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The Durutti Column › The Return of the Durutti Column

cd • 15 titres • 48:15 min

  • The Return of the Durutti Column
  • 1Sketch for Summer3:02
  • 2Requiem for a Father5:07
  • 3Katharine5:29
  • 4Conduct5:02
  • 5Beginning1:40
  • 6Jazz1:39
  • 7Sketch for Winter2:25
  • 8Colette2:23
  • 9In D2:26
  • Related Works
  • 10Lips That Would Kiss3:49
  • 11Madeleine3:04
  • 12First Aspect of the Same Thing3:41 [Martin Hannett]
  • 13Second Aspect of the Same Thing2:59 [Martin Hannett]
  • 14Sleep Will Come1:48
  • 15Experiment in Fifth3:35

enregistrement

Album original enregistré en trois jours en août 1979, sur huit-pistes au studio Cargo, Rochdale par Chris Nagle et John Brierley. Mixé au studio Strawberry, Stockport, par Martin Hannett.

line up

Vini Reilly (guitare), Peter Crooks (basse), Toby Toman (batterie), Martin Hannett (électronique)

Musiciens additionnels : Jeremy Kerr (Jez Kerr) (voix sur 14)

remarques

Artwork : Anthony H. Wilson.
La première édition du disque – 3600 exemplaires – se présentait dans une pochette en papier de verre. Il en existe plusieurs versions : avec la mention FACT 14 peinte au pochoir et à la bombe (en noir ou blanc) sur le recto ; ou bien le titre du disque également reporté ainsi ; ou bien le papier de verre se présentant sans aucune mention. Certains exemplaires étaient accompagnés d’un flexi disc (7”) présentant deux titres de Martin Hannett (un par face, First et Second Aspect of the Same Thing).
La réédition CD Factory Once de 1996 reprend ces deux titres, plus quatre autres : Lips That Would Kiss et Madeleine, tirés d’un EP 12” sorti également en 1980 sur Factory Benelux (FAC BN2-005), ainsi que Sleep Will Come et Experiment in Fifth, dont la provenance n’est pas précisée.

chronique

L’ennui fait partie de la chose. De cette musique – de l’état qu’elle infuse, de l’état qu’elle présuppose, induit. Ceux qui la rejettent, la jettent en soupirant, voient juste en ça, mais seulement en ça : l’ennui, oui. Quelque chose de pâlot, d’absent. Sans doute est-elle faite, aussi, pour les détourner, les chasser… Quelque chose d’eux, en tout cas, ne rencontre pas quelque chose d’elle. Au vrai l’ennui, dans cette musique, est un "à côté" – un "de côté", même. Mais le plus littéralement possible : elle se pose non-loin de son flanc – presque à le toucher mais pas vraiment. Elle fait le vide oui – de tout ce qui nuirait, ferait poids parce qu’attentes. Anti-épique, anti-spectaculaire. Des chorus jazz à l’infini, en boucle, en variations minimes et lentes – des ponts, accords de transitons pris comme seuls motifs, presque. Un son de guitare nu, délavé, usé comme un bois de cuisine – familier pareil. Quelques beats qui en sont à peine – de simples notes basses d’on ne sait quoi ; ou les criquets, les pépiements d'oiseaux d’une électronique pauvre, qui font une rythmique, des allures aux pas des pièces (jamais marquées, jamais au-dessus). La réverbération, l’écho post-punk – mais pas de rage, ici. Le froid, par contre – "c'est Manchester". Musique de froid et d’intérieur, oui. Ou d’extérieurs eux aussi délavés, gris, au mieux gris-bleu. Malgré la pochette papier de verre – "pour niquer les Duran Duran dans les rayons" (de mémoire ; il me semble que l’expression est de Martin Hannett ou de Tony Wilson, d’ailleurs, non de Vini Reilly lui-même – comme l'idée même de cet emballage abrasif, piqué aux Mémoire de Guy Debord). Malgré le titre bravache – et emprunté à une brochure soixante-huitarde (qui avait pris l’image aux situationnistes, là encore). Non, la colonne Durruti – cette fraction de l’armée républicaine réputée héroïque, pendant la guerre d’Espagne – ne reviendra pas. (D’ailleurs le nom du meneur a été déformé – le double/simple des t et des r intervertis). La seule à triompher, de révolution, c'était encore l’Industrielle – et même ce moment là est passé, retombé. La seule résistance possible, c’est désormais le désenchantement. Ne pas briller trop fort pour ne pas attirer les marchands de distractions. Être bon – bon musicien, pour Reilly, revenons-en à ça – mais alors sous un pauvre masque, un tissage terne, pour ne pas attirer les bradeurs. Savoir que la lumière ne passera que pas les trouées – lucarnes des appentis, brèches dans les toits des ateliers vidés… Admettre que l’été, sous ces latitudes et en ces temps, ne sera toujours qu’un "esquisse", un croquis – c’est par là, par ce titre, que ce premier disque commence. (Sketch for Summer). Ça continue par un "requiem pour un père". Article indéfini, encore. Durutti Column n’affirme aucune douleur – en tout cas, ne lâche aucun violent sanglot. Reilly pourtant dit des prénoms. Katharine… Des portraits ? Des esquisses, encore… "Sketch for Winter", plus loin, l'hiver donc, cette fois. Puis Colette. On ne sait pas qui c’est. La lassitude même s’est défaite. Elle n’est plus la question. La lumière… Les trouées, disions-nous. La relâche a eu lieu – la fin de l’attente des événements, de l’accident. La chaleur de la chose – de cette musique – peut maintenant entrer, doucement rayonner. La beauté sans ors de ces plages – pas contrefaite, pas décorée. Une grâce mineure si vous voulez – grave mais au fond avenante, ouverte. "Gratuite" ? Comme celle d’aucun chef-d’œuvre.

note       Publiée le lundi 26 février 2018

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