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NV › Binasu

k7 | 10 titres | 00:00 min

  • 1 Bells Burp
  • 2 Inn
  • 3 Grass In The Woods
  • 4 Binasu
  • 5 3Arms
  • 6 Kata
  • 7 KKU
  • 8 Dance
  • 9 Nobinobi
  • 10 YYG

extraits vidéo

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enregistrement

Kate Shilonosova

line up

Kate Shilonosova

remarques

Artwork par Keith Rankin (de Giant Claw)

chronique

Styles
ambient
electro
new wave
pop
Styles personnels
vaporwave-pop >“mallet-pop”

Yekaterina Shilonosova. Екатерина Юрьевна Шилоносова pour les russophones. Nom de scène Kate NV. S’il y a une justice, vous allez entendre parler d’elle en 2017, et surtout voir son minois réjoui et son air de personnage de Cowboy Bebop, arguments de propagation de sa musique qui joueront sans doute en sa faveur plus que tout autre (soyons lucides)… Mais depuis ces archives d’où je vous cause, on ne voit pas bien les visages et les figures, vous le savez. On est myope, à force de trop scruter les notes de bas de page, ou trop occupé à soulever la poussière de vieilles étagères oubliées, à creuser derrière les murs de références, le labyrinthe de la passion polymorphe et des inclassés perpétuels. Donc on ne parlera que de la musique, la seule chose qui nous atteigne encore dans notre scaphandrier vermoulu. Alors attention, parce que Binasu est un miracle. Bricolé semble-t-il avec la plus totale ingénuité à partir de la partie la plus lisse de la banque de sons du logiciel Ableton, c’est un album qui a tous les traits du produit jetable post-2010, torché dans un éclair d’inspiration sur un laptop au petit matin rutilant, avant que son auteure ne manque pas de passer à autre chose. Sauf qu’il y a une étrange consistance sous le glacis très propre de cet album, et pour tout dire… une personnalité. Démarrant par un cérémonial de percussions 100% numériques qui s’assument aux légers relents de l’OST de Killer Instinct, Binasu se révèle très vite irrésistible dans sa plénitude de feel-good record mélodique en diable, lustré et résolument optimiste, humeur qui ne nous lâchera plus jusqu’à la fin. En fait, ça ne va aller que crescendo, toujours dans une dynamique midtempo à la fois chaleureuse et totalement post-internet. D’ailleurs, on commence déjà à parler de "post-vaporwave" dans les cercles "accelerationist pop" (je parle chinois ? attendez de lire la suite) à cause de ce disque, objectivement en rupture violente avec le cynisme mal dissimulé de toutes les anti-divas tongue-in-cheek de la génération Lana Del Rey/Vaporwave/PC Music, et globalement beaucoup de ce qu’on commence à désigner sous ce terme pas si débile de "accelerationist", certes vaste. Car de cynisme, il n’y a pas une trace ici. Kate NV est complètement à fond dans son truc, en osmose avec ses arpèges de synthé mentholés et ses couics de Bontempi japonais à l’excès… Japonais, oui, j’y reviendrai, mais la voix, qui reste la raison pour laquelle j’ai craqué sur ce disque, sonne bien européenne, et même hyper-pro et maîtrisée avec ça ! En fait, la production très "B.O. d’anime japonais" fait qu’on pense souvent à la voix d’Origa (RIP), d’ailleurs Russe elle aussi, et l’une des vocalistes attirées de Yoko Kanno sur la série Ghost in the Shell… Si ça ne vous parle pas, sachez qu’on pense aussi très fort à Kate Bush période new wave suprême avec LE tube du lot, l’immense "Kata", genre de pop-aérobic naïve et ultra-optimiste ET ambitieuse (ça court plus tant que ça les rues) qui reste en tête sans pour autant épouser une structure "chanson" à proprement parler, chose dont Kate NV visiblement se fout. Il y a de l’espace là-dedans, de la joie primitive à 3ans d’âge mental, du satori en spray vaporwavorisateur, conditionné à l’échelle galactique. Comme chez Yoko Kanno. Pas un hasard si tout l’album s’avère en fait chanté dans un yaourt vaguement anglicisant rendant toute localisation impossible, procédé dont les japs raffolent et Kanno la première. Et la nipponophilie de la demoiselle (avérée, vu son compte youtube d’excellent goût) l’a visiblement menée, comme tant d’autres ces dernières années, à intégrer le son fabuleux des productions 80’s d’Haruomi Hosono, auxquelles on pense fortement ici, Miharu Koshi en tête. Tout ça fait beaucoup de références pour un album pourtant très simple et hyper immédiat… Peut-être trop. Binasu est intense, parfait, lisse et équilibré, entre motifs minimalistes percu-mélodiques délicieux et obsédantes ritournelles vocales, entre lancinance enfantine et pure rêverie éthérée, garantie sans matérialité ni tourment. "Kata", c’est aussi l’écharpe de soie blanche traditionnelle des bouddhistes tibétains, signe de bénédiction… Et c’est ce qu’il faut voir dans Binasu, une simple bénédiction, comme au temps de la new wave la plus fraîche et insouciante. Je reviendrai sur le cas Kate NV, créature mutante qui en est déjà à son 2ème voire troisième visage dans son groupe Glintshake, démarré en 2011 depuis son arrivée à Moscou depuis la ville improbable de Kazan. La parenthèse Binasu a bien failli sortir sur le label Not Not Fun, mais son toujours classe patron Britt Brown avait semble-t-il souhaité n’en extraire que certains titres, ce qui mènera finalement Kate NV à le publier sur un autre K7-label ricain, Orange Milk. Consciente qu’elle n’a rien à voir avec le niveau d’amateurisme et d’inconséquence (sans condescendance hein, mais un peu quand même parce que life is too short comme dirait l’autre) du label, NV savoure peut-être ici une récréation bienvenue avant la reconnaissance qui devrait, logiquement, arriver bientôt, vu sa présence scénique et vocale. Dans un style proche, au niveau du personnage juvénile comme de la création autarcique et de la prod 100% logicielle (garageband pour Grimes…), il se trouve que ce disque enfonce Grimes, qui planait déjà à des milliers d’années lumières au-dessus du tout-venant """pop""" actuel empêtré dans des gimmicks post-r&b et un complexe agression/séduction. Ce qui place Kate NV tranquille dans la suavité des sommets.

note       Publiée le mercredi 26 octobre 2016

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(N°6) › mercredi 6 juin 2018 - 23:41  message privé !
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Qu'est ce qu'elle est chouette Kate NV en vraie. Du bonheur en tube concentré. Elle danse comme quelqu'un qui aurait presque existé. Comme dirait Momus, "I can see Japan" (normal vu de la côte Est de chez elle). D'après les compositions inconnues au bataillon, son prochain album est très prometteur.

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Klarinetthor › mardi 6 mars 2018 - 18:31  message privé !

Kate NV à Villette Sonique, avec John Maus et Flat Worms

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Klarinetthor › mercredi 16 août 2017 - 18:25  message privé !

Des commentaires pas con sur youtube suggèrent que KKU est une reprise de Kokoku de Laurie Anderson... je me dis que puisque Mister heartbreak est chroniqué, pourquoi pas mettre ça dans les reco vu que ça se rapproche... et tellement est délicieux cet album 30 ans d'age.

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Richard › jeudi 10 novembre 2016 - 07:58  message privé !

Merci pour cette découverte aériennement sucrée.

mangetout › mercredi 26 octobre 2016 - 11:30  message privé !

Effectivement le titre "Kata" sent les busheries à plein nez, même si la russe reste plus limitée dans ses capacités vocales. Le reste n'est pas mal, il y a des échos de new-wave qui accrochent le palais (j'aime bien le morceau titre, malgré les sonorités Prisunic/Tati assumées, il n'y a pas que les percus qui suintent le numérique), ça s'écoute comme un lait-fraise Haribo, mais passé l'entame de douceur chimico-vaporeuse, il ne reste pas grand chose, malheureusement. L'obsolescence est programmée à très court terme... Belle pochette au passage, très 80's japonisant.