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Euclidean › Quo Erat Faciendum

téléchargement | 8 titres | 74:21 min

  • 1 Increatus [6:41]
  • 2 Numbers Hold Sovereignty [12:19]
  • 3 Superstitio [4:10]
  • 4 As He Reached the Divine Yearning [13:59]
  • 5 Obstinatio [6:54]
  • 6 And God Bred Chaos [8:19]
  • 7 Religio [6:13]
  • 8 Numbers Held Sovereignty [15:46]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Joachim Breakman au studio de répétition d’Euclidean à Nauchâtel. Batterie enregistrée par Rapahaël Bovey. Mixé par Joachim Braekman au studio Arythmos, Neuchâtel. Mastering et samples additionnels par Raphaël bovey au studio MyRoom, Lausanne.

line up

Naser Ardelean (guitare, voix), Joachim Braekman (guitare, voix, synthétiseur), Laurent Bourquin (basse), Mikhaïl Rachmaninov (batterie, paroles, murmure sur Increatus)

remarques

Artwork par Naser Ardelean et Euclidean.

chronique

L’idée de la chute suppose qu’il y ait eu âge d’or – un zénith d’où déchoir. Quod Erat Faciendum raconte cette chute – celle des hommes, de l’espèce. Mais pas d’Eden, ici. Pas de Satan qui précipite avec lui mal et feu, parmi les humains. Pas de Prométhée. Tout semble indiquer – le nom même du groupe, la référence à Démocrite, ailleurs (sur l’EP sorti en 2012), le titre du présent disque ("Ce Qui Devait Être Fait", équivalent dans les démonstrations géométriques du "Ce Qu’il Fallait Démontrer" mathématique)… – que pour Euclidean, l’harmonie perdue devait culminer en une certaine antiquité grecque, siècles des philosophes matérialistes, de penseurs proprement scientifiques, méthodiques. Au dessus des vivants, des mers, des monts, la perfection du Chiffre – proportions, rapports, formules qui disaient et maintenaient l’harmonie. Puis vinrent les dieux – et la superstition, qui était encore un état sans coupure avec ce monde, ce cosmos incréé, savoir immanent, voilé, des espaces, fractions, liens atomiques. Et puis plus tard le Dieu unique – père incarné, figure pour adorateurs masochistes, voulus à son image mais tarée, ratée, punie. "Et Dieu Engendra le Chaos"… J’ai toujours l’impression, en écoutant ce disque, d’une musique ancrée dans le hardcore. Post-hardcore, même – chevillée à sa lourdeur et par elle, porteurs de prophéties d’apocalypse et portées par elles (comme chez Neurosis et ce qui s’ensuivit, oui – écoutez ces tambours). J’ai toujours cette intuition que du black metal, les gars d’Euclidean ont surtout gardé la puissance de rouille – maladie piquetée à la surface du son, qui s’y répand, véhicule les accès visionnaires. Sa force de désespoir, aussi – de l’espoir arraché, jeté au tas pour voir enfin clair, plus loin, plus juste. Son pouvoir à tout froisser, paume et doigts qui saisissent, serrent, tirent, écrasent. Euclidean jouent lourd et vaste, gris et galvanisé. Une profonde et pesante tristesse mais les têtes comme illuminées, allumées. Glissent – et sous-mixent insidieusement – des nappes synthétiques entre les riffs chargés, les ruptures, les lignes vrillées. Le jeu très appuyé, presque enfoncé, de la batterie semble vouloir tout river au sol – mais ça et là une syncope, le temps d’un coup à peine, fait sauter une attache, cogne qui s’est plongé dans l’écoute attentive, concentrée. Qui est entré dans leur espace – et sent soudain autour ce blizzard écorchant, qui le saisit et râpe ses sens, qui soulève. Écouté dans le bon état, dans la plongée, Quod Erat Faciendum est un trip – noir mais veiné, encore une fois, craquelé de lumière. Et cette voix – éraillée, hurlée, comme du screamo passé dans les graves – attrape, guide, vous pousse à demeurer là. Les types prennent leur temps, retiennent le déferlement, le laissent enfler, spiraler – pas de blast-beat avant le tout dernier morceau, de longues répétitions, des changements harmoniques qui s’étirent, tiraillent. Les types insistent. "Obstinatio" … Oui. "Et Dieu engendra le Chaos". Et au cœur de celui-ci, je crois qu’ils cherchent à rejoindre l’équilibre, à retrouver le Chiffre. Tentative dérisoire, en cette époque où théorèmes, axiomes, sont enserrés en ratios, petits outils d’une magie pratique, en quoi tout nous somme de croire sans comprendre ? Élan continué, repris, contemplation sereine, stoïque du désastre – qui vu d’en haut, de plus loin, n’est guère qu’une tache, un accroc minuscule dans l’univers en expansion ? Peut-être… Objet indéniablement compact, en tout cas – solide musical qui lance sur nous sa concrétion. Amour pour une grandeur cassée qui ne se donne pas d’emblée puis ne lâche plus de sitôt. Ce Qui Devait Être Fait ne peut plus être chimère, abstraction, signes sur le papier. La nuit d’où l’on vous parle vient de basculer dans le jour d’après. Pour l’heure, ici, il n’est plus lieu de l’écrire – mais de se couler, à la place, à son flot et ses méandres.

note       Publiée le samedi 13 janvier 2018

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