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The Legendary Pink Dots › Asylum

lp vinyle | 15 titres | 00:00 min

  • face A
  • 1 Echo Police
  • 2 Gorgon Zola's Baby
  • 3 Fifteen Flies In The Marmalade
  • 4 Femme Mirage
  • 5 The Hill
  • face B
  • 6 Demonism
  • 7 Prisoner
  • 8 So Gallantly Screaming
  • face C
  • 9 I Am The Way, The Truth, The Light
  • 10 Agape
  • 11 Golden Dawn
  • face D
  • 12 The Last Straw
  • 13 A Message From Our Sponsor
  • 14 Go Ask Alice
  • 15 This Could Be The End

enregistrement

Enregistré dans le studio-chambre de Patrick 'Paganini' Q. Wright - Editing par Steven Stapleton

line up

Edward 'The Prophet Qa'Spel' Ka-Spel (voix, claviers), Patrick 'Paganini' Q.Wright (violon, claviers, seconde voix et paroles sur "The Hill", basse sur "Echo Police"), The Silverman (claviers, voix sur "A Message From Our Sponsor"), Stret Majest Alarm (Guitare), Julia 'Poison Barbarella' Niblock (basse, chant et paroles sur "Agape", voix de messe sur "So Gallantly Screaming", paroles sur "Femme Mirage"), Graham 'Adantacathar' Whitehead (claviers sur "Demonism/Prisoner")

remarques

Pochette par Stephan Barbery - Album remasterisé sur bandcamp en 2012 par Raymond Steeg, remaster également sorti en version CD sur Jnana Records en 2014. Il faut absolument privilégier cette version (https://legendarypinkdots1.bandcamp.com/album/asylum-2012-remaster), qui transcende la prod relativement plate de l’original et fait ressortir les basses et la profondeur des arrangements, de même que les innombrables samples de voix et de films. - 'Asylum: a place to escape from - a place to escape to' / 'Gralnezh Khazh' "

chronique

Styles
gothique
dark wave
romantique
Styles personnels
songs of hate and hate ?

Bon dieu, il en va des albums comme des personnes, je vous jure. Il y en a des qu’on oublie, qu’on zappe après deux chansons, des qui nous saoulent d’avance dès la devanture, et des entiers, des totaux, des insécables dans leur arrogance, indomptables dans leur superbe. Avec eux, peu importe l’heure, vous savez que vous en avez au moins pour deux heures, et que vous n’allez pas pouvoir penser à autre chose. Asylum est de ces bestiaux-là, sorte d’insortable parmi les insortables dans une discographie déjà bien replète de caractères bien trempés. Mais Asylum est le seul disque des Pink Dots à vraiment appuyer là où ça fait mal, vigoureusement, avec l’assurance du médecin chinois qui sait qu’il va vous guérir. En parlant de médecin, Asylum est typiquement le genre d’album que vous n’avez pas envie d’avouer écouter à votre généraliste qui vous demande si y’a pas une grosse fatigue chez vous en ce moment. Si vous écoutez Asylum avec vos amis, c’est que ce sont pas vos amis, mais vos compagnons de chambre, et que c’est bientôt l’heure de la piqûre. Plus aéré, plus limpide que les albums suivants ou précédents du groupe, il reste l’un des Pink Dots les moins accessibles par sa grande proportion de titres expérimentaux volontiers dissonants et parfois génialement horripilants (à peu près la moitié) et sa manie de changer de registre au moins une fois par titre, quand ce n’est pas au milieu d’une chanson. C’est qu’aucun technicien de studio n’a entendu ces cris, le LP ayant été enregistré dans la chambre de Patrick Q Paganini, le violoniste du groupe et “le seul à avoir un 8-pistes”, dixit Ka-Spel. Ce sont ses overdubs éperdument tragiques de violon qui font d’Asylum, malgré ses excès et ses synthés parfois décharnés, le magnum opus des Pink Dots pour beaucoup. Le tout étant rehaussé par la légende l’entourant… Une histoire qu’il faudra que je raconte un jour quelque part, une histoire de squats à Amsterdam, de frustration terrible après la sortie de The Lovers, de chaos, de groupe impossible à réunir dans une même pièce, de dèche qui frise la famine, de pièces ramassées dans les plis de canapés, de sensibilité exacerbée, de cris, de suées délirantes et de synthés pas frais transportés sous le bras dans le froid. Et tout ça s’entend dans la musique, la plus joyeusement sombre du groupe jusque-là, qui frise parfois le Residents dans sa danse bizarre de machine blessée (« So Gallantly Screaming », c’est l’apocalypse tranquille). Les paroles sont une part importante du puzzle, mais contrairement à The Tower, elles ne construisent pas d’histoire cohérente, même si certains ont voulu y voir un concept album sur la douleur (y’a de ça...), voire la déchéance d’un fou capturé par la police puis glissant progressivement dans les abysses d’une démence qui incarne le plus pleinement possible l’expression chère au groupe : « terminal kaleidoscope ». Trop de vérité, trop de moments captivants pour se sortir facilement de ce labyrinthe : Le diptyque Demonism/Prisoner qui s’acharne sur nos nerfs et illustre comme personne jamais ou avant le déchirement nerveux en musique, Gorgon Zola’s Baby et son déhanchement bancal de créature des marais, comme une chauve-souris montée sur le corps d’un mannequin, le rigolo 15 Flies in the Marmelade qui s’ensuit, valse désespérée aux portes de la démence, où une palanquée de trisomiques se fout de la confiture partout en salopant les rideaux d’une salle de bal... Et puis les chansons ultimes que sont The Hill, I Am The Way The Truth And The Light et Golden Dawn, sommets de l’art du groupe et sommets de la pop sombre, tout simplement... Ou pour être précis, de la chanson européenne expressionniste, volontiers synthétique et décadente, romantique aussi, sentant bon la gouttière, la gargouille et le pavé détrempé. Pas facile de parler de ses trois-là. Les paroles parlent d’elles-mêmes. I Am The Way est tétanisante dans son impudeur, Ka-Spel égrenant ses décasyllabes dans nos oreilles, le visage convulsé et le regard en flamme sous ses traits endoloris. The Hill a tout du tube en négatif, sautillant et aux couleurs enfantines altérées par le moisi et la décomposition. Reste Golden Dawn, fausse valse en équilibre su un pauvre arpège de trois notes, « prenant brutalement son temps » comme dirait Ian Curtis, pour nous peindre un paysage de désolation vert oxydé et or, sur fond de vase hollandaise dégueulasse d’ennui et d’un violon pleurant toutes les larmes de son bois. Le décor est planté. Là-dessus, Ka-Spel se pointe la gueule enfarinée avec un texte et une interprétation d’un classicisme presque suranné, possiblement l’un des rares textes sur l’amour à ne pas tomber dans le nombrilisme ou dans le rabâché, avec « Splash 1 » de qui-vous-savez (ou devriez savoir). Un peu comme si au lieu de bouder aux Marquises, Jacques Brel avait vécu 150 ans jusqu’à l’apocalypse nucléaire et s’était plutôt barré finir sa vie avec sa blonde sur l’île Stoltenhoff pendant que des lambeaux de chairs irradiées lui tombent des joues. Comment ça, c’est un peu pathos ? Mais un chef d’œuvre n’est jamais pathos, un chef d’œuvre est toujours juste. Ce sont les chansons moyennes qui méritent des coups de pieds, avec leurs nuances pitoyables. Ces trois chansons parlent de clamser, d’aimer ou de tuer, et de situation où il n’y a plus que ces trois issues. Presque tout l’interminable deuxième disque, à partir de Golden Dawn, est empêtré dans une torpeur glaçante, et nous fixe de son regard absolument transperçant, sans pitié, comme un condamné à mort en attente de guillotine, le regard tourné vers vous. Et le couperet ne tombe jamais, c’est ça le pire... On passe par un « The Last Straw » absolument déchirant où Ka-Spel est pris de vertige face au délire d’un clodo qui semble être ce qui reste du prophète et de l’amoureux des chansons précédentes, puis par l’hilarant « A Message From Our Sponsor » qui n’est autre que la voix de Dieu explicitant le slogan du groupe, et se contentant de rappeler qu’il est là, à regarder en silence. Oui, je vous spoile tout. Et l’agonie s’achève par un « This Could Be The End » qui continue de nous regarder dans les yeux à mesure que s’égrènent les secondes comme des gouttes de sang sur un sol d’hôpital. Et le message final annule toute rédemption, toute rétribution, mais nous laisse contempler la déchéance, comme une morale... Jésus, Faust, Nietzsche... Ils sont tous là, tapis dans la pénombre, leurs lunettes brisées s’éclairant au rythme du clignotement des néons. Oui, tous ont été des héros, avant d’être ces zombies en haillons... Et toi aussi lecteur, toi aussi, tu finiras par pourrir entre quatre murs en bois. Sache bien chanter en attendant, et que ce disque soit ton vanitas. « So sing, sing while you may ».

note       Publiée le mercredi 11 octobre 2017

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Klarinetthor › dimanche 3 décembre 2017 - 14:52  message privé !

Oui c'est pareil, demonism et prisoner sont logiquement rassemblés. Il y a 14 pistes au total car une petite piste bonus après This could be the end, pas gènante mais pas non plus nécessaire.

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dariev stands › samedi 2 décembre 2017 - 18:36  message privé !
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Oui, je crois qu'ils voulaient considérer que c'était une suite (comme Demonism/prisoner normalement, c'est pas une seule piste sur ton cd ? ça l'est sur bandcamp...). Le disque s'écoute super bien face par face, en alternant le faces + chansons et les faces bad trip, la dernière étant les Pink dots à leur plus Nurse With Woundesque.

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Klarinetthor › samedi 2 décembre 2017 - 12:06  message privé !

C'est bien, très bien cette édition Jnana (si ce n'est que le fourreau à CD, pas trop fan pour des disques que je sors et rentre dans leur etui hebdomadairement). Et cette petite surprise dans la numérotation (the hill est en 4 et non en 5 vu que gorgon zola et fifteen flies ont été rassemblé en une piste).

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Klarinetthor › jeudi 12 octobre 2017 - 14:48  message privé !

ok merci. Il y en a un certain nombre que j'aimerai aussi regulariser, mais celui-ci c'etait la priorité.

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dariev stands › jeudi 12 octobre 2017 - 13:38  message privé !
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Oui, la version Jnana 2014 est bien la même que celle remasterisée sur bandcamp. J'ai parlé que de la version numérique un peu machinalement, parce que j'avais déjà la version Soleilmoon, donc j'ai pas racheté d'autre version...

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