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Marisa Monte › MM

cd • 12 titres • 44:17 min

  • face A
  • 1Comida reprise de Titãs
  • 2Bem Que Se Quis (E Po' Che Fa') reprise de Pino Daniele adaptée par Nelson Motta
  • 3Chocolate reprise de Tim Maia
  • 4Ando Meio Desligado reprise de Os Mutantes
  • 5Preciso Me Encontrar reprise de Candeia
  • 6O Xote Das Meninas reprise de Luiz Gonzaga
  • face B
  • 7Negro Gato (avec Paulo Moura reprise de Getúlio Cortes/Wanderlea
  • 8Lenda Das Sereias, Rainha Do Mar reprise d’une samba-enredo du carnaval de 1976
  • 9South American Way reprise de Al Dubin & Jimmy McHugh
  • 10(I Heard It Through The) Grapevine reprise de Marvin Gaye
  • 11Bess, You Is My Woman Now! (avec Nouvelle Cuisine reprise de George Gershwin
  • 12Speak Low reprise de Kurt Weill

enregistrement

Enregistré en concert au cours de l’année 1988 - Produit par Nelson Motta – Direction musicale : Eduado Souto Neto – Producteur exécutif : Lula Buarque de Hollanda – Direction artistique : Jorge Davidson – Direction technique et mixage : Sérgio Bittencourt.

line up

Marisa Monte (chant), Ronaldo Diamante (basse), Marcos Suzano (percussions), Paulinho Muylaert (guitare electrique), Roberto Alves (piano), Edu Szajnbrum (batterie), Saulo Dansa (trompette), Leticia Monte (choeurs), Suzana Ribeiro (choeurs), Joana Motta (choeurs)

Musiciens additionnels : Paulo Moura (clarinette sur Negro Gato), Nouvelle Cuisine sur Bess You Is My Woman Now : Carlos Fernando Nogueira (chant), Luca Raele (clarinette), Mauricio Tagliari (guitare électrique), Guga Stroeter (vibraphone), Flavio Mancini (contrebasse) – Quatuor à cordes sur Bess You Is My Woman Now : Michel Bessler (violon), Bernardo Bessler (violon), Jaques Morelenbaum (violoncelle), Marie Christine Bessler (alto) – maestro Eduardo Souto Neto (Piano, arrangement de cordes sur Speak Low), Luiz Claudio Ramos (guitare acoustique sur Speak Low), Theo Lima (batterie sur Speak Low), Luiz Alves (basse acoustique),

remarques

La plupart de cet album est ressorti depuis sous la forme d'un DVD Live, "Marisa Monte Ao Vivo " qui en reprend les mêmes enregistrements en version filmée dont un "Grapevine" assez cool avec Ed Motta en duo. (Plus recommandé que l'album, même si ne change pas fondamentalement la donne.) - à noter que la version vinyle omet la-dite "Grapevine", reprise de Marvin Gaye, qui est le meilleur titre de l'album.

chronique

Styles
black music
reggae
soul
jazz
pop
Styles personnels
mpb / jazz vocal moderne

Dans le genre “album-resurrection de tout un genre”, je demande Maman. Marisa Monte, en 1989, fait plus que raviver la flamme de la MPB exigeante : elle la ressuscite carrément, le genre étant plus que moribond depuis au moins le début des 80’s. C’est simple, hormis les évolutions digitales des musiques de danse urbaines (Rap, Funk Carioca surtout) qui sont celles que le monde entier connaît à la même époque, la décennie 80 est une traversée du désert absolue pour la musique brésilienne moderne au sens large. Beaucoup sont alors occupés à découvrir ébahis leur propre patrimoine culturel, à plonger dans ce passé musical pour en raviver l’héritage choro ou de musique classique, sans forcément faire attention à cette pop qui selon eux contenaient déjà en germe les excès des années 80 dès le départ. En gros, il ne se passe plus rien, la Vanguarda Paulista étant un mouvement de niche et le rock brésilien sonnant souvent trop occidental et bateau pour passionner. C’est là qu’arrive cette très jeune fille aux airs élégants et hautains, avec un album de reprises piochés dans toutes les époques et tous les styles, MPB et autres, et son idée de juxtaposer des airs populaires nationaux aux côtés de classiques américains va beaucoup revaloriser cette pop brésilienne dont je parlais plus haut. Avant même de faire de bons disques, Marisa Monte incarne la relève qui arrive bien tard... Celle des stars Elis Regina et Clara Nunes mortes tragiquement en début de décennie. Ensuite, elle choisit de s’entourer direct d’un staff plus âgé qu’elle et garant d’arrangements classieux évitant soigneusement les pièges de la MPB plastique des 80’s. Enfin, pas tant que ça, mais le contexte de 89 n’est pas propice à faire la fine bouche, croyez moi. Malins, ils décident d’enregistrer tout en live (forcément un peu osé, pour un premier album), pour compenser le côté « musée » de cette collection de reprises, pour la plupart ayant 15 ans minimum. Le premier truc qui saute aux yeux, c’est la proportion de chansons pop, voire « pop légère ». Si en 1988, Tim Maia (auteur de Chocolate) est encore considéré comme un terrible has been (même si c’est aussi l’année où apparaît Ed Motta, son neveu) que dire alors de Wanderlea, interprète originale de Negro Gato, qui ferait passer Sheila pour Sœur Marie Keyrouz, et qui en a bien rajouté dans les 80’s ? Bref, Marisa Monte fait des choix quasi-politiques, dédaigne superbement l’orthodoxie samba qui gangrène depuis le début la MPB et insère des bouts de Jovem Guarda (le yéyé brésilien) croustillants dans sa tablette de chocolat, comme ces refrain de “E Proibido Fumar” placés à la fin de Negro Gato en clin d’œil à Erasmo Carlos. Quant à Xote Das Meninas, standard ultra-connu du forro, elle y insère malicieusement des citations de « My Heart Belongs To Daddy » de Marilyn Monroe et « Is This Love » de Bob Marley, comme pour signifier d'un air nonchalant : « d’un classique à l’autre »... Citons aussi l’inattendu Bem Que Se Quis, adaptation en portugais d’un tube du chanteur napolitain Pino Daniele, reprise ayant lancé la chanteuse en 87. Il y a un point qui m’empêche à titre personnel de succomber au charme certes très original et ultra-ombrageux de Monte (il faut reconnaître qu’elle ne ressemble à personne, et surtout dans le monde des chanteuses brésiliennes, toutes souriantes à l’excès), ce sont ces feulements excessifs qu’elle insère partout... Certains vont adorer pour les mêmes raisons, j’imagine. Comida est un peu une épreuve à cause de ça. Ça parait plus justifié sur Negro Gato (chat noir), énorme tube de Jovem Guarda qui passe de rock’n’roll à jazz-blues lent et alcoolisé... Le génial Ando Meio Desligado des Os Mutantes ne gagne pas vraiment du son de hall d’hotel 80’s, on s’en doute (non, fans de vaporwave, ceci n’est pas pour vous), et les accents rauques de Monte ne font pas non plus bon ménage avec cette pop trop directe pour son style traînant. Il faut attendre Preciso Me Encontrar, reprise d’une merveille absolue de samba mélancolique des 70’s, pour fondre pour de bon de saudade et de tristesse berçante... Là, c’est du lourd, du classique brésilien vraiment mal connu et vraiment troublant. Rien que pour vous inciter à aller écouter l’interprétation originale par Cartola (aussi inattaquable et beau que Wanderlea est horrible, bienvenue au brésil), ce disque trouve sa justification. Mais pour tout dire, c’est à partir de Lenda das Sereias, samba de l’école Gres Império Serrano, et surtout de la reprise reggae-dub de I Heard It Through The Grapevine (LA perle de la version cd) que l’album fait vraiment mouche dans ce style délicat et suave visé depuis le début par les arrangements jazzy... La fin du disque regroupe 3 reprises de comédies musicales non-brésiliennes datant de l’ère pré-rock’n’roll, ère avec laquelle la musique brésilienne dans son ensemble à bien plus d’affinités que tout le reste... South American Way, chantée par Carmen Miranda (vous savez, la chanteuse hollywoodienne avec le bananier sur la tête) dans les années 30 à l’origine, est à elle seule une déclaration d’intention vis à vis des puristes de la musique brésilienne : non, ne cherchez pas, Marisa Monte ne se défilera pas face au lourd héritage du Brésil niveau « musique légère », et une bonne chanson est une bonne chanson, paroles débiles écrites par des Yankees jamais sortis de leur Californie ou pas. Irrésistible est encore un mot trop faible pour le résultat. Quant à Bess, You Is My Woman Now, reprise du spectacle de broadway Porgy & Bess, accompagnée du groupe Nouvelle Cuisine (qu’on a quand même envie d’appeler plutôt « cuisine gastronomique »), il faudrait la faire écouter de toute urgence aux mecs de Daesh et à Donald Trump pour qu’ils se la detendent et nous lâchent les baskets 5 minutes. Ou alors non, passons-leur plutôt du Napalm Death en les tapant. On va dire ça, parce qu’on est sur guts of darkness.

note       Publiée le vendredi 10 mars 2017

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