Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesEWarren Ellis › Mustang

Warren Ellis › Mustang

  • 2015 - Milan, 399 736-2 (1 cd)

cd | 12 titres | 37:08 min

  • 1 Mustang [2:24]
  • 2 The Tunnel Home [3:20]
  • 3 Under Siege [2:32]
  • 4 There's a Game On [2:25]
  • 5 Robe de couleur merde [2:36]
  • 6 Aunts Prepare [1:58]
  • 7 Windows to the World [2:20]
  • 8 The Colt Bolts [3:03]
  • 9 Les proies [3:16]
  • 10 Time to Run, Time to Drive [4:02]
  • 11 Lale's Theme [5:12]
  • 12 BaBa ZuLa - Hopçe [4:32]

extraits vidéo

  • Il y a des extraits vidéo pour ce disque. Vous devez être membre pour les télécharger : devenez membre.

line up

Warren Ellis

Musiciens additionnels : Baba Zula (12)

chronique

Styles
musique de film
post rock
world music
Styles personnels
minimaliste & mélancolique

L’histoire de Mustang, c’est un peu comme celle d’un conte. C’est celle de cinq jeunes soeurs qu’on enferme dans une maison, parce qu’elles se sont « frottées à des garçons ». En réalité, un jeu bien innocent dans l’euphorie estivale de la fin de l’école. Mais on est dans la province turque. Ca ne rigole pas du tout avec « l’honneur » des filles. Ce n’est pas un énième film sur les problèmes des femmes en Turquie, la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven le met en scène presque comme un thriller de prison, où tout est porté vers les échappatoires d’une maison qui, au fur et à mesure, se transforme de plus en plus en forteresse. Un peu la forteresse de l’ogre aussi, mais chut… Le ton est solaire, sensuel, près des jeux des soeurs qui défient leur ennui et leur punition par toutes les voies imaginables : provocations, évasions temporaires, préparatifs et rêves d’ailleurs. Petit à petit, le cercle des soeurs va se réduire au fil de mariages arrangés, plus ou moins compatibles, ou autres sortes de départ encore, plus radicaux, car tout est bon pour fuir cet espace de plus en plus étouffant, carcéral. Alors le film prend des allures plus sombres, des atmosphères crépusculaires, presque de cauchemar. Comment fuir la maison de l’ogre ? Et pour la bande-originale, c’est une musique originale de Warren Ellis, compagnon de longue date de Nick Cave, avec qui il a déjà composé des musiques de films, et vétéran de la scène post-rock avec son trio les Dirty Three. Le violon mélancolique de Ellis, son instrument fétiche aussi bien joué à l’archet que pincé, accompagné de claviers bourdonnants, sert magnifiquement les ambiances de ce drôle de conte à la fois léger et tragique. Les tonalités flottantes, parfois même éthérées, de la musique de Ellis évoquent aussi bien la lumière d’un soleil aveuglant, celui qui frappe les hauts murs de la maison lors de cet été plombé que les suspens qui accompagnent les diverses évasions des jeunes soeurs, ces bouffées d’air incertaines vite rattrapées par un ordre patriarchal implacable et oppressif. Le temps d’une sortie clandestine pour aller rejoindre un stade de foot, accompagnées de l’irresistible « Hopçe » de BaBa ZuLa, chef de file du renouveau folk-rock psychédélique anatolien, rare instant de frénésie où tout s’oublie, ou pour retrouver un jeune amant pour des étreintes toutes aussi interlopes. Mais bientôt les climats s’assombrissent, les filles sont toujours des proies. Un piano se fait peine de coeur, si lourde tant ce violon y traine sa tristesse incommensurable. Ellis ne souligne pas la mise en scène, mais y participe en imprimant sa texture sonore au sein même des plans, ses drones étouffés alors que le temps vient de s’enfuir pour de bon, là encore des clochettes cristallines sous lesquelles s'écrasent des notes minimales, mais suffisantes, sans jamais en rajouter dans les effets, juste accompagner la pression qui monte alors que les filles, enfin celles qui restent, se glissent hors de leur citadelle assiégée par une nuit chaude de mariage impossible. Peu de thèmes mélodiques marqués, des ambiances, des atmosphères, organiques, intimes, balayant tout le spectre du doux-amer à l’inquiétante suspension du temps. Même le thème de Lale, la plus jeune des soeurs, reste un modèle de minimalisme, les silences entre les notes de piano laissant le temps de cogiter, de respirer, de trembler un peu aussi, de pleurer un peu peut-être. Une bande-originale pastorale, presque de western contemplatif, pour un sublime film en forme de conte grave et lumineux.

note       Publiée le vendredi 27 janvier 2017

partagez 'Mustang' sur les rseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "Mustang"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "Mustang".

ajoutez une note sur : "Mustang"

Note moyenne :        1 vote

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Mustang".

ajoutez un commentaire sur : "Mustang"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Mustang".