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Spires That In The Sunset Rise › Beasts in the Garden

lp vinyle | 7 titres | 00:00 min

  • face a
  • 1 Beasts In The Garden
  • 2 Schluss
  • 3 Bitchin (For Suma)
  • face b
  • 4 Portabittaclog
  • 5 White On White
  • 6 Promised Land
  • 7 The Sun

enregistrement

Enregistré et mixé par STITSR - Masterisé par Sam Grant

remarques

« Pochette collage par Kathleen Baird, à partir d’une tapisserie « millefleurs » française de 1500 illustrant le mythe de Narcisse, tiré des Métamorphoses d’Ovide. »

chronique

Styles
musique répétitive
psychédélique
ovni inclassable
heavenly
Styles personnels
clairière aux mirages

Avec ce septième album, le duo américain Spires That In The Sunset Rise sort sans ménagement du giron acid-folk, et même folk, dans lequel on pouvait encore rattacher leur monumental This Is Fire. Ici, à part une cithare de montagne à sang froid égrenant ses fausses notes dans un marécage d’instruments à vent (l’ingrédient principal de tout l’album), de passage sur "Promised Land", aucun instrument à cordes. Comme leur nom semble si joliment le suggérer, Spires That In The Sunset Rise a achevé sa mue, s’est évaporé dans l’air épais d’une forêt abandonnée pour mieux danser au rythme de l’élément éthéré. Deux oiseaux rares. Deux nanas camouflées dans les roseaux de la rivière du temps. L’une aux flûtes (papillonnant comme chez Gong), l’autre au saxophone alto, le tout à l’unisson s’entremêlant follement, menaçant de partir en canon répétitif à la Steve Reich à tout moment. Quand ce n’est pas la densité d’un Urban Sax qu’on croit reconnaître dans cet enflement des sens (White On White). En fait, l’album semble partir dans ce jeu-là dès le début de la plage-titre, avant de se révéler plus ambigu et pas pressé, cultivant même cette incertitude entre émerveillement édénique et étourdissement des sens visant à l’empoisonnement. Jardin des délices ou jardin des supplices, leur cœur balance, tel le corps endormi du Paresseux sur son tronc d’arbre. Ou du singe araignée. "Beasts In The Garden", la chanson, est peut-être la seule chanson véritable du lot, s’imposant sans aucun mal comme une litanie médiévale révélant un âge perdu. Il y a le premier mouvement, celui de l’innocence frémissante dans la nature délicate, puis le deuxième, celui d’une sourde menace, lointaine, comme entendue depuis quelque glacier lointain, une plainte statique et songeuse. Puis retour au balancement initial, tressé de madrigal flûte-saxophone d’une beauté à se damner. "Schluss", c’est encore plus fort : c’est la vie secrète de roseaux et bambous dans l’étang aux miracles, les pieds dans le gourbi ancestral et la tête plumée dans le plus céleste des nuages… Pleuvra, pleuvra pas ? On voudrait que ça dure toujours, tellement c’est pur. Sans blague, sur ce début d’album, STITSR (c’est eux qui le disent) touchent au sacré mieux que chez Reich et Riley, et d’ailleurs toute la face A vaut 6/6. Je peux vous dire que ça n’aurait pas eu besoin de la pochette et de ses relents orphiques pour évoquer une fresque moyenâgeuse et envahie de végétation, sans oublier le flottement incertain d’un reflet à la surface d’une fontaine, l’écoulement paisible mais toujours inquiet de l’eau, toutes ces images qui prennent vie à l’écoute. "Bitchin (for Suma", d’ailleurs, s’autorise un solo de clavier incantatoire (pas du moog, mais pensez Popol Vuh, tombeau aztèque, mysticisme et signaux de fumée dans la vallée), seule incursion éléctronique dans l’album, pour ce titre épousant définitivement la clarté et le calme apparent d’un cours d’eau de forêt. Un cours d’eau à faible débit, ciel immense et changeant (virant au bleu-gris à vue d’œil, du genre fout ton K-way jeanine) reflété dans une eau limpide, laissant entrevoir un fond vaseux et minéral parfaitement serein et apaisant, contraste et harmonie tout à la fois avec ce ciel qui se reflète dans l’eau, ce blanc-bleu toujours changeant et incertain, féminin, contenant l’orage en germe sans jamais en montrer la première goutte, qui perturberait à coup sûr ce vertige miniaturiste-inclusif. C’est d’une précision d’horloger, mais le Grand Horloger, pas les petits suisses. On voyage très loin pour moins que ça. Là c’est carrément de l’expérience intime, visite guidée directement dans le cerveau, trip panthéiste. Merci.

note       Publiée le dimanche 18 septembre 2016

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