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La Baracande › La Baracande (LP)

lp | 2 titres | 40:04 min

  • A
  • 1 La complainte de Pyrame et Thisbée [21:40]
  • B
  • 2 La jeune Sylvie [18:24]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré aux Ateliers Claus (Bruxelles) par Yann Gourdon en janvier 2016. Mixé au Puy-en-Velay par Yann Gourdon en septembre 2016.

line up

Basile Brémaud (chant, violon), Pierre-vincent Fortunier (cornemuse béchonnet 11 pouces, violon), Yann Gourdon (vielle à roue, boîte à bourdons, pieds), Guilhem Lacroux (guitare, lap steel)

remarques

LP pochette gatefold. Coproduction La Nòvia/Be Coq Records. Graphisme : Élodie Ortega/Druidhigh Visuals (insert).

chronique

Je me souviens parfaitement : cette vision qu’ils en avaient donné dans l’église ! De la complainte – Pyrame et Thisbée. Un pur moment d’effroi, de malheur jubilé, renversé en une pièce intense – qui nous avait emporté, secoué. Il paraît qu’il s’en passait de belles au fond de St Merry – que ça s’explorait des paumes et des doigts, pour un couple. Pour moi, je fixais la scène – celle d’où le groupe faisait couler ça, je veux dire, ce flot nocturne et profond, glacé, consumant. C’était incroyable. Gothique – au sens d’un moyen-âge fantasmé, j’entends, d’un temps plutôt même indéterminé ; assurément mythique mais habité de bêtes bien réelles – terrifiantes, féroces, pas asservies ; peuplé d’humains aux élans violents, fatals, forts, fichés dans les corps et s’y mouvant, les mouvant en fuites et embrassements. La légende, elle, vient semble-t-il d’une certaine antiquité – de Babylone, nous dit le texte, le fil. D’où lionne plutôt que loup, pour les fauves. Elle a voyagé – les légendes aussi voyagent et changent avec les paysages. On dit que Shakespeare y a puisé la substance première de son Roméo et Juliette. En France, elle est passé par Théophile de Viau – qui en fit cinq actes tragiques, au XVIIème. Elle nous arrive cette fois par le Centre du pays – par un village, Le Mans, commune de Roche-en-Régnier ; par sa chanteuse, sa conteuse, Virginie Granouillet dite La Baracande ; Par La Baracande, le groupe qui reprend son nom, son répertoire… Celle-là manquait sur disque. La voici, sur toute une face de vinyle. Aussi terrifiante, aussi densément excitante qu’ils nous l’avaient donnée en direct. La montée – des nuées de fréquences, des frottements et tintements de métal… – enserre sa tension, déploie son saisissant halo. Le son pénètre – entre par les pores, dans la chair. Noms des dieux que vous voudrez… ! La nuit tombe-t-elle du ciel ou est-ce le sol, la terre, qui l’exhale ? On est pris en tout cas – dans le noir profond, la touffeur du désert où fuient les amants. La vielle aiguise le tranchant, pulse ses cycles inéluctables. Basile Brémaud racle les r plutôt qu’il les roule. Tout frotte. Tout vibre chargé de menace – les augures investissent chaque point, chaque gramme de la matière, chaque recoin de l’alentour, chaque lieu vers quoi ils tendent aux bouts des perspectives. Quel fantastique moment. Quelle suspension – capture de l’attention, de tout ce qui perçoit – ces presque vingt-deux minutes durant, de tout ce qui peut brouiller l’écoute, émousser la pointe des sens, de toutes attentes médiocres, de tout souci de distractions. Plongée dans l’horreur autant qu’admirable poussée plus haut que celle-là – qu’induit pourtant le récit, qu’il détaille. J’ai eu d’abord l’impression – c’est une analyse possible ; ce n’est rien de plus – que Pyrame et Thisbée serait comme un revers de l’Henriette et Damon enregistré par Jéricho sur son double vinyle homonyme ; celle-ci triomphe de l’amour alors qu’ici c’est sa terrible perdition qui nous est délivrée, terrifiante, écrasante. Bon. Le disque se retourne. Et voilà Sylvie. Qui d’abord trompée – elle et son soldat ne sont pas des héros ; ce sont cette fois des personnages, des ordinaires, des vivants normaux pleins de faiblesses et de résolutions humaines – retrouvera, à la fin, son amant, du moins la promesse. Ça peut sembler bien patelin, passée la précédente ténébreuse épopée. La page n’est pas pour rien, pourtant. Elle ramène à l’air frais – fut-il pluvieux. À une incertitude – promesse, donc, mais l’amoureux doit pour l’instant continuer la guerre des rois – qui n’est au moins pas ce gouffre aux flammes sans fin, souffrances aux dimensions des corps de Titans. Et l’ascension finale – le texte tu et la bergère ayant reçu le mot d’assurance du rossignol, que l’aimé reviendrait, et reviendrait vers elle – est cette fois illumination véritable. En plein vent, en pleine cime. Plus d’incendie. Plus de crevasse au fond noyé dans l’invisible. Bon. Le disque se reprend. Se reprendra. Deux faces font un cycle. On a le temps, encore, on a une vie. On chante les malheurs, le destin, pour défaire ce qu’ils, ceux qui les clament inévitables, destinée, d’avance écrit. On clame les bonheurs possibles, peut-être, pour les excepter du vulgaire repos où l’existence les enclaverait, à la laisser seulement filer en n’osant pas ouvrir trop les paupières. On écoute ces chants inquiets – on en jouit, on s’y plonge, on s’y absorbe. On en ressort encore exposé aux faims, aux envies, appétits – même quand comme ici la dose était si forte. (Et le jour nous dépose dans cette pelouse étoilée où semble si tranquille la femme couchée au recto de l’insert).

note       Publiée le samedi 26 août 2017

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Dioneo › jeudi 31 août 2017 - 00:41  message privé !
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Ben Pagans je connais beaucoup moins bien - et bien moins que toi, il me semble... Je dois dire aussi que dans ce que j'en ai écouté, tout ne m'a pas causé. (Artus par exemple, tiens, j'ai aimé les passages où ça se barre psyché mais à certains autres moments - plus rock lourd-techniques-voire-un-poil-prog, j'avoue que ça m'a plutôt laissé dehors).

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DukeOfPrunes › mercredi 30 août 2017 - 12:02  message privé !
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Moi je ne m'en lasse pas - tu voudrais pas faire un peu de chez Pagans, aussi ? Histoire de l'achever ;) Au passage, belle chro - comme d'hab - et ça me rappelle qu'il faudrait que j'achète ce disque. Mais j'ai pu un rrrrrooOOOOOONNNNNNNN-vzzzzzzzzzz....

Dioneo › dimanche 27 août 2017 - 11:02  message privé !
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Ah on est subtils, tiens... (Cet album l'est vraiment, lui, au fait, pour revenir au sujet - en plus je veux dire de titrer fort, comme en entend surtout, d'abord).

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WZX › dimanche 27 août 2017 - 02:14  message privé !

"Pour un verre acheté le Verdouble est offert"

Dioneo › dimanche 27 août 2017 - 00:49  message privé !
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Ah ? T'en as marre d'entendre Le Verdouble chaque fois que tu passes au Super U, tu veux dire ? ("Au rayon barbec', grande promo sur les côtSHkkkkrrrWIIIIIIIIIIIIIIIIIN"... Ça laisse rêveur, comme perspective, remarque).

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