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Edip Akbayram & Dostlar › Nice Yıllara Gülüm

cd | 10 titres | 33:18 min

  • 1 Nice Yıllara Gülüm [poème de Nâzim Hikmet] [4:21]
  • 2 Aman Kerem [reprise de Aşık Kerem] [3:13]
  • 3 Darmadağın [3:09]
  • 4 Kibar Gelin [2:41]
  • 5 Sinesine Vura Vura [4:08]
  • 6 Değmen Benim Gönlüme [4:37]
  • 7 Hasretinle Yandı Gönlüm [3:39]
  • 8 Cana Kurban [2:27]
  • 9 Bitlis'te Beş Minare [2:31]
  • 10 Şirin Nar [2:31]

extraits vidéo

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line up

Edip Akbayram (chant), Adnan Ergil (guitares, synthétiseurs, choeurs), Metin Özülkü (basse, guitare acoustique, violon, choeurs), Saygun Arpalı (batterie, percussions), Mehmet Oylumlu (piano, Roland Strings)

chronique

Styles
rock
folk
progressif
funk
world music
Styles personnels
anatolian pop synthétique

Après un coup d’état militaire, qui prend cher d’abord ? Les journalistes, les universitaires, les artistes. Edip Akbayram a toujours été du mauvais côté des projectiles, mais après le 12 Septembre 1980 il passe carrément dans la liste noire de la censure. Pas facile de se produire ni d’enregistrer quand on refuse de céder d’un pouce. Chanter de l’arabesque sentimental pour détourner l’attention du peuple ? Pas question. Si chanson d’amour il y a, ce sera un poème de Nâzım Hikmet, toujours figure de résistance, adressé à son amour Munevver. Avec piano et violon classiques pour laisser couler les mots. Mais comme Akbayram n’a rien perdu de son excentricité, il demande à son groupe Dostlar, entièrement constitué de nouveaux musiciens, de faire rebondir le refrain sur des cordes synthétiques et des nappes de claviers scintillants, de casser la mélodie et la tordre à l’envie. Le psychédélisme échevelé de la décennie précédente a laissé la place à des grooves profonds plaqués de sonorités beaucoup plus froides, prédominance des claviers oblige. Akbayram chante toujours des türkü, ces chansons folk traditionnelles, mais refondues dans une sorte de new-wave dramatique orientale, à tendance progressive. Non, rien de kitsch là-dedans, malgré ce que des occidentalistes voudrait refourguer comme came à réédition. Pas plus que n’importe quel groupe de prog pastoral symphonique anglais, avec le bénéfice d’une interprétation toujours aussi déchirante, écoutez les intonations d’Edip sur « Darmadağin », fragiles et douloureuses alors qu’un piano ritournelle incessamment dans le fond, impassible et lancinant. On y retrouve aussi ce goût pour les rythmiques presque funk, mêlant thèmes traditionnels de bağlama et riff discoïdes par dessus des basses bondissantes. La danse y garde quelque chose d’un peu amer, décelables aussi dans les tons sinistres des synthétiseurs sur « Sinesine Vura Vura », où la voix du chanteur colle des frissons de rage mélancolique dans ce refrain qui se noie dans des nappes huileuses, un modèle de morceau qui colle un bourdon monstre mais qui donne envie de hurler de même devant son destin. Akbayram revisite également « Degmen Benim Gamli Yasli Gonlume » qu’il avait déjà enregistré dix ans plus tôt, cette fois en version irrémédiablement space-funk, synthés couinant et basse en latex. Mais la mélodie vocale semble toujours venir d’un autre âge, ne perd pas une once d’authenticité, Akbayram restant un des plus grands interprètes de ce folk modernisé, juste à côté de Selda et Cem Karaca. Clinquant à mort et d’une efficacité monstre, il y a un pincement de coeur à réentendre un titre renvoyant à un certain âge d’or, avant que la situation politique ne devienne un véritable enfer. L’album continue sur cette lancée jusqu’au bout, comme une seule longue complainte irrémédiable, avec ce ton un peu cosmico-tristouille due à toutes ces sonorités synthétiques : d’un coup on imagine Edip & Dostlar jouant dans une taverne à moitié désertée d’un quartier excentré d’Istanbul, sous quelques lumières d’ampoules colorées, pour la joie, une joie triste. Continuer à chanter les chansons du peuple malgré tout, quelque soit l’époque, quelque soient les moyens, ou les modes. Aller sous les néons de la ville, le spleen de « Cana Kurban » crachoté dans de mauvais amplis au loin… Alors malgré son titre tiré d’un poème d’amour, malgré les vélléités de toujours faire danser, c’est bien un album vraiment sombre, sorti dans une Turquie post-mortem.

note       Publiée le jeudi 2 novembre 2017

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