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Cem Karaca & Dervişan › Yoksulluk Kader Olamaz

vinyl 33t • 8 titres • 44:01 min

  • 1Kerem Gibi4:33 [poème de Nâzım Hikmet]
  • 2Bir Öğretmene Ağıt3:38
  • 3Adiloş Bebe4:34 [poème de Ahmed Arif]
  • 4İşçi Marşı5:02 [poème de Can Yücel]
  • 5Maden Ocağının Dibinde4:39
  • 6Sevdan Beni10:59 [poème de Ahmed Arif]
  • 7Vay Kurban3:38 [poème de Ahmed Arif]
  • 8Yoksulluk Kader Olamaz6:58

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line up

Cem Karaca (chant), Taner Öngür (guitare), Uğur Dikmen (claviers), Murat Töz (basse), Sefa Ulaştır (batterie)

remarques

chronique

Styles
rock
progressif
Styles personnels
prog poétique épique

Des graffitis sur les murs ? 1977 ? Punk ! Perdu. Le punk comme musique et attitude n’est arrivé, importé de l’Occident, que bien plus tard. Il n’empêche que le contenu du premier album de Cem Karaca & Dervişan reste profondément politique. Et profondément progressif, au risque de vouloir en faire un peu trop, poussant les manettes d’une grandiloquence parfois redondante avec l’interprétation souvent opératique de Karaca. De fait, leur version de « Kerem Gibi », du nom d’un héros mythique transformé par le grand poète contestataire (et longtemps emprisonné) Nâzım Hikmet en figure révolutionnaire, appuie un peu lourdement sur le champignon du dramatique avec son rythme frondeur et ses envolées de synthétiseurs, même si elle ouvre aussi l’album de façon franchement incendiaire (les connaisseurs du poème apprécieront, Kerem se consumant littéralement par amour jusqu’à se réduire en cendre). Mais les morceaux suivants, pris entre le feu du sentimentalisme et de l’épique progressif au son brut chargé, pèsent plus lourd que les singles précédents du groupe à géométrie variable, sans en avoir vraiment ni la puissance ni l’originalité. Par-ci par là, le flux créatif coule encore sur des passages abstraits où des objets semblent se percuter par-dessus des bourdonnement mi-humains mi-synthétiques sur la fin de « Maden Ocağının Dibinde », où quand Cem se lance dans une pathétique complainte poussée à bout qui au temps de Kardaşlar aurait sans doute bénéficié d’arrangements magnifiques d’iklig, rôle ici rempli jusqu’à la nausée par le clinquant des claviers. Difficile de ne pas souhaiter que Karaca se contente de l’arrangement délicat de piano/guitare qui introduit chaque morceau, dans une ambiance feutrée de club de jazz. Sauf que deux morceaux fantastiques sont en vue, bien planqués sur la face B. « Sevdan Beni », poème concis, minimal, de Ahmet Arif, autre grand poète lui aussi familier des années de prison, d’abord déclamé sur un fond quasiment jazz électrique où seule la voix de Karaca prend en charge une mélodie, avant qu’elle ne s’extirpe des instruments au bout de quelques minutes pour se lancer dans une course épique, le texte simple mais bouleversant enflant en émotion et en expressivité dans la gorge du stentor : « Ton amour ne m’a pas abandonné. Je suis resté sans manger ni boire. La nuit était trahison et ténèbres. L’âme solitaire, l’âme taciturne, L’âme tout en morceau… Et menottes aux mains. Je suis resté sans fumer ni dormir. Ton amour ne m’a pas abandonné. » C’est en tissant petit à petit une tapisserie musicale que Dervişan noue les mots du poète tout en s’intensifiant, nappes de claviers inspirant une grande mélancolie, rythmique tortueuse mais pas démonstrative, tout au service du chant jusqu’au point où celui-ci, ayant achevé son travail, laisse la place à la deuxième phase, celle de l’écoulement du spleen dans un solo de guitare pointilliste de Taner Öngur, ex-Moğollar et concepteur de l’anadolu pop quelques années plus tôt, et de pleurs synthétiques cette fois parfaitement justifiés dans leur emphase. Les mots reviendront à la fin pour une explosion finale, concluant un des plus grands morceaux de Karaca, et sans doute du prog-rock tout court. Et ce n’est pas tout, en écho aux grands auteurs de la nation turque, Cem y va de ses propres mots sur le morceau titre, "Yoksulluk Kader Olamaz », débutant comme une prière puis déroulant un récit poignant sur l’oppression du peuple, sa dignité piétinée par un état supposé endetté qu’il tient toujours aux pauvres de renflouer, sur le mépris des médias qui « (…) disent « mangez du miel » à ceux qui ont la tuberculose », et sur la fierté de ne pas baisser la tête, jamais. L’accompagnement de Dervişan est d’une juste sobriété, renouant avec l’aspect plus jazz-rock de singles précédents, les synthés ronflants à intermède régulier, relançant ce refrain lancinant comme un leitmotiv, « La misère n’est pas un destin, ça ne peut être le destin. », Karaca lui-même se calant dans une interprétation teintée de tristesse non résignée, où une certaine douceur amère l’emporte sur la puissance. Un peu occultés par leur présence sur un album globalement décevant, deux titres absolument brillants et indispensables dans la discographie du grand Cem Karaca, qui pointent vers la direction que celle-ci va prendre juste avant l’exil.

note       Publiée le dimanche 22 octobre 2017

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La note ne doit pas occulter l'excellence absolu des deux morceaux sus-cités, qui devraient faire partie de toute bonne anthologie de Karaca ou d'anadolu pop en général (même si on est clairement dans le registre du prog, musicalement parlant).

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