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Orchard › Serendipity

lp | 8 titres | 43:14 min

  • 1 A Day Staring At Eternity (Part 1) [5:47]
  • 2 A Day Staring At Eternity (Part 2) [3:42]
  • 3 A Day Staring At Eternity (Part 3) [5:41]
  • 4 A Day Staring At Eternity (Part 4) [7:21]
  • 5 Drawn With The Wind (Part 1) [6:38]
  • 6 Drawn With The Wind (Part 2) [4:57]
  • 7 Drawn With The Wind (Part 3) [3:25]
  • 8 Drawn With The Wind (Part 4) [5:41]

lp | 3 titres | 30:09 min

  • 1 After All The Sun Is Awakening [20:58]
  • 2 We Host You [4:11]
  • 3 Fructifiction [4:59]

enregistrement

Enregistré par Sébastien Fetet à L'Autre Canal.

line up

Gaspar Claus (violoncelle, archet motorisé, effets), Franck Laurino (batterie), Aidan Baker (guitare), Maxime Tisserand (clarinette, effets)

chronique

Styles
ambient
musique électronique
krautrock
post rock
Styles personnels
post-rock ambient

Les âmes fertiles de la Venise du XVIe siècle avaient le don de raconter des histoires, de faire voyager mentalement le commun des mortels dans les contrées exotiques de l'Orient, avec les mots comme seule assurance de locomotion sensible. Certaines fables d'un autre temps s'enracinent, aujourd'hui encore, dans des mystères plus que brumeux. Prêtez l'oreille à ces confidences encore chuchotées entre livrovores, vous apprendrez peut-être que l'imprimeur italien Michele Tramezzino aurait "inventé" un auteur d'alors, Cristoforo Armeno, pour diffuser son adaptation d'un poème tiré de l’épique Hacht Behecht. L'histoire de trois princes, fils d'un roi de Perse, partis parfaire leur éducation à l'étranger et qui frôlèrent la peine capitale pour vol sur l'île dorée de Ceylan. La parabole du chameau de Serendip : un récit moraliste d'aventure et de sagacité fructueuse, résistant au passage du temps comme un arbre millénaire, immobile dans son verger, les branches ondulant doucement au gré du vent... Peu importe si l'heureux hasard se produit sous l'impulsion d'une tête pensante ; il faut savoir ralentir la course des saisons, là-bas – comme ici d'ailleurs, dans les jardins du paradis comme dans les studios d'enregistrement, pour écrire sa propre version du même conte. Aidan Baker, Gaspar Claus, Franck Laurino, Maxime Tisserand : ceux-là sont quatre, des musiciens alignés par un label défricheur, comme une équipe de choc, avec pour mission de créer ex nihilo un album de circonstances, la huitième page d'une série d'invitations au voyage (celle des "Mind Travels"). Brèche anagogique, échos grandioses. Pour cette fois, la narration se fera de par les sons et les notes échappés d’un double disque qui s’ouvre comme un livre. A travers les images de Francis Meslet, Orchard offre des déclinaisons de tableaux de pastel à la Monet sur des esquifs post-rock évoquant un Tortoise bien planant, dont la clarinette cousine d'un jazz hypnotique chevauche les douces incisions d’un ex-Bästard bien implanté derrière ses fûts. Le fil se tend vers une peinture au couteau sur fond absorbant, friand d'aplats texturés et d'effets électroniques de fin de siècle. Notez bien : il faut aimer prendre son temps. Et découvrir ainsi, serein, les deux compositions quadripartites que complète une aurore lente et majestueuse, tout en mélodies, d’où sortent de terre deux jeunes pousses aux feuilles fendant plus sèchement la brise. La fleur et le fruit se dégustent presque visuellement, entre équinoxe et solstice, dans une sorte d'éloge de la lenteur, puis de nervosité contenue aux ramifications déployées. Les formes imaginées rappellent un autre faiseur d'images italien, Michelangelo Frammartino, lui aussi poète d'arbres et de meules, conteur des quatre règnes sempiternels ; autre point de vue possible sur cette grande ellipse renaissante... La sérendipité, concept à la mode, est servie à toutes les sauces, justifie à la fois tout et rien. Prêtez l’oreille. Le tour de force d'Orchard, c'est de s'emparer de ce concept avec une justesse de ton, entre Oiseaux-Tempête, William Basinski et Neu!, avec du vrai contenu organique nourri par l'expérience de chacun. "Laisser venir l’irréel", dira-t-on, et imaginer un verger au crépuscule. En guise de Boustan, admettons que ces pommiers (ou sont-ce des merisiers ?) font plus que l'affaire : ils régalent.

note       Publiée le mercredi 22 novembre 2017

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