal Jr. (batterie)

Musiciens additionnels : Carrie, Cora & Hoyt (choeurs), Clarence Gatemouth Brown (violin 10), Nathaniel Corbett (percussions)

chronique

Styles
funk
rock
blues
soul
Styles personnels
da funk

Betty Davis, sweet Betty. Une comète. Puis une disparition. Le mystère Betty Davis, trop crue, trop indépendante, trop en avance. Trois albums de funk dur et sexuel, entièrement écrits, composés et arrangés par Betty, puis plus rien. Il y en avait un quatrième dans les cartons, près à être pressé. Mais le music business n’était pas près pour Betty, pas d’accord qu’une femme, une femme noire qui plus est, impose sa vision, pas dans les clous, pas dans le rang. « Ils m’ont dit que si je voulais faire de l’argent, il fallait que je devienne plus présentable. » Island Record ne sortira jamais le dernier album de Betty Davis. Il faudra attendre plus de trente ans pour qu’il soit enfin réédité et qu’il trouve sa juste place dans sa discographie, à son sommet. Enregistré avec le Funk House, son groupe qui l’a déjà accompagné sur « Nasty Gal », tout y est de ce qui fait la musique de Betty Davis, voire même un peu plus. Il y a le hard-funk rude et sexuellement chargé du titre éponyme, mais aussi des morceaux plus anguleux, « It’s So Good » et sa structure complexe et concassée, un chant plus doux accompagné de choeurs à la fois funky et soul, une guitare frénétique qui en redonnerait au meilleur de Funkadelic. Betty met d’abord en avant un chant masculin sur « Whorey Angel », Hendrixien en diable avec ses passages flottants dans une zone de soul psychée toujours épicée par cette section rythmique qui appuie là où ça fait du bien quand ça fait mal. Betty se diversifie, n’hésite pas à se frotter à un registre nouveau pour elle, sur les conseils de son ex-mari Miles qui lui doit tant, celui de la ballade mélancolique et sensuelle où elle abandonne sa tessiture gutturale, celle d’un personnage de scène hypersexué qui cache une nature très sensible, pour sussurer sur une instrumentation acoustique ténue jouant avec les silences. Le résultat est prodigieux, sur une ligne claire, minimaliste et désabusée. Tout n’est pas qu’orgasme revêche chez Betty, ses compositions gagnaient alors en richesse, en facettes. Le Funk House suivant ses directives, un sacré caractère qui savait très bien où elle voulait les emmener, Miss Betty produit avec sa musique un joyau singulier dans le paysage de la musique noire de l’époque, qui commence à dériver petit à petit vers la disco, tendance qu’elle attaque de front dans « Bottom of the Barrel ». Betty a besoin de profondeur, d’un trip des tripes, d’un truc qui s’arrache du bas-ventre, qui transpire, qui s’affiche avec provocation et assurance. Betty va au fond des choses, dans tous les sens du terme. Son funk est puissant, ses paroles sont fortes, des paroles qui portent. Rester en surface, glisser sur du lisse, bien peu pour elle qui n’hésite pas une seconde à dresser un portrait de sa propre situation conflictuelle avec l’industrie du disque dans « Star Starves, You Know », dans un mélange d’humour et de confrontation directe avec sa maison de disque Island. Betty crève la dalle et n’entend pas changer sa ligne d’un pouce. Ca ne lui portera pas bonheur pour sa carrière mais la musique, elle, y aura gagné des bornes solides, surtout pour les femmes, et surtout pour les femmes noires. La « great black music » des femmes, Betty la connait bien, elle la chante depuis sa plus tendre enfance, elle connait le blues, elle l’intègre dans son mixeur pour une dose de blues-rock bien bitchy comme il se doit, tout comme le groove swampy de la Lousiane, elle fait venir le légendaire Clarence « Gatemouth » Brown pour son toucher de violon cajun. Elle déambule sa sublime silhouette de bars en bars en claquant des doigts sur un funk de bastringue sur « Bar Hoppin’ », alternant voix rauque de descendeuse de bourbon et feulements soyeux et cajoleurs. Que Betty était grande. L’industrie du disque ne mérite que mépris, le sien et le notre, pour avoir remisé son meilleur album, le plus abouti, dans l’ombre. Une ombre où Betty ne tardera pas à se réfugier et disparaitre, sa légende ne faisant que croitre alors que sa vie à elle devenait plus difficile. Celle-ci lui appartient, comme sa décision de rester cachée. Mais sa musique, elle, a enfin droit de cité. Merci Betty, sweet Betty.

note       Publiée le samedi 10 mars 2018

partagez 'Is It Love or Desire' sur les réseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "Is It Love or Desire"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "Is It Love or Desire".

ajoutez une note sur : "Is It Love or Desire"

Note moyenne :        1 vote

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Is It Love or Desire".

ajoutez un commentaire sur : "Is It Love or Desire"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Is It Love or Desire".

(N°6) › samedi 10 mars 2018 - 18:58  message privé !
avatar

Bien vu pour la pochette. En plus XXX quand même. J'aime tout de Betty, mais finalement c'est mon préféré des quatre, pour les raisons développées dans la chro.

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 10 mars 2018 - 17:00  message privé !
avatar

Je prends ça comme un appel à chroniquer tout Marley et les Wailers, afin de pouvoir mettre ensuite à la fois Kaya (où y'a "Is This Love") et Is This Desire de Polly Jean en reco...

Conneries à part, un album "caché mais fini" de Betty D. où elle ne fait apparemment pas que la fauvesse, et avec cette pochette qui me fait penser à Minnie Riperton... D'vine si ça va me faire forcément envie, ça ?