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Toru Takemitsu (1930-1996) › From Me Flows What You Call Time

cd | 1 titre | 35:59 min

  • 1 From Me Flows What You Call Time [35:59]

enregistrement

Enregistré par Richard King au Segerstrom Hall, Orange County Performing Arts Center, Costa Mesa, Californie, le 8 ou 9 février 1997. Produit par Steven Epstein.

line up

Pacific Symphony Orchestra, dirigé par Carl St. Clair. Ensemble Nexus : Bob Becker, Bill Cahn, Robin Engelman, Russell Hartenberger, John Wyre

remarques

L’œuvre ici chroniquée – dans sa version interprétée par le Pacific Symphony Orchestra, dirigé par Carl St. Clair ; et sortie en 1998 par Sony Classical – est suivie sur le même disque par deux autres pièces de Takemistsu : Twill By Twilight (1988) et son Requiem pour orchestre à cordes (1957).

chronique

En effet, le "temps" n’est qu’un mot, qu’un nom que nous donnons à la chose. Parce qu’il faut bien. Parce qu’on dit qu’il s’écoule – mais que nous sommes ceux qui passons et que l’impression de son cour n’est que notre usure propre. La chose demeure. Elle sera libérée, après nous – celles et ceux qui la percevons, l’inventons, la fuyons, la poursuivons. Takemitsu, tout au long de son œuvre, en a fait sa matière. Il est peu de musiciens qui savent nous en faire sentir l’abstraction autant que la très matérielle présence, l’inéluctable, imperturbable continuation. Le dérisoire des tentatives – de l’arrêter, de nous tenir à jamais sur lui. (Car l’éternité est loin, très loin au-delà de nos capteurs et machineries, machinations). Ici, c’est un simple motif. Récurent, ponctuel, sporadique, presque. Fixe. Et des orchestrations qui changent, mutent. Passent, elles aussi, épisodes. Carillons des métallophones, filet fluet de la flûte qui plus tard glisse au-dessus, pas en majesté mais en survol tranquille, profondément tranquille. Cordes graves et enveloppantes, chaleur qui nous porte, réconforte et pourtant disent encore sans mot que rien ne restera, que tout est encore, à nouveau, toujours en train de naître et finir. Percussions qui elles aussi chantent le thème (et quel merveilleux passage). Les tempi et volumes s’emportent et s’apaisent, flottent et montent. L’harmonie s’infléchit, les mouvements poussent, grandissent, retombent. Chaque fois, encore, la mélodie revient, inchangée, substance inentamée. Nous autres la croyons eau, roche, empilement, éboulis, filet, rayon – la savons là, autour, dedans. Nous lui faisons consistances et vitesses – répondons ; nos sens investis, investissons ces masses et lignes, les ondes circulaires émanées par l’orchestre, ses sections, y décelant lignes et charges. Le temps est monde – parce que nous sommes au monde et le croyons. Cette musique le rend palpable, sensible, ses minutes durant – pas suspendu mais soudain rendu à son plus simple, à son plus multiple, l’inévitable conclusion défaite de tout son drame, de son tragique. Cette musique n’est rien d’autre. (C’est dire tout ce qu’elle est…). Dissonances et résolutions, sonnailles d’éveils et ballades qui bercent : ce ne sont que les jeux que de nos esprits et nos organes. (Et il nous appartient d’embrasser le sommeil ou l’incessant tumulte).

note       Publiée le jeudi 18 janvier 2018

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Dioneo › dimanche 21 janvier 2018 - 14:59  message privé !
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Ah oui, j'avais vu passer ça en plus... Je m'étais demandé s'ils avaient ainsi rebaptisée la biennale jusque là simplement connue sous le nom de BAC (pour ne pas trop évoquer les dernières manifs en date et leurs rencontres modérément diplomatiques entre les marcheurs et lesdits bleus) ou si c'était un autre événement (y'a des chances que la première hypothèse soit la bonne - et je suis pas sûr que la raison plaisantée ne soit pas au moins une des...).

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DukeOfPrunes › dimanche 21 janvier 2018 - 13:49  message privé !
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Les mondes flottants, c'est aussi le nom d'une biennale d'art contemporain à Lyon, qui s'est terminée récemment. Il n'y a donc pas tant matière à rougir !

Dioneo › samedi 20 janvier 2018 - 17:22  message privé !
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Eh... Oui ! Le passage où les percus - j'ai regardé une version filmée, ce sont des toms accordés et un djembé qui se questionnent/répondent - est particulièrement beau (et "exact" dans sa mise en place et - oui - ses respirations/silences, je trouve).

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Moonloop › samedi 20 janvier 2018 - 17:17  message privé !

!!! En effet je faisais maladroitement référence, et sans aucune vérification, au monde flottant en tant que… Monde abstrait, "magique", onirique, éphémère etc… Après réécoute - finalement -, je te rejoins bien volontiers sur la clarté et la précision de l’ensemble. C’est même bien plus épuré et moins « tendu » que dans mes souvenirs. La part belle au silence, l’abstraction naissant peut-être de la fugacité, du « choix » et de la « respiration » de chaque instrument - ainsi que du « paysage global », bien entendu, mouvant... Bref magnifique…

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Dioneo › samedi 20 janvier 2018 - 16:17  message privé !
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Rêve et énigme oui... Mais tout est très "clair" pourtant, ici, les contours nets, tout est très, très précis. ("Monde flottant"... Ça désigne les quartiers "réservés", non, il me semble - maisons de geishas et cie., dans un certain contexte historique-géographique ? ... J'imagine que tu ne lui donne pas ce sens là ici, eh eh). C'est vraiment la période de Takemitsu où le plus d'œuvres me "parlent", en tout cas, je crois, son époque "tardive". Où il s'était détaché d'un "mimétisme classique (européen etc.)" sans avoir besoin pour autant de renier ça, sans faire du tout une musique "close dans une tradition locale".

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