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CERCUEIL › To Bring You My Love

soundcloud • 1 titre • 06:37 min

  • 1To Bring You My Love06:37 [reprise de PJ Harvey]

extraits vidéo

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line up

Penelope Michel, Nico Devos

remarques

https://soundcloud.com/cercueil/to-bring-you-my-love-pj-harvey-cover

chronique

Styles
dark wave
indus
Styles personnels
reprise

S’il ne devait en rester qu’un ? La question bateau, celle qui mène droit sur l’île, la fameuse, la déserte. Question réthorique. Mais elle nous attend pourtant bien ou mal, l’île. On y arrive. On y est déjà, suffit que le brouillard se lève. Si on est un peu lucide. Souvent me revient une phrase de Michel Serrault dans « Nelly et Monsieur Arnaud », le film de Sautet : il vend sa collection de livres au prétexte que de toute façon « on finit par relire toujours les mêmes ». D’ailleurs la collection, cet encombrement qu’on doit tasser informe dans des cartons à chaque transition, pour peu qu’on en ait la chance. Des strates de tranches de couleurs qui avec le temps s’encrassent de poussière et de passif. Empilées, bêtement, connement, droit devant le lit, y a de quoi peser sur le moral. Sans compter, justement, les petits symboles d’euros (ou de francs pour les plus anciens objects) qui s’agitent au-dessus comme des icônes virtuels. Voilà ce que j’aurai fait de mon temps. Accumuler, ranger, souvent mal. Ou les mettre aujourd’hui ? Et quand arrivera la dernière boite, il en restera quoi ? Toujours les mêmes morceaux en tête ? C’est bien pratique la dématérialisation, tout dans un disque dur et hop. Mais il reste de la matière. Moche, sans personnalité, des rectangles de plastique neutres. Mais quoi, les objets n’étaient-ils pas un produit de l’industrie après tout ? De l’industrie musicale, certe, mais de l’industrie quand même. Le culte de vinyles, né des Trente Glorieuses, quand on y réfléchit, c’est pas du fétichisme capitaliste ? Ailleurs, dans des contrées moins inondées d’argent, c’était pas des cassettes pourries qui circulaient ? Des CD-R avec jaquettes imprimées à la main ? La musique ne vivrait-elle que pour son support chez ceux qui, paradoxe, prétendent l’aimer vraiment ? J’en ai entendu d’aussi qualifiés et respectables que Buzz Osbourne et Laurent Garnier railler cet orthodoxie, ce culte absolu et indiscutable du vinyle. Ca m’aura évité de plonger. La musique n’appartient-elle pas à celui qui la fait, qui l’écoute ? C’est de l’air, du vent et de la modulation. « C’est beau, ça nous occupe » dirait Philipe Poirier. Quelle relation à tout ça, tout ce fatras rangé dans des cartons, des boites, avant la notre, chacun la sienne, avec de la chance ? Chaque album, une histoire ? Du temps ? Plus quand on se gave aux cruches du taux de transfert élevé en tout cas. Dématérialisation, c’est bien joli, mais même quand on ne peut pas les foutre sur nos propre disques durs, il y a bien un endroit, physique, matériel, où toutes ces données, en 0 et en 1, sont stockées. Tout est matériel. Il n’y a rien d’autre. Soundcloud, c’est bien quelque part sur notre planète limitée. Pour nos oreilles limitées. Pour notre cerveau limité. Pour dérouler notre laps de temps limité avec un peu de grâce. Le 31 Décembre 2014, un groupe français nommé CERCUEIL, en capitales sans ironie ni pause car voici bien notre dernière destination garantie, avec un peu de chance, met « à disposition » comme on dit, un morceau sur Soundcloud, avec nombre de téléchargement limité. Une reprise de PJ Harvey. « To Bring You My Love ». Avec leur personnalité propre, leur son indus délité, fleurant l’éther et l’écume d’un amour pris de vertige, loin de la théatralité mystique de l’original mais en conservant sa terrible sensualité ici glacée par les fluides toxiques. « Pour t’apporter mon amour » disait Polly Jean en robe rouge, la première fois que je l’ai vu, un jour de 1995 à la télévision française, des années avant d’acheter cet album particulier. Celui qui serait le dernier, qui a été pratiquement le premier. Même sans vraiment rien y comprendre à l’époque, avant d’avoir vécu. Ce n’était que des mots, des histoires, des fictions. Aujourd’hui, « To Bring You My Love », oui, je comprends bien. Ce sont ces mots-là que j’emporterai, avec un peu de chance. Ceux-là et les autres, ceux de « Teclo » et « Down By the Water ». Sur mon île. Au début de l’année 2015, CERCUEIL a réouvert la boîte de Pandore, en ralentissant le tempo, en le transférant au coeur d’industrieuses nappes de vapeurs. Ca tombait à point nommé pour m’accompagner, alors que j’allais mettre en pratique ce qui, vingt ans auparavant, n’était qu’une fiction. Téléchargement limité. Format de compression MP3. Artwork Soundcloud pénible à récupérer. Capture d’écran ? Est-ce bien nécessaire ? Il n’y a plus que la musique, mise en boucle sur un petit appareil, écoutée dans la rue, marchant dans un but précis, avec une voix de fantôme dans la tête. Plus d’objet à ranger. Juste une mise en boite par synchronisation. Oubliés les cartons à venir. Juste une simple mise en boite. Ca nous attend gentiment, avec un peu de chance.

note       Publiée le dimanche 31 juillet 2016

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Shelleyan aka Twilight › dimanche 31 juillet 2016 - 21:38  message privé !
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je ne suis pas loin de partager l'avis de Klarinetthor sur ce coup...

Klarinetthor › dimanche 31 juillet 2016 - 21:35  message privé !

C'est vrai que graver, presser, imprimer, distribuer, ranger, archiver, le support d'une reprise si lisse, ce serait quand meme sacrilege. Un des meilleurs titres de Polly Jean en plus.

Note donnée au disque :       
Wotzenknecht › dimanche 31 juillet 2016 - 18:50  message privé !
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Belle chronique, et bien d'accord sur l'objet après mon septième déménagement en sept ans.