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Philip Glass (1937) › Mishima (OST)

  • 1985 • Nonesuch 9 79113-1 F/79113 • 1 LP 33 tours
  • 1985 • Nonesuch 7559-79113-2 • 1 CD
  • 2000 • ArsNova AN-2207/ARSN 228077 (BOOTLEG RUSSE) • 1 CD
  • 2012 • Nonesuch digital 075597977622 • 1 CD

cd • 14 titres • 46:05 min

  • 1Mishima / Opening2:46
  • 2November 25: Morning4:08
  • 31934: Grandmother & Kimitake3:37
  • 4Temple of the Golden Pavilion (« Like Some Enourmous Music »)3:06
  • 5Osamu’s Theme: Kyoko’s House2:58
  • 61937: Saint Sebastian1:05
  • 7Kyoko’s House (« Stage Blood Is Not Enough »)5:00
  • 8November 25: Ichigaya2:11
  • 91957: Award Montage3:56
  • 10Runaway Horses (« Poetry Written With a Splash of Blood »)9:09
  • 111962: Body Building1:29
  • 12November 25: The Last Day1:30
  • 13F-104: Epilogue from Sun and Steel1:59
  • 14Mishima / Closing2:57

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Greene St. Studios, NY, NY et au Living Room Inc., NY, NY par Dan Dryden, assisté de Don Christensen. Remixé au Living Rom Inc., NY, NY par Dan Dryden, Kurt Munkacsi et Michael Riesman. Masterisé par Bill Kipper au studio Masterdisk, NY, NY. Produit par Kurt Munkacsi.

line up

Philip Glass (1937) (composition), Kronos Quartet, Michael Riesman (direction)

remarques

AVERTISSEMENT : La vie de Yukio Mishima et particulièrement sa fin, les circonstances de sa mort, sont il me semble assez largement connues par quiconque s’est intéressé à lui et à son œuvre. Le film de Paul Schrader, « Misma (a Life in Four Chapters) » (1985), reprenant des épisodes de l’une et l’autre – vie et œuvre – et la chronique ci-dessous suivant à peu près a chronologie du film, on notera toutefois avant d’en entamer la lecture que le texte peut dévoiler certains éléments de cette histoire – film, romans, nouvelles, biographie de l’écrivain et leur conclusion – à qui n’en aurait au préalable pas ouï mot.

chronique

Paul Schrader n’est pas un cynique – ses films, en tout cas, ne le sont pas. Pas plus un moraliste. Un cinéaste de l’inéluctable et de l’ambigüité, oui. Ambigüité des "fatalités" qu’il montre, démonte, remonte. Tout autant, des volontés qui agissent – de ce qui dans les décisions prises échappe ou non aux êtres qui les prennent. Cinéaste des Actes qui s’enchaînent très logiquement alors que c’est le désir qui mène – purement informulable, lui, irrationnel. Cinéaste souvent au bord du kitsch, aussi – l’un ou l’autre bord. Mais ce trait-là est tout aussi logique tant Schrader aime épurer signes et symboles – les pousser au plus criant, au littéral jusqu’à l’absurde, aux confins de l’éclatement. Ainsi le sens ne s’y engonce pas – et nous échappons à l’assénée, le frontal des images, les procédés n’empêchant plus la subtilité, le jeu, les perspectives... Ce film n’est pas – comme ils disent – un "biopic". Pas une fable, non-plus. C’est un tuilage. Une articulation impeccable, géométrie qui va se complexifiant, les plans – du réel historique ou de ce qu’on en sait, des fictions, écrits de l’auteur Mishima – se mêlant de plus en plus étroitement à mesure que l’écrivain avance vers sa fin… Choisie ? Voire, disons-nous – semble douter Schrader. La musique de Glass, dans ce montage, est l’une des couches, des pièces les plus nettes – et l’un des plans les plus poreux. Le thème d’ouverture – récurrent tout au long du métrage – d’une parfaite plasticité. D’abord épique, romantique ou post – post-Beethoven, post-Wagner, post-Mahler… – sur le générique et son ciel embrasé, la mer. Plus loin – sans que la mélodie, les harmonies, ne changent – transformé en un twist léger, chromé, enlevé, bande-son d’exposition ou de pièce existentialiste, nouvelle-vague, new-wave, rock ’n roll immaculé. (L’auteur, plus tard, en conférence de presse pour la sortie d’un court-métrage où il se met en scène commettant seppuku : "Qui voudriez-vous être ? … – Elvis Presley" (*Rires*)). Mishima et son œuvre – ses doubles, la sincérité qu’il attribue aux masques, les scènes décrites de plus en plus terribles, glaçantes. De plus en plus prophétiques, annonciatrices – on le sait maintenant et pourtant… Pourtant on ne sera jamais sûrs. Mishima joue. Il est Mizoguchi le bègue fasciné par le Pavillon d’Or (1961), tout autant que Tsurukawa, le condisciple boiteux qui lui apprend à jouer de son infirmité pour lever des filles… C’est ce qu’il dit ou nie, du moins, ou les deux – c’est sa fiction et on ne sait quand il ment. Ou comment, combien – pour affirmer quelle vérité qu’ailleurs il exprime en axiomes, aphorismes. Le Mishima de quarante-cinq ans, de la fin (1970), claudique un peu, aussi. L’autre thème redondant est une marche militaire – disciplinée, tambours roulants, montée en ordre vers le front, l'action. Le jeune homme de La Maison de Kyoko se met à la musculation, se forge. Se vend, par contrat, à la propriétaire de la cafétéria tenue par sa mère – pour éponger une dette. Le sexe se pare de sang – et la femme d’affaire lui parle mise à mort double, lame pour lui puis poison pour elle-même. Couleurs pétantes. La guitare électrique se joint au drame. Mishima, en noir et blanc, fait signer les hommes jeunes de sa garde privée – avec leur sang, aussi. Je n’énumère pas tout : il y a l’onnagata – acteur de noh, homme, spécialisé dans les rôles de femmes – entrevu dans l’ouverture d’une loge. Le Saint Sébastien sulpicien sur quoi se branle pour la première fois le narrateur de Confessions d’un Masque. Il y a Mishima qui, parlant à l’université devant les étudiants en révolte, se heurte et ne convainc pas – et qui semble en jouir ou ne pas voir à quel point… La marche se raidit – November 25 et ses déclinaisons. Runaway Horses – variation sur le thème d'ouverture, l’héroïque, élégiaque – s’étire sur neuf minutes, exécution limpide du Kronos Quartet, développements aériens, homothétie des motifs dont l'extrême précision, au lieu d’en retirer la chaleur, fait rayonner la lumière. Scènes et roman, pourtant, ce "Chevaux Échappés", où le "coup" rate, dans un premier temps – mais jusqu’où, et n’est-ce pas son échec qui devait s’accomplir ? Mishima et sa garde qui se barricadent dans un bureau. L’écrivain sur le toit, qui discoure – plus personne ne rit, ne sourit, même. Le bruit de la troupe, en bas, exaspérée, qui couvre sa voix. Mishima qui s’en retourne, dedans. Et cette fin, "très Schrader" – toutes les fins qui surviennent avec le dernier geste, comme au début du film les déguisements, les masques, encore. Est-ce un exergue ou un fiasco ? Mishima au dessus de la nuée, pilote un F104 ; l’orgue semble vouloir nous souffler, lentement, une dernière fois, combien étaient proches dans leurs accords, leurs progressions, les deux thèmes tout au long alternés. Le générique de fin donne, du premier, son crépuscule – mais d’autres que moi sans doute y entendront son aube.

note       Publiée le mardi 6 mars 2018

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Tallis › vendredi 10 juillet 2020 - 17:12  message privé !

Le hasard (et le confinement) ont fait que j'ai beaucoup lu les essais de Marguerite Yourcenar ces derniers mois. Et celui sur Mishima est vraiment passionnant (et passionné à sa manière), érudit et, comme d'habitude chez elle, d'une densité d'écriture et de pensée impressionnante. Ça m'a donné envie de lire le monsieur alors que, comme ça, son œuvre ne m'attirait pas plus que ça. Marguerite, c'est le bien.

Dioneo › vendredi 10 juillet 2020 - 15:39  message privé !
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Oui... C'est pas nouveau mais oui, là c'est très saillant - l'approche "d'état", ministérielle de "la culture", je veux dire, très costard, eau de cologne et effets de manche, sous formes chics-et-modernisées ou pas. (Enfin, je donne à mon tour dans le cliché généraliste, un peu, mais bon...).

Allez, je me mets bientôt à l'Oursenoire.

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Rastignac › vendredi 10 juillet 2020 - 15:32  message privé !
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J'avais moi-même oublié! Yourcenar en interview, quel que soit le sujet, c'est de toute manière bonnard de l'entendre parler si calmement, si précisément, je l'adore (quand je la lis aussi évidemment, les nouvelles orientales dernièrement, pfiou). Et d'Ormesson, ben voilà, quasiment panthéonisé par le Mac', on voit donc on se trouve la "culture" du PR : dans le pipo!

Dioneo › vendredi 10 juillet 2020 - 15:27  message privé !
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@Rasti : Tiens, longtemps après je retombe sur ton commentaire, où tu mentionnes Yourcenar chez Pivot, pour parler de Mishima, de son essai sur lui. Eh bien tardivement donc mais vraiment : merci pour le tuyau ! C'est un plaisir en effet d'entendre sa version - en même temps très lucidement "conditionnelle" et très limpide - de la vie et de l'oeuvre... Et en effet, D'Ormesson, derrière, improvise sur des grands traits, volontiers même des clichés, à l'épate, emphatique comme à son habitude, et visiblement pas si au fait que ça de ce dont ça cause...

(Et du coup ça me donne envie d'enfin m'y essayer, aux bouquins de la Marguerite. Et toujours pas à ceux du Jeannot, ça non).

Note donnée au disque :       
nowyouknow › jeudi 28 mars 2019 - 22:56  message privé !

Il a ses moments et j'y reviens quand même assez souvent mais j'ai encore et toujours l'impression de ne l'apprécier qu'à moitié alors que les Glassworks, Koyaanisqatsi, Piano Solo et autres North Star m'ont captivé immédiatement. Joli mais un poil chiant non? Faudrait que je revoie le film tiens.