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Ilitch › 10 Suicides

version 1lp (édition originale 1980) • 10 titres • 39:26 min

  • Inside… Radio On
  • 1Elle voulait que je sois drôle4:29
  • 2Symphonynachevée4:06
  • 3N.A. (No Answer)4:28
  • 4Waiting for Mabelle6:27
  • 5Coma Programma I3:10
  • Outside… Jour de Pluie
  • 6Soupirs4:58
  • 7Peripherikredcommando4:17
  • 8Larsen Lumpen2:25
  • 9Brisure3:35
  • 10Coma Programma II5:31

version 2cd (réédition 2001) • 14 titres • 103:53 min

  • CD1
  • 10 Suicide : Inside… Radio On
  • 1Elle voulait que je sois drôle4:29
  • 2Symphonynachevée4:06
  • 3N.A. (No Answer)4:28
  • 4Waiting for Mabelle6:27
  • 5Coma Programma I3:10
  • 10 Suicides : Outside… Jour de Pluie
  • 6Soupirs4:58
  • 7Peripherikredcommando4:17
  • 8Larsen Lumpen2:25
  • 9Brisure3:35
  • 10Coma Programma II5:31
  • Single Culture (Thierry Müller, 1980, Herr Rhitma Corp., SCOPA/HRH 001
  • 11Culture11:59
  • CD2
  • Complete « Coma Programma » live sessions
  • 12Comme « A » Programma4:38
  • 13Comma Programma16:47
  • 14« , » Programma31:03

extraits vidéo

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line up

Ruth Ellyeri (guitare modifiée, synthétiseur, séquenceur, voix, vocodeur, guitare), Thierry Müller (voix, vocodeur, synthétiseur, piano, effets/traitements, basse, séquenceur, batterie électronique, guitare)

Musiciens additionnels : Patrick Müller (synthétiseur et composition sur Coma Programa I et Periperikredcommando, synthétiseur ems sur Coma Programma II, guitare et effets/traitements sur Peripherikredcommando), Patrick Dubot (saxophone et composition de la partie de saxophone sur Brisure)

remarques

chronique

Intimité chaotique, perturbée – mais inexorablement tranquille dans sa contemplation du chantier, de la friche, de la pente dans un sens ou l'autre. Technologie d'effraction, machines fendillées. Ilitch est une drôle d’entité. Pas Vlad' Oulianov – alias Lénine, dont c’est ici le patronyme qui sert de nom – et ce malgré le rouge. Cet Ilitch-ci, alias Thierry, alias Ruth. On ne nous dit pas qui est l’extatique sur la pochette, ni ou celle ou celui qui arrive à bout – de souffrance ou de fatigue, ou de lassitude. Ni si ce ne serait pas cette fois la même chose. Et elle voulait que je sois drôle… Ça aussi – la phrase chantée en tu, d'ailleurs – c’est dissimulé, déformé, à moitié masqué par le vocodeur. Thierry Müller – et, ou Ruth Ellyeri, donc ; double inventé, autre moitié de l’androgyne après la scission ? – soliloque calmement. Cache, encore. Psalmodie que Rien, Pas de Réponse. Insiste, en continuant toutefois de coder, d’escamoter. Ou balance – c’est un bonus, ça, sur l’édition CD ; nous en reparlerons de ceux-là – sa Culture, rempart dérisoire, mise en boucle puis laminée ; texte répété sans fin, remis à l’identique, ton presque plat mais le filet contrarié, abîmé par le bruit. Thierry-Ruth laisse aller le flux de conscience. Thierry monte, coupe, remonte. Ruth joue des choses. Müller travaillent. Ellyeri séquence et laisse son nom en signature, signal trompeur. 10 Suicides est un disque passionnant, une œuvre impénétrable – ou plus justement : secrète. Aux dix plages de la version vinyle première – indice tiens, quant au titre ; mauvais augure ou fausse piste narquoise ? – comme aux quatorze de la réédition CD, on trouve bien peu d’égales, de pairs, simplement de points de comparaison. On entend bien que ces oreilles, ce corps, ont dû ouïr les expériences d’autres labos – peut-être plus riches, mieux équipés, plus… Académiques, au fond, systématiques dans leurs recherches ? On saisit bien les bribes ou les pans pleins de musiques populaires, chansons, pop. (En attendant Mabelle…). On comprend tout de suite, me semble-t-il, d’où – la langue française, au début, n’a pas l’air d’un emprunt, on la reconnaît malgré les traitements, l’effet – et de quand "ça vient". 1980… Oui. Et l’on se souvient que ce début de décennie n’a pas été seulement celui de l’essor de la new wave, des produits sans défauts, des formes impeccables au point d’en perdre tout grain. On se rappelle que cette new wave, justement – et ses sœurs cold, minimale… – était aussi séquelle, rémission, suite fut-elle réactive, inverse, du post-punk. Sortie de la cassure. Certes, les instruments nouveaux – synthétiseurs qui ne nécessitaient plus un camion pour partir en tournée, une pièce pour stocker les données, la consomption d’une journée pour obtenir quelques minutes de musique ; magnétophones multipistes qui pouvaient s’installer dans une chambre, ébauche de home-studio ; premiers outils informatiques produits en série, à portée des particuliers dussent-ils pour ça se saigner, rogner sur le budget nouilles – permettaient à chacun de s’essayer à la recherche de la pop-song parfaite, de l’hymne le plus glorieux à la moderne jeunesse. Certes, l’instantané de ces techniques neuves, la relative simplification des processus, procès, rendait possible le saut direct de l’ébauche au prêt-à-mettre-sur-le-marché, parfois presque sans modification. Et oui… Sans doute, la "futilité", la légèreté qu’on prête à bien des musiques de cette époque est assez peu contestable – fête dont on se dit "qu’ils" auraient bien dû voir venir la gueule de bois qui allait suivre, fraîcheur trop brillante, trop pressée pour qu’une part de tout ça ne tourne pas à l’aigre, exposé à l’air du jour qui allait suivre. Bien sûr. Cependant ces mêmes techniques et appareils, ces nouvelles "facilités" n’ont pas permis seulement ça. Ils ont ouvert un autre terrain. Ce raccourci – un court-circuit ? – de l’idée, de l’intuition à la chose, à l’objet, c’est aussi une place faite aux jeux sans règles écrites, sans la censure d’un sens justifié, médiation, médian, médium. Aux mouvements inconscients normalement perdus dans la fabrication, les validations, consommé par le vieux savoir-faire qui en faisait disparaître les plus, trop évidentes traces – ceux que ne savent même pas toujours, ne pourraient pas à coup sûr nommer ou préciser ceux qu’ils agitent. 10 Suicides est l’une de ces occurrences. La maîtrise de Müller sur sa création, sa pièce, est étrange, insondable – mystère, pour cette fois le terme n’est pas un pis-aller, un bête argument de réclame. Bien sûr, Ilitch porte en sa substance la couleur, la senteur – plastiques, circuits, spleen grisé flouté sous la brume de pigments chimiques – de son époque. Sa musique est comme un surgeon spécial, très singulier de celles plus tôt citées – waves de tous préfixes… Elle est comme une bouture faussement apaisée de l’indus sauvage des années d’avant, aussi, comme portée par un vent froid depuis Sheffield ou Manchester. Et oui, les bonus de l’édition double-CD, j’y reviens – une fois passé le susnommé Culture, tiré d’un single – donnent à entendre une matière première qui laisse supposer tout ce que le disque a dû demander de tailles et retailles, de pistes abandonnées, d’essais remis, modifications, superpositions… Ce qui est beau c’est qu’on y cherchera souvent en vain les morceaux finis entendus plus haut. C’est aussi que la magnifique mélancolie de l’ensemble n’en est pas entamée, l’opacité pas dispersée – l’évidence, aussi, pas gâchée. La confession, l’aveu, la note sibylline d’Ilitch (ou de Müller ou bien de Ruth…) rend toujours pleine son impudeur, sa poésie – celle-ci irrésolue, tout cela insoluble, indissoluble. "Coma" veut dire "virgule". Le programme est perclus de souvenirs. Il veut en imprimer sur nous les persistances.

note       Publiée le jeudi 1 décembre 2016

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Dioneo › vendredi 30 décembre 2016 - 19:16  message privé !
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Ah ben ravi que ça ait titillé ta curiosité (et peut-être d'autres... c'est le but) ! La découverte m'avait moi-même bien surpris - pas mal pour ce côté-là oui, aussi, d'influences entendues mais de machin qui malgré ça sonne bien unique, singulier. Bonne exploration donc !

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David Locke › vendredi 30 décembre 2016 - 15:39  message privé !

Grand merci pour cette découverte ! On entend bien les différentes influences (des Allemands à Suicide, en passant par Eno/Fripp), mais elles sont parfaitement digérées, pour créer un album extrêmement personnel, foisonnant d'idées, d'états d'âme et d'ambiances différente...Je ne l'ai écouté que deux fois pour l'instant, mais je le rangerais bien du côté des chefs d’œuvre...Du coup, j'ai commandé Periodik Mindtrouble, pour continuer l'exploration...

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Scissor Man › jeudi 1 décembre 2016 - 19:15  message privé !

Tu peux trouver le LP neuf bradé à 22,90 € chez CD and LP , sinon j'attends un retour de Fractal à propos du double CD. Je te tiens au jus.

http://www.cdandlp.com/ilitch/10-suicides/33t/r1133315837/

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Klarinetthor › jeudi 1 décembre 2016 - 18:26  message privé !

tu me donneras alors un plan si tu veux bien, car ce que je vois sur le Souffle,... reste les distros privées, je demanderai a mes contacts qui ont les mains dans le PVC. J'arrive un peu tard pour le double CD il semble

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Scissor Man › jeudi 1 décembre 2016 - 17:48  message privé !

@ Klarinetthor. Je n'ai pas le souvenir que les rééditions par Superior Viaduct soient particulièrement coûteuses. Avec les frais de port c'est gratiné en effet mais il faut attendre un peu que ça arrive en France ; ils sont localisés à San Francisco. C'est ce que j'ai fait pour toutes ces pépites : Suicide, John Bender, Mingus, Illitch, L. Voag, Milk From Cheltenham, Departmentstore Santas, Liquid Idiot, ZNR, Jon Gibson… J'ai attendu patiemment et puis razzia sur les beaux vinyles tout neufs (certains ont même repris des couleurs). Moi je leur tire mon chapeau !

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