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Philip Glass (1937) › Mishima (OST)

cd | 14 titres | 46:05 min

  • 1 Mishima / Opening [2:46]
  • 2 November 25: Morning [4:08]
  • 3 1934: Grandmother & Kimitake [3:37]
  • 4 Temple of the Golden Pavilion (« Like Some Enourmous Music ») [3:06]
  • 5 Osamu’s Theme: Kyoko’s House [2:58]
  • 6 1937: Saint Sebastian [1:05]
  • 7 Kyoko’s House (« Stage Blood Is Not Enough ») [5:00]
  • 8 November 25: Ichigaya [2:11]
  • 9 1957: Award Montage [3:56]
  • 10 Runaway Horses (« Poetry Written With a Splash of Blood ») [9:09]
  • 11 1962: Body Building [1:29]
  • 12 November 25: The Last Day [1:30]
  • 13 F-104: Epilogue from Sun and Steel [1:59]
  • 14 Mishima / Closing [2:57]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Greene St. Studios, NY, NY et au Living Room Inc., NY, NY par Dan Dryden, assisté de Don Christensen. Remixé au Living Rom Inc., NY, NY par Dan Dryden, Kurt Munkacsi et Michael Riesman. Masterisé par Bill Kipper au studio Masterdisk, NY, NY. Produit par Kurt Munkacsi.

line up

Philip Glass (1937) (composition), Kronos Quartet, Michael Riesman (direction)

remarques

AVERTISSEMENT : La vie de Yukio Mishima et particulièrement sa fin, les circonstances de sa mort, sont il me semble assez largement connues par quiconque s’est intéressé à lui et à son œuvre. Le film de Paul Schrader, « Misma (a Life in Four Chapters) » (1985), reprenant des épisodes de l’une et l’autre – vie et œuvre – et la chronique ci-dessous suivant à peu près a chronologie du film, on notera toutefois avant d’en entamer la lecture que le texte peut dévoiler certains éléments de cette histoire – film, romans, nouvelles, biographie de l’écrivain et leur conclusion – à qui n’en aurait au préalable pas ouï mot.

chronique

Paul Schrader n’est pas un cynique – ses films ne le sont pas. Pas plus un moraliste. Un cinéaste de l’inéluctable et de l’ambigüité, oui. Ambigüité des "fatalités" qu’il montre, démonte, remonte. Tout autant, des volontés qui agissent – de ce qui dans les décisions prises échappe ou non aux êtres qui les prennent. Cinéaste des Actes qui s’enchaînent très logiquement alors que c’est le désir qui mène – purement informulable, lui, irrationnel. Cinéaste souvent au bord du kitsch, aussi – l’un ou l’autre bord. Mais ce trait-là est tout aussi logique tant Schrader aime épurer signes et symboles – les pousser au plus criant, au littéral jusqu’à l’absurde, aux confins de l’éclatement. Ainsi le sens ne s’y engonce pas – et nous échappons à l’assénée, le frontal des images, les procédés n’empêchant plus la subtilité, le jeu, les perspectives... Ce film n’est pas – comme ils disent – un "biopic". Pas une fable, non-plus. C’est un tuilage. Une articulation impeccable, géométrie qui va se complexifiant, les plans – du réel historique ou de ce qu’on en sait, des fictions, écrits de l’auteur Mishima – se mêlant de plus en plus étroitement à mesure que l’écrivain avance vers sa fin… Choisie ? Voire, disons-nous – semble douter Schrader. La musique de Glass, dans ce montage, est l’une des couches, des pièces les plus nettes – et l’un des plans les plus poreux. Le thème d’ouverture – récurrent tout au long du métrage – d’une parfaite plasticité. D’abord épique, romantique ou post – post-Beethoven, post-Wagner, post-Mahler… – sur le générique et son ciel embrasé, la mer. Plus loin – sans que la mélodie, les harmonies, ne changent – transformé en un twist léger, chromé, enlevé, bande-son d’exposition ou de pièce existentialiste, nouvelle-vague, new-wave, rock ’n roll immaculé. (L’auteur, plus tard, en conférence de presse pour la sortie d’un court-métrage où il se met en scène commettant seppuku : "Qui voudriez-vous être ? … – Elvis Presley" (*Rires*)). Mishima et son œuvre – ses doubles, la sincérité qu’il attribue aux masques, les scènes décrites de plus en plus terribles, glaçantes. De plus en plus prophétiques, annonciatrices – on le sait maintenant et pourtant… Pourtant on ne sera jamais sûrs. Mishima joue. Il est Mizoguchi le bègue fasciné par le Pavillon d’Or (1961), tout autant que Tsurukawa, le condisciple boiteux qui lui apprend à jouer de son infirmité pour lever des filles… C’est ce qu’il dit ou nie, du moins, ou les deux – c’est sa fiction et on ne sait quand il ment. Ou comment, combien – pour affirmer quelle vérité qu’ailleurs il exprime en axiomes, aphorismes. Le Mishima de quarante-cinq ans, de la fin (1970), claudique un peu, aussi. L’autre thème redondant est une marche militaire – disciplinée, tambours roulants, montée en ordre vers le front, l'action. Le jeune homme de La Maison de Kyoko se met à la musculation, se forge. Se vend, par contrat, à la propriétaire de la cafétéria tenue par sa mère – pour éponger une dette. Le sexe se pare de sang – et la femme d’affaire lui parle mise à mort double, lame pour lui puis poison pour elle-même. Couleurs pétantes. La guitare électrique se joint au drame. Mishima, en noir et blanc, fait signer les hommes jeunes de sa garde privée – avec leur sang, aussi. Je n’énumère pas tout : il y a l’onnagata – acteur de noh, homme, spécialisé dans les rôles de femmes – entrevu dans l’ouverture d’une loge. Le Saint Sébastien sulpicien sur quoi se branle pour la première fois le narrateur de Confessions d’un Masque. Il y a Mishima qui, parlant à l’université devant les étudiants en révolte, se heurte et ne convainc pas – et qui semble en jouir ou ne pas voir à quel point… La marche se raidit – November 25 et ses déclinaisons. Runaway Horses – variation sur le thème d'ouverture, l’héroïque, élégiaque – s’étire sur neuf minutes, exécution limpide du Kronos Quartet, développements aériens, homothétie des motifs dont l'extrême précision, au lieu d’en retirer la chaleur, fait rayonner la lumière. Scènes et roman, pourtant, ce "Chevaux Échappés", où le "coup" rate, dans un premier temps – mais jusqu’où, et n’est-ce pas son échec qui devait s’accomplir ? Mishima et sa garde qui se barricadent dans un bureau. L’écrivain sur le toit, qui discoure – plus personne ne rit, ne sourit, même. Le bruit de la troupe, en bas, exaspérée, qui couvre sa voix. Mishima qui s’en retourne, dedans. Et cette fin, "très Schrader" – toutes les fins qui surviennent avec le dernier geste, comme au début du film les déguisements, les masques, encore. Est-ce un exergue ou un fiasco ? Mishima au dessus de la nuée, pilote un F104 ; l’orgue semble vouloir nous souffler, lentement, une dernière fois, combien étaient proches dans leurs accords, leurs progressions, les deux thèmes tout au long alternés. Le générique de fin donne, du premier, son crépuscule – mais d’autres que moi sans doute y entendront son aube.

note       Publiée le mardi 6 mars 2018

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DukeOfPrunes › mardi 20 mars 2018 - 17:19  message privé !
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Mais non, c'est ton sixième sens, c'est de l'intuition !

Dioneo › dimanche 18 mars 2018 - 20:55  message privé !
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Ah tiens, j'ignorais... Hasard total, que je l'aie chro juste à ce moment là.

Note donnée au disque :       
DukeOfPrunes › dimanche 18 mars 2018 - 18:53  message privé !
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Pour info : le film sortira en mai prochain aux USA chez Criterion dans sa nouvelle restauration 4K, avec en bonus une interview de Philip Glass.

Rastignac › mardi 6 mars 2018 - 15:01  message privé !
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En attendant d'écouter ce disque, je suis allé re-farfouiller dans les données sur la mort de Mishima, et suis tombé sur une interview de Yourcenar par Pivot, à propos de son bouquin "Mishima ou la vision du vide". Très agréable de l'entendre parler, elle te synthétise tout avec une densité et une précision incroyable, à voir pour les curieux. En face d'elle, d'Ormesson, qui fait bien pâle figure ; ça se voit qu'il invente ses réponses et qu'il n'a rien lu du gars ou alors tout de travers, on dirait un bon élève de sciences pipo qui va juste avoir la moyenne au grand oral. Et ça se voit, hé hé.