Marie Möör, Jack Belsen, Jac Berrocal, Johachim Montessuis, Gaspar Claus, Olivier Mellano, Laurent Chambert › Les Vers de la Mort

cd | 4 titres | 48:53 min

  • 1 Marie Möör, Jac Berrocal et Jack Belsen – Les Vers de la Mort [10:31]
  • 2 Marie Möör, Gaspar Claus et Joachim Montessuis – Les Vers de la Mort [10:10]
  • 3 Marie Möör et Olivier Mellano – Les Vers de la Mort [14:15]
  • 4 Marie Möör et Laurent Chambert – Les Vers de la Mort [13:57]

extraits vidéo

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line up

Jac Berrocal (musique sur 1), Laurent Chambert (musique sur 4), Gaspar Claus (musique sur 2), Olivier Mellano (musique sur 3), Joachim Montessuis (musique sur 2), Marie Möör (voix), Jack Belsen (musique sur 1)

remarques

Texte du poète Hélinand de Froidmont (vers 1160-1230).

chronique

Les morts laissent leur passé. Aux vivants – comme des coques séchées et des coulées encore mouvantes. Leurs actes, leur absence. Ils sont leur très commun avenir. Elle est là, au détour, planant. Seule, des promesses, toujours – toujours – tenue. "Mort"… Elle inspire – qu’il aime ou qu’elle répugne à la chanter, qui peut le nier ? Elle effraye, effroi. À la fin, tous, nous égalise… Ils surgissent de la nuit de leurs temps – ceux là finis, dont ils avaient gravé des traces grave, dérisoires, laides, magnifiques ; celle-ci sans fin un fois fait le noir sous la pierre… Ces vers de la Mort – échus huit siècles après, des mains, de la voix d’Hélinand vers et par d’autres corps – flanquent un foutu trip. Ode à celle-là qui nous a tous. Ode en fait à la vie, avant. À ce qu’elle aiguise, nous talonnant. À ce qu’elle ne répare pas, ne comble pas : les fossés entre manants et maîtres, les vertus et les fautes, les joies et les férocités… mais qu’elle enfouie sans fin – une fois seulement que tout a eu, que tout a, que tout aura lieu. Il est rare – très rare – chez moi, qu’une telle ode, à celle-ci, me charme. Même… Que je la laisse entrer. Celle-ci – ce feu bleuté, paradoxale mais indéniablement puissant, intense, sensuel, glacier – me séduit infiniment. Pas un flirt. Pas une solennelle cérémonie de masques et encensoirs. Une traversée plutôt d’une extrémité d’un diamètre à l’autre – comme dans une citerne où les parois opposées ne sont qu’une, car circonférence. Quatre versions qui jamais ne bégayent, ne s’imitent, le texte pourtant remis, répété. La trompette de Berrocal dans un espace de monocordes basses, échos sans fond puis percussion tranquillement enfoncées. (Et ces chœurs, nom de, qui devraient être ridicules mais saisissent, enlève, envolent – "Moort, Moort, Moooort"). Le drone qui bouffe et crache et exsude à grand flots l’espace – au sens d’un ciel qui sans cesser s’étend au dessus et loin des terres et mers – de Claus et Montessuis. Qui le déchire et l’épanouit. (Celle des quatre plages, pour ma part, qui m’emporte le plus – le plus haut, le plus constamment). Celle aux tambours de champs de bataille et de cryptes de Mellano – striées de traînées fondues et trémolos de guitares électriques (acides, aigres, rêches, mais étouffés, ceux-là). Celle au bourdon synthétique – vibration courte, presque tétanisée –, battements de peaux pas moins numériques et craquements d’avalanches (ou de connectiques maltraitées ?) de Chambert. (Peut être la plus gelée des quatre, dans ses aplats au grain subtilement astringents). Et portée sur toute, les portant, les enveloppant, les irisant : la voix de Marie Möör. Assez unique, oui. Extatique et très sûre et comme intouchée, pour toujours juvénile. Extrêmement pénétrante. Les accents changent – dans ces pièces qu’ils lui font, ces peintures, ces places ouvertes ou scellées. (Mais à mon, mes sens, toujours vastes – dans une direction ou l’autre). Elles font – la voix, la nuance puis l’autre, glissée, articulée – des perspectives et des saignées, des ouvertures, lancées, lâchés. Le timbre demeure. Troublant. Captivant et libérateur, euphorisant, et qui illumine les zones, cette terreur habituellement hideuse. (Et qu’elle apaise et enlumine, la certitude de ce qu’elle énonce). J’en ai dit beaucoup, déjà – et trop ou pas assez, à dessein et par défaut. Parce qu’on ne peut pas imiter, décrire, paraphraser ce qui là-dedans parle et plus. Je reste plongé dans ce son – et cette langue qui selon la lumière peut sembler d’oïl ou d’oc, étrangement familière, curieusement étrangère. J’en ressors tout éveillé dans l’air désert de cette heure ou tout dort, ici, autour, à perte de vue.

note       Publiée le dimanche 5 novembre 2017

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Scissor Man › dimanche 5 novembre 2017 - 20:41  message privé !

Hasard ou coïncidence, je l'écoute après Bene Gesserit et j'entends la même voix, le même timbre mais pourtant ce n'est pas Benedict G (Barbra Montgomery, Nadine Bal), la voix du proteïfrome Alain Neffe. Troublant ! Sinon, j'aime bien ce que j'entends.

Dioneo › dimanche 5 novembre 2017 - 19:29  message privé !
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Hi hi... Ben, euh, d'rien. Je me disais qu'il manquait, depuis un moment, et justement cette nuit je me suis trouvé tout à fait dans l'état d'esprit et de corps de dégoiser dessus... Donc voilà. (J'ai percuté en cour d'écriture du truc que "au fait" tu avais chro quelques jours avant un disque avec Gaspar Claus, tiens, en passant... Si ça se trouve ça a infléchit un tout petit peu le hasard/timing dont tu causes).

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DukeOfPrunes › dimanche 5 novembre 2017 - 18:36  message privé !
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Eh bah voilà ! Je voulais m'y mettre, à chroniquer ce disque, et pouf. Merci !

Klarinetthor › dimanche 5 novembre 2017 - 11:36  message privé !

Quelle belle surprise quand ce disque est apparu... Marie Moor à la discographie plutot étiolée et variable, qui sort cette pépite. Sa voix colle magnifiquement avec ce vieux françois à peine comprehensible. Juste dommage que le CD ait la pochette jaune bof au lieu de la bleue glaciale.

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