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Chet Baker › Sings

cd | 14 titres | 44:21 min

  • 1 That Old Feeling* [L. Brown/S. Fain] [3:02]
  • 2 It’s Always You* [J. Van Heusen/J. Burke] [3:33]
  • 3 Like Someone In Love* [J. Van Heusen/J. Burke] [2:24]
  • 4 My Ideal* [Robin/Chase/Whiting] [4:20]
  • 5 I’ve Never Been In Love Before* [Frank Loesser] [4:26]
  • 6 My Buddy* [G. Khan/W. Donaldson] [3:19]
  • 7 But Not For Me [G. Gershwin/I. Gershwin] [3:02]
  • 8 Time After Time [S. Khan/J. Styne] [2:45]
  • 9 I Get Along Without You Very Well [Hoagy Charmichael] [2:58]
  • 10 My Funny Valentine [R. Rodger/L. Hart] [2:18]
  • 11 There Will Never Be Another You [H. Warren/M. Gordon] [2:59]
  • 12 The Thrill Is Gone [Brown/Henderson] [2:50]
  • 13 I Fall In Love Too Easily [C. Khan/J. Styne] [3:19]
  • 14 Look For The Silver Lining [B. Desylva/J. Kern] [2:40]

enregistrement

Pistes 1-6 enregistrées les 23 et 30 juillet 1956 au Forum Theatre, Los Angeles, Californie. Pistes 7-14 enregistrées le 15 février 1954 aux studios Capitol, Hollywood, Californie.

line up

Chet Baker (voix et trompette), Russ Freeman (piano et céleste), James Bond (basse sur 1-6), Peter Litman (batterie sur 1, 2 et 5), Carson Smith (basse sur 7-14), Bob Neel (batterie sur 7-14)

remarques

La version chroniquée est celle de la deuxième édition du disque, sortie en 1956 sur vinyle 12” par Pacific Jazz, ajoutant six pistes à l’édition initiale de 1954 parue sur disque 10” (shellac/gomme-laque) sur le même label. Les morceaux de cette séance sont marqués d'un "*"

chronique

Styles
jazz

Je dois bien dire : je n’aime pas Chet Baker. Je ne déteste pas, non-plus. Et pourtant à chaque écoute… Eh bien aucune tiédeur. C’est autre chose – la question, le "problème", ce qui se passe, pourquoi-j’y-reviens-alors. Chet Baker est absent. Cette Musique est parfaite. Parfaitement apocryphe – et pas seulement, pas tellement parce que rien, ici, n’est écrit par ce type (pratique pas du tout exceptionnelle, au vrai, dans le jazz, à cette époque et d'autres). Ses sidemen – hommes de côté, littéralement, faire-valoirs si on joue moins au con ou au malin avec la traduction - sont bons, très bons, dans ce registre west-coast, jazz caressant qui ne trouble pas le cocktail, sa couleur, mais l’altère en mieux, fait passer le sucre. Le sucre compense. Baker est bon aussi, d’ailleurs, son chant touche réellement – malgré lui peut-être, malgré l’homme, peu importe, malgré même le musicien. Peu de notes, juste ce qu’il faut. "Comme Miles" ? Non. Pas la question, cette fois aussi, la poser est quiproquo. Je n’ai jamais pu aller plus loin – il paraît, et même vraiment, j’ai essayé : que ce type a fait mieux, plus plein ou plus terriblement épuré, squelettique, avec ou sans le manque, malgré ou à côté des désastres personnels. Pas réussi. Et dès là – et à ce disque auquel je me tiens – c’est l’échec accompli. Et chéri – et non-merci et j’écoute tout de même, et tout de même je trouve ça bon. Cette musique est déjà usée, vide, absence, compensation par l’esthétique, mensonge par là et aveu de même – avant même la came, les dépendances ; il semble qu’alors Baker n’était encore "collé" à rien, n’avait peut-être même pas tâté à l’héroïne, ce truc qui allait le tuer et faire sa pauvre légende. Le creux des joues est là pourtant, dès ces débuts. La beauté déjà morte – indifférente, plastique mais pourtant n’appelant à aucune empoignade, à aucune étreinte. Un jazz écarté de la chair. Dans le fond l’idéal clamé par le pays, l’union, dans son confort – ne les dérangez pas avec des élans, des frissons. On sort avec les Beaux, les Belles, parce que ça flatte l’œil, parce que c’est populaire. Jazz cool, côte ouest, donc – c’est à dire bepob épuré des notes en trop (celles qui comptaient, cherchaient, sortaient du cadre, trouaient le paysage). Timbres blancs sur tout, pas enroués mais parfois empâtés, volontiers – la voix et la trompette, encore, même la rythmique piano-basse-batterie, qui ne risque pas l’abstraction comme par exemple chez Bill Evans, qui ne quitte pas la ligne. Lounge, musique Martini – hasard cocasse (?), le bassiste de la session de 1956 va jusqu’à se nommer James Bond, c’est dire si cette musique est au pas, costumée. Pourtant ça swingue. Ça dérive sans oser plus et ça vous passe son bleu léger – trop léger pour qu’on lâche ou qu’on veuille s’y enfoncer. C’est curieux – est-ce un choix, est-ce "comme ça", est-ce juste le répertoire admis là et à ce moment – comme tout là-dedans parle de ratées, occasions négligées, nostalgies de ce qui pourtant est là, maintenant, normalement en train. Comme tout se conclura sur un avenir hypothétique – hypocrite, même… "Cherche la ligne argentée", au ciel, qui veut dire en substance : mais tout de suite (et demain, et demain encore, qui seront d’autres tout-de-suite) ne fais rien. Rien. Et malgré soi – malgré la séduction de surface, les romances sans amour, sans chair attrapée, eh bien ça pénètre et donne envie de doucement chialer. Automne perpétuel – et chaud sans cesse comme ce rivage qui ne peut ni brûler ni même mourir de froid. Chet Baker, des années après, mourrait à Amsterdam en tombant d’une fenêtre (on ne saura jamais vraiment si accident ou non). Déjà, là, elle est ouverte, étroite, et le sol qui appelle, en bas. Il n’y a personne dehors sauf la foule qui adule. Le bleu du Pacifique, peut-être, n’avait jamais semblé aussi indifférent dans sa teinte sans fond.

note       Publiée le mercredi 28 février 2018

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The Gloth › jeudi 1 mars 2018 - 15:41  message privé !

Il a passé pas mal de temps en Belgique aussi, notamment à Liège chez son ami Jacques Pelzer, jazzman emblématique de la ville et pharmacien de profession... d'après la rumeur, la plupart des opiacés n'étaient pas consommés par sa clientèle.

Dioneo › jeudi 1 mars 2018 - 15:26  message privé !
avatar

Boah, ça va, c'est "la Venise du nord" ! (Non mais oui, merci pour la réctif', je corrige ! Je ne sais pas pourquoi j'avais cette idée du mec venu finir en Italie, tellement persuadé de ça que pour une fois j'ai même pas pensé à vérifier... Peut-être aussi parce qu'il a passé pas mal de temps là-bas et pas mal joué avec des musiciens locaux, et qu'apparemment il y était très apprécié... J'avais le souvenir vague s'une série "dramatique radio" d'Alain Gerber entendue y'a des années, aussi, qui se concentrait aps mal autour de cette période là - Chet et l'ITalie - et aboutissait à la fameuse chute... Je crois que ça m'était resté "comme n tout" du coup. Bon je change ça de suite, hop. Amsterdamned, donc).

Note donnée au disque :       
COLDSTAR › mercredi 28 février 2018 - 14:26  message privé !

Il n'est pas mort en Italie mais à Amsterdam.