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Amon Tobin › Foley Room

cd | 12 titres | 50:33 min

  • 1 Bloodstone
  • 2 Esther's
  • 3 Keep Your Distance
  • 4 The Killer's Vanilla
  • 5 Kitchen Sink
  • 6 Horsefish
  • 7 Foley Room
  • 8 Big Furry Head
  • 9 Ever Falling
  • 10 Always
  • 11 Straight Psyche
  • 12 At The End Of The Day

enregistrement

écrit et produit par Amon Tobin – - Field recordings, Ingé-son et Foley engineer : Vid Cousins - Masterisé par Sarah Register - enregistré au Beatmuffin Studio, au GRM, à la Salle Olivier Messiaen de la Maison de la Radio, dans la "Foley effects room" (auditorium spécialisé en bruitage) d’Ubisoft Montreal, au Kronos Quartet Studio (San Francisco), à Disques RSB, au McGill Radar Observatory, à McGill university, à OI Factory, au Parc Safari (france), à Planet Studios, à Recycled Records, à Train Tracks et « d’innombrables autres magasins de disques, et au grand air »...

line up

Amon Tobin (Nagra IV-S, Chandler TGI Limiter, API 2500 Compressor, Manley Valve Equalizer, Mutronics Analogue Filter, Chandler Summing Mixer, Apogee AD/DA converters)

Musiciens additionnels : Kronos Quartet (cordes sur "Bloodstone")

chronique

Styles
field recordings
electronica
jungle
trip hop
Styles personnels
grand extérieur nuit

Casbah de nuit. Scène d’extérieur. Silence suspect, presque grouillant de l’activité encore palpable de la journée. Sous une voûte bleue, remuant la poussière de minuit, un étrange ballet mécanique prend place. C’est ainsi qu’on est accueilli en grande pompe poétique et vivement cinématographique dans le cinquième album d’Amon Tobin. Et ça surprend. Oubliez toute l’esthétique entre drum’n’bass et IDM dont il était jusqu’ici le champion, ce que le brésilien expatrié au Canada se propose de faire sur Foley Room, c’est tout simplement un aperçu de la musique du futur. Celle qui agence les sons de n’importe quelle source au même titre que les éléments musicaux issus d’instruments ou bien d’autres disques (l’approche de Tobin jusqu’ici). Oh bien sûr, Tobin est ici encore tributaire des syncopes lourdes et des structures répétitives du monde dont il vient, mais enfin… un énorme pas est franchi. Foley Room restera un disque difficile à dater, une aberration, une « curiosité », comme le dit modestement son auteur (dans un DVD assez intéressant quoique peu soucieux de préserver aura ou mystère autour de l’œuvre), qui se défend de faire de la musique concrète. Les procédés en sont pourtant récupérés, en particulier celui de traiter un son pour lui-même sans se préoccuper le moins du monde de sa source. Ainsi, quand Tobin décrit, dans le livret, avoir voulu combiner les sons dont le rendu se rapprochent sans se soucier de leur nature pour Esther’s, il semble faire preuve d’un réel instinct poétique et sensuel, mixant des captations du bourdonnement de frelons aux guitares baryton, sans oublier le son d’une grosse cylindrée, ces deux derniers éléments étant typiques de la Surf Music. Le résultat possède une définition, qualité de chaleur et de présence assez inédite, et Tobin d’appeler ça de la Modern Day Surf Music. On ne lui donnera pas tort. L’homme a un flair pour les associations et l’organisation du chaos (peu question d’harmonie ici) qui dépasse de loin le simple travail du laborantin en espace stérile. Pourtant, la Foley Room, c’est la pièce sous-vide dans laquelle les créateurs de bruitage d’un film ou jeu vidéo (ici, les studios Ubisoft france) enregistrent leurs sons, afin d’en capter l’essence-même. C’est là que Tobin a enregistré nombre de beats et samples d’objet divers pour cet album, en bon Jean-Baptiste Grenouille des sons. Foley Room est donc un disque sensoriel, et en cela c’est sans doute le plus brésilien de son auteur, qui a toujours eu un rapport relativement distant avec la musique de son pays d’origine. Cette fois, Always pourrait pratiquement être un titre de Kassin ou de Moreno Veloso (le fils de son père). Et on peut directement penser à la frange la plus avant-gardiste du Brésil sur un titre comme Kitchen Sink, qui comme son nom l’indique, se propose de transformer votre évier plein de vaisselle en une incroyable caisse de résonance de batailles en milieu aqueux pour la conquête d’une planète inconnue, à l’écosystème semi-immergé. On a parfois l’impression d’être téléporté dans la scène des Ewoks dans le Retour du jedi, perdu dans la sombre forêt d’épicéas d’Endor, au milieu des lasers qui fusent... Juste avant une pause bienvenue dans la carcasse du vaisseau, sous la lueur vacillante d’une guitare forcément un peu morriconienne, tandis que le vent caresse une harpe qui semble démultipliée (Horsefish). Ailleurs, on se prend les échasses dans l’écheveau d’une décharge à flanc de montagne... Il y aurait trop à dire sur les parcours mentaux possibles dans un tel disque, tout comme dans les procédés, réellement passionnants, qui ont présidé à sa réalisation. Amon Tobin, entouré d’une solide équipe on le devine (c’est un peu la dernière star intéressante du label Ninja Tune), a utilisé les micros les plus perfectionnés pour enregistrer les sons de fourmis dans du papier alu, a encore retravaillé et concassé le tout avec sa force de frappe digitale habituelle, pour un résultat dense, parfois épuisant, mais toujours créatif. Foley Room manque toutefois encore d’une réelle direction pour totalement emporter. Les tics drum’n’bass sont tenaces, et la platitude n’est jamais loin. On sent que Tobin aimerait vraiment s’en libérer, mais sans cette structure, le champ des possibles lui apparait presque trop grand. On jurerait le voir hésiter sur Straight Psyche (qui reprend la ligne de basse d’un titre de Strawberry Alarm Clock !), avant de finalement avoir recours à un beat downtempo certes à base de superbes sons métalliques en HD, mais néanmoins téléphoné par rapport à la grisante vibration du monde, dont ce disque offre un peu de condensé sous-vide. C’est déjà beaucoup. À offrir à ceux qui n’ont pas la possibilité de parcourir le monde extérieur. Signé Amon Tobin. Rien à voir avec Düül II, fils unique. Et surtout rien à voir avec les chipotis d’une dance music qui n’en finit plus de se prendre pour ce qu’elle n’est pas.

note       Publiée le dimanche 16 avril 2017

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dariev stands › mercredi 19 avril 2017 - 20:38  message privé !
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Oui, y'a un côté vraiment musique de film (jeu vidéo ? forcément, tout y ramène) paradoxalement, car je ne vois pas beaucoup de films où même docus qui pourraient supporter une B.O. si dense sans crouler sous le poids des sons. J'ai oublié de dire dans la chro que passé la très classe intro avec le Kronos Quartet, on a encore l'impression sur pratiquement tout l'album d'une oeuvre 100% acoustique, ou en tout cas "non-électronique" avec des ambiances, des cordes, des clair-obscurs...

Note donnée au disque :       
Hallu › mercredi 19 avril 2017 - 01:07  message privé !

Y a quelques titres chiants (Kitchen Sink et Foley Room), une marque de fabrique désormais, mais les "tubes" sont énormes (Esther's, Always, At The End Of The Day), et les ambiances parfaites. C'est complexe mais y a une âme dans cet album, un fil conducteur. Un pote m'a dit que ça lui faisait penser à ces vieux films américains période prohibition. C'est sûr, c'est plus pluvieux qu'ensoleillé. Une vraie réussite. On est loin de la collection d'onomatopées du décevant Isam.

Note donnée au disque :       
(N°6) › mardi 18 avril 2017 - 13:52  message privé !
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Après les tubes du genre "Easy Muffin" ou "Verbal" (sur un sample de Mogollar !!), il est nettement plus ardu à l'écoute celui-là. "Kitchen Sink" m'avait quand même laissé une grosse impression.