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Blue Öyster Cult › Secret Treaties

lp | 8 titres | 38:35 min

  • 1 Career of evil
  • 2 Subhuman
  • 3 Dominance and submission
  • 4 ME 262
  • 5 Cagey cretins
  • 6 Harvester of eyes
  • 7 Flaming telepaths
  • 8 Astronomy

enregistrement

Columbia Studio, New York

line up

D.(Buck Dharma) Roeser (guitare, chant), E.Bloom (chant, stun guitare, claviers), J.Bouchard (bass, chant, claviers), A.Bouchard (batterie, chant), A.Lanier (claviers, guitare)

chronique

Styles
rock
hard rock
Styles personnels
dark age of rock'n'roll

"I plot your rubric scarab". Quand vous commencez votre album par ces mots, comment voulez vous rater quelque chose ? Secret Treaties est l'apothéose de la première période du groupe (la meilleure, de très loin), possiblement leur chef d’œuvre avec l'éponyme. Possiblement. Car à ce stade-là, échelles de valeurs et chipotage n'ont plus guère cours. Mettre ce disque sur la platine c'est accepter de l'écouter en entier. Et pour cause : tout son génie tient dans les transitions entre les morceaux, sans interruption, d'une fluidité totale, qui sont autant de paliers supérieurs vers un nirvana conceptuel appelé Astronomy. De l'ouverture goguenarde, terreur sur les bourgeois, on coule à pic vers les fonds marins de Subhuman, bâti sur un flux et reflux hypnotique et scintillant à nos oreilles. Le rêve se termine par un riff tueur qui nous lamine les neurones : Dominance & Submission. Tube infernal que n'auraient pas renié Turbonegro, éloge de la perte de l'innocence et du SM vus à travers le prisme de la British Invasion, ce qui nous amène à Me-262 : comme pour Altamont sur le premier album, le groupe choisit tout naturellement de raconter l'histoire du point de vue des « méchants ». Ici, un pilote d'avion Allemand à la fin de la Seconde Guerre mondiale... On atteint ici des sommets d'éclate rock au sens le plus sauvage du terme... Les avions anglais sont comparés à des "heavy metal fruit" bien mûrs, suspendus au ciel, prêts à dégommer; vous voyez l'analogie ? Le tempo s'emballe pour de bon, notre pilote à la pression sur les épaules : "Hitler's on the phone from Berlin / Says I'm gonna make you a star". Le ballet des engins de métal est glorifié, chorégraphié par les riffs doublés de Roeser et Bloom. Et puis vient le break, magistral, les bombes s'abattent sur la ville, les sirènes retentissent, les bottes battent le pavé, et j'en passe... Tout ceci devrait être de mauvais goût, mais le groupe, qui ne fait qu'un, musicalement comme avec ses paroliers, est passé maître dans deux domaines : le raffinement dans la terreur, et la classe princière dans l’ambiguïté esthétique. Autrement dit : le BöC, 10 ans avant Laibach, joue avec les clichés fascistes et les idées "borderline", et présente le tout sur un plateau d'acier. Et nous, on en redemande. Vite, la Face B : Cagey Cretins est un bloc de glace qui refuse de bouger, et nous toise du haut de sa stature hautaine. Grandiose, mais imperméable. Harvester of Eyes, elle, s'annonce plutôt classique, puis se disloque lors d'une outro apocalyptique où les cris étouffés par le métal se perdent dans une rue déserte, avant de laisser la place à une boite à musique qui jette un voile morbide sur cette agonie... Encore un moment de doute terrible pour l'auditeur, de sueurs froides... Les structures, déjà pernicieuses à la base, prennent un tournant plus cruel encore avec Flaming Telepaths, midtempo labyrinthique au titre Barettien en diable, où la batterie esquisse un dédale de breaks et de chausse-trappes, tandis que le chant d’Eric Bloom se fait plus désenchanté que jamais… C’est la route sinueuse qui mène à Astronomy, crique du bout du monde sur laquelle viennent mourir tous les songes du groupe. Le lieu, baigné d'un clair de lune éblouissant, se révèle comme un passage secret, pour qui aurait ignoré le doigt pointé de la chanson précédente. Aboutissement poétique et esthétique comme a pu l’être Riders on the storm pour les Doors, Astronomy se veut une fenêtre vers l’univers Sci-Fi bâti par Sandy Pearlman, et développé plus de 10 après par le groupe sur l’album Imaginos, du nom du personnage qui narre cette étrange chanson. Epilogue à la trilogie noir et blanc du groupe, qui pouvait alors prétendre au titre incongru de Velvet Underground du hard rock… Bloom n’a jamais aussi bien chanté, ni Pearlman tissé de lyrics si obscurs, aux images et personnages récurrents, comme cette Susie désormais familière, mais à l’identité toujours inconnue. Restent les bonus, pour la version cd, presque désespérants de qualité... Comme souvent avec le Cult, les morceaux écartés sont les plus ouvertement rock'n'roll fifties, avec en prime leur version de Born to be Wild, façon horde de choppers au ralenti, du genre on est pas pressé de te faire la peau, de toutes façons t'es à poil attaché au bout d'une corde à 15 mètres derrière... Vrai faux Hell’s Angels, orfèvres du malaise comme on en fait plus, le groupe subira la polémique avec cet album, ce qui les conduira à prendre leur distance avec Meltzer et Pearlman, les poètes-gourous-rock critics, secondés par Patti Smith, qui cuisinaient des lyrics 10 fois plus menaçants que la plupart des lyrics de métal, imprégnés de Lovecraft et de fétichisme...Exemple : au lieu de chanter "I will rape your daughter", ils entonnent avec le sourire "I'd like to do it to you daughter on a dirt road", comme si cela ne dépendait plus que de leur bon vouloir, un petit tour en Harley et hop... Tout cela reflète un univers fort machiste... Mais co-écrit par Patti Smith. Malgré tous ces brouillages de pistes, c'est le versant le plus mélodique et accessible du groupe qui est développé ici, mine de rien, annonçant même ce que seront leurs années 80 (le monstrueux geyser de synthés de Flaming Telepath, à vous glacer jusqu'aux os). Un mot sur la pochette, puisque la musique est trop riche pour être dignement représentée ici : Le Cult prend la pose, telle une milice ésotérique, avec bergers allemands et tout le bastringue devant un Messerschmitt 262 - premier avion de chasse à réaction de l’histoire, vedette des combats aériens du printemps 1945. Le logo du groupe en lieu et place de la croix gammée… C’est la dernière fois qu'ils flirteront avec cette imagerie crypto-germanique, que d’aucuns pointeront du doigt comme néo-nazie (Ils avaient pas regardé les noms de famille?). C’est l’ère bénie de l’innocence du rock’n’roll, celle où l'on fantasmait Black Sabbath et surtout Led Zep en authentiques satanistes, adeptes de rites païens outrageants, AC/DC en Anti-Christ/Death to Christ et Kiss en Knights In Satan's Service (et pourquoi pas Killers Incorporated of Satanic Slaughter?). Kiss n'était alors qu'un groupe de débutants qui se faisait les dents en première partie du Blue Öyster Cult. C’est l’époque de Rock Around the Bunker, des délires toujours plus douteux d’un Bowie tout puissant et en roue libre… Certains sont restés bloqués à cette époque (on en connaît), même si les choses changèrent très vite, puisque le punk arrivait, avec ses multiples provocations (et puis il y eut Radio Birdman, groupe quasiment formé en hommage au Cult de Secret Treaties)… Un dernier détail diabolique pour la route : C'est à écouter en vinyle, bien entendu, histoire de voir qui pilote ce joli avion de chasse, un sourire sardonique jusqu’aux oreilles…

note       Publiée le mercredi 23 décembre 2009

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boumbastik › vendredi 10 juillet 2015 - 21:30  message privé !

"un riff tueur qui nous lamine les neurones : Dominance & Submission" : oui

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boumbastik › jeudi 28 mai 2015 - 23:13  message privé !

Comment un groupe de cette classe, ayant taillé 4 joyaux, a pu se fourvoyer à ce point par la suite ? Misère...

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boumbastik › lundi 4 mai 2015 - 14:05  message privé !

malade

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Aladdin_Sane › lundi 30 septembre 2013 - 12:52  message privé !

Belle reprise de Flaming Telepaths par Espers : http://www.youtube.com/watch?v=Jxj2D2jEqok

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Ramon › mercredi 12 juin 2013 - 14:23  message privé !

Encore une démonstration magistrale du Cult première époque, avant un changement de style vers un un rock plus mélodique mais toujours inspiré.

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