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Léonore Boulanger › Feigen Feigen

cd/lp | 12 titres | 37:13 min

  • 1 Bluette [3:22]
  • 2 Tornade [3:25]
  • 3 Tourner [2:55]
  • 4 Le Signal [2:47]
  • 5 Mon Tout [2:21]
  • 6 Les Questions [2:55]
  • 7 Minuit [1:59]
  • 8 Toquade [5:42]
  • 9 Shiva Gris [2:21]
  • 10 Blaues [4:11]
  • 11 Long Fredon [1:57]
  • 12 Grimper [3:28]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à l’Atelier du Forgeron, Chantecorps, pendant l’été 2015. Mixé par Cyril Harrison. Masterisé par Julien Grandjean.

line up

Léonore Boulanger (voix, guimbarde, harmonica, sifflet à coulisse, dictaphone, practice chanter), Jean-Daniel Botta (voix, guitare, piano, harmonium, balafon, contrebasse, duduk), Laurent Sériès (percussions, batterie rouillée, piano, harmonium, balafon, machine à écrire, kalimba, voix)

Musiciens additionnels : Gunhild Andersen (voix parlée sur 8), un marchand de figues (voix enregistrée au marché turc de Berlin en septembre 2013, sur 8)

remarques

Chansons par Léonore Boulanger et Jean-Daniel Botta. Poème « Sehen » : Vassily Kandinsky ». Illustration : Vello Vinn (Umbluu 1980 – Aino Pervik).

chronique

Styles
chanson
folk
ovni inclassable
Styles personnels
shiva gris

C’est sa voix qui m’a eu, cette fois, tout de suite… C’est à dire, je m’explique : pas seulement ce chant, cette chanteuse – que j’aime, aussi, avec son timbre haut, curieusement concerné et détaché à la fois, comme curieux de ce qu’il énonce. Certes. Mais "sa voix" : celle du disque, du moment, de ces trois, là, qui jouent le temps de celui-là. (Des deux parmi eux qui écrivent, ont écrit). Square Ouh la la – le précédent disque – m’avait gagné lentement, pas ainsi attrapé. Il avait fallu, d’abord, que je passe par dessus le sens – par dessus le récit, les récits, pour m’y retrouver enfin pris. J’avais eu l’impression que les chansons elles-mêmes – comme moi, les écoutant – travaillaient à ce dépassement, s’éloignant au cour des réécoutes de "ce que ça raconte", érodant l’évidence trompeuse, les significations. (Symboliques, littérales…). Là c’est autre chose : la voix de ce disque, de ce recueil de chansons. Littéraires, elles le sont – elle l’est – encore, sans doute. Mais le sens, donc – ce que ça dit – donné fractionné, directement, bouts aux ouvertures multiples par quoi ils s’articulent. Les mots parviennent à être rythme tout de suite, d’abord – on n’a pas cette fois besoin de les perdre, pour accéder (ni vice-versa, par conséquent ou pas). Musique et prosodie se confondent – se rappellent et trouvent comment être "la même chose". Qu’on ne pourra nommer, décrire, sans admettre avant que ce sera, au mieux "presque de ça qu’on parle". Voici donc cette collection d’instruments – "nobles" ou jouets, gadgets passés prestige par vertu d’ancienneté, de raretés, machines en plastique (magnétophone), membres d’orchestres et d’ensemble (balafon, contrebasse…). Voilà Léonore Boulanger qui chante aigu et juste, d’une justesse propre aux lignes qu’elle déroule et casse, plie, enroule, délie – et les harmonies serrées de Jean-Daniel Botta et Laurent Sériès, qui font densité – ou qui, s’éloignant, aèrent. Une musique "savante" qui s’affranchit de ça – ou plutôt n’en a pas besoin, ne commençant pas là. Qui ne devient pas folk – ne s’attachant pas à s’obliger à ça, pratiquant cette parenté sans avoir à la dire, à la résumer, à se définir en suivant ça, en s’appliquant à y obéir. "Dans d’autres pays, l’extase"… Et le bourdon sans doute, ils s’embrassaient, dit-elle, chantent-ils. Mais pas de mimétisme, ici, qui singerait ces drones d’ailleurs. Léonore Boulanger connaît, certainement, des "dehors", des ailleurs – elle les fréquente, c’est avéré (il n’est qu’à écouter son disque avec le musicien iranien Maam-Li Merati, La Maison d’Amour, sorti cette même année 2016 sur Okraina Records. C’en est un exemple, "d’ailleurs" – et surtout pas un vague entre-deux). Elle chante en allemand, beaucoup. Tant que ça ? Est-ce important – autrement que pour l’accent que ça donne, combine, change, autrement que pour le rythme, encore, que ça initie, la plastique des syllabes… Est-ce capital qu’à un autre moment on ne sache dire si c’est espagnol ou japonais, ou dialecte inventé. J’oublie de vous dire qui ça m’ a rappelé, au début, évoqué. Ce n’est plus de saison. Kalimba, sifflet, batterie "rouillée" annoncent-ils, dans les crédits. La scansion d’un marchand de figues sur un marché, derrière une autre frontière – une bribe qui en vaudrait une autre si reprise là elle ne gagnait pas plénitude, autonomie et connexions, voie de passage de la Toquade. "Car je fus Inca mais pas roi/C’est comme on le rapporte". Il y a aussi des onomatopées. Des ruptures dans la continuité – qui sont aller vite vers un autre appui avant que cela ne se close. ("Un cas mes parois" ?). Une autre voix – j’ai cru un moment que c’était elle, pourtant (la même Léonore) – questionne en anglais."If one of us makes a mistake… Is it impossible to just… Cut". CUT. Et ça repart. Il n’y pas d’erreur. Ou alors, peut-être les ont-ils intégrées, marquées, décidé de changer par elles le chemin. Il y a des tentatives de rêves et de prises, il y a des zones pas franchement quiètes. ("Quelqu'un : on aura sa peau.."). C’est une musique écrite, disions-nous – mais pas bêtement déchiffrable. Ça me reprend, chaque fois – de la comprendre comme je l’entends, seulement. C’est sans doute pour ça qu’on se trouve bien, ensemble, ces chansons et moi. On n’essaye pas de s’atteindre par effraction. C’est comme ça, oui, qu’on se rencontre. ("C'est comme... Gagné. Comme qui se reconnaît").

note       Publiée le jeudi 8 février 2018

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Dioneo › jeudi 15 février 2018 - 17:18  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Oh cool, ben d'rien. Meredith Monk sans doute aussi, je connais assez mal... C'est marrant en tout cas, la disparité des noms qu'on cite, que leur musique suscite comme référence selon les gens, décidément. (Ça m'incite d'autant plus à laisser la chro "sans name-dropping ni recommandations").

Note donnée au disque :       
Masca › mercredi 14 février 2018 - 22:35  message privé !

Je me permets d'ajouter Meredith Monk, pour un jeu sur le timbre très perceptible par moment (Toquade), et l'isolement dans le vide des différentes voix, la dissonance légère... En tout cas c'est très bon ! Merci pour la découverte.

DukeOfPrunes › vendredi 9 février 2018 - 09:52  message privé !
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Oui, je vois où tu veux en venir. Personnellement, j'y vois bien la marque du Saule, souvent art-pop/avant-folk, qui (pour moi) est dans ce sillage des seventies tout en allant "plus loin". (Il faudrait que je chronique le disque de Borja Flames, d'ailleurs.)

Dioneo › jeudi 8 février 2018 - 17:07  message privé !  Dioneo est en ligne !
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J'avais chopé le LP après son concert à (feue) la Méduze à Lyon, perso... Par ailleurs oui : pas de référence à Saravah/Fontaine-Areski ou à d'autres gens, pas de recommandation vers des disques d'artistes à qui celui-là m'avait fait penser... J'ai préféré pour une fois ne mentionner personne afin que chacun y retrouve tel ou tel antécédent à son gré. (Parce que s'il y a une musique qui se prête à ces libres rapprochements, je crois que c'est bien celle-là ! (En gros on peut encore plus facilement "se tromper" selon son goût, son "imaginaire", sur cette musique et ses "sources" qu'avec d'autres... Et je trouve ça très bien comme ça)).

Note donnée au disque :       
DukeOfPrunes › jeudi 8 février 2018 - 10:46  message privé !
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Moi qui comptais écrire un truc sur ce disque, bah voilà ! Une petite perle ! Étonné de ne voir aucune mention de Saravah ou Brigitte Fontaine, clairement on le ressent dès le premier morceau. Grosse différence avec le tout premier disque, on atteint quelque chose de raffiné ici. Depuis quelques temps en ouicheliste LP...