Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesPParis Obscur › Little monsters

Paris Obscur › Little monsters

cd | 15 titres

  • 1 You say
  • 2 Girl
  • 3 A dream
  • 4 The darkness of my soul
  • 5 Beauty
  • 6 Circus
  • 7 A voice
  • 8 Little monster
  • 9 I know
  • 10 The death
  • 11 You will see
  • 12 Obsessions
  • 13 Hell
  • 14 The end
  • 15 Lonely

enregistrement

Les voix ont été enregistrées live au Bond in Paradise et au Taniz, Second Life, afin de conserver les nuances d'énergie et de fatigue du timbre. Le piano acoustique a été enregistré à Cirey-sur-Blaise, France. Mixé au JBM Studio et au Désinvolte Studio, France.

line up

Paris Obscur (chant, instruments)

remarques

Tous les visuels sont également crées par l'artiste. http://www.paris-obscur.com/?l=fr#.V5BYm65iNz8

chronique

‘Si les rêves pouvaient marcher, je me demande où ils se rendraient’, cette ligne ouvrant la chanson ‘A dream’ pose une vraie question car de songes, ce disque en est rempli, parfois sous forme de cauchemars, parfois d’espoirs, de symboles, quelques fois encore comme un miroir dont l’éclat terrible nous fait comprendre qu’il n’est plus question d’onirisme mais bien de la vie réelle. ‘Little monsters’ n’est pas même un film, plutôt une scène de théâtre sur laquelle déambulent divers personnages exprimant leur point de vue, disséquant les différents angles d’une réalité globale. ‘Autobiographie ?’, me demanderez-vous, ‘Partiellement’, vous répondrai-je car s’il est évident que Paris Obscur a investi beaucoup de ses propres émotions et expériences dans cette œuvre, les protagonistes de sa trame développent une vie qui leur est propre. Voilà qui rend d’ailleurs complexe l’approche de ce disque : qui parle ? À qui ? Pour dire quoi ? Faut-il ressentir de l’empathie, de la haine, du doute ? Un exemple ? ‘Girl’, un titre lent, bluesy, poisseux, baigné d’orgues 60’s, parlant de viol, du point de vue de l’un des personnages, le violeur justement. Ce dernier explique calmement et sans vergogne comment il fera boire sa victime, la Princesse (titre symbolique), pour mieux la posséder, la rabaisser, la sentir sienne, l’abandonner brisée comme une marionnette sans âme. La batterie claquante, mixée en avant, implacable dans la lenteur de son rythme, rend la scène intense et pénible. Mais qui s’exprime alors sur le magnifique ‘A dream’ (au belles lignes de piano entre cabaret et néoclassique) ? L’artiste ? Un de ses personnages ? Il y est question de la perte d’un être cher : ‘tu es mon rêve, mon rêve mais toi tu ne voles pas, tu ne parles pas, tu ne pars pas car tu est mort(e)’ (les textes sont en anglais) et l’auditeur pourrait se demander si ce n’est pas simplement l’écho des paroles qui palpite à l’intérieur de son propre cœur. Deviendrait-il lui-même invité de l’univers de Paris Obscur ? Chacun trouvera sa propre réponse. En continuation de cette atmosphère mais en plus cabaret, une composition en français, ‘The darkness of my soul’ (reposant sur une texture composée de neuf sonorités différentes de piano), à priori écrite comme un message d’amour mais qui pourrait bien n’être au final que l’expression d’un autre protagoniste, le héros schizophrène déprimé. Comme le violeur, il reconnaît avoir brisé sa victime (‘De t’avoir tant brisée, mon cœur s’étiole, de t’avoir déchirée, je m’abandonne’) mais lui en souffre, n’a pas honte de clamer son besoin de l’autre. Rapports ambigus comme on les trouvait chez Lautréamont. Avant de poursuivre, un mot à propos du piano, instrument-clef de l’album. L’artiste y accorde une importance capitale qui l’a conduit à un travail de titan pour l’enregistrement ; plusieurs types ont d’ailleurs été utilisés, acoustiques comme synthétiques, parfois mixés ensemble, pour obtenir l’effet désiré, exigeant parfois un accordage quotidien. Son usage explique la coloration cabaret/néoclassique qui baigne l’ensemble mais on sent bien que l’artiste n’a pas souhaité s’y astreindre de manière trop conventionnelle (la palette d’influences explique ce besoin d’expérimentation, de sortie des sentiers trop balisés), ainsi sur ‘Little monster’ construit sur des structures évoquant une touche ballade folk américaine (voilà l’apparition d’un autre protagoniste, moqueur et cruel, aux limites de l’innocence), ‘I know’ qui voit l’adjonction de sonorités plus électroniques, ‘Obsessions’ avec sa batterie claquante, ses orgues, son feeling blues gothique ou encore ‘You will see’ (aux paroles complexes et intenses dans lesquelles un père explique son envie de tuer son enfant après avoir tué la mère (the Suicidal wife ?), ‘une larme coulant de ses yeux’… Toujours ce rapport trouble à la Lautréamont) pour lequel l’usage de la double pédale renvoie aux influences metal pour la batterie. Deux pièces instrumentales sont à noter, voulues comme des formes de respiration dans cet univers où les rêves, la mort, la folie, l’amour, le sexe se côtoient étroitement, trop étroitement. Le sexe justement, des obsessions, cette galette en est parsemée. Entre fantasmes, exploration (l’homosexualité exprimée du point de vue du partenaire hétéro délaissé sur ‘I know’), sadisme, besoin éperdu d’amour pur (‘Beauty’)… Là encore, chacun devra chercher ses propres clefs en se confrontant aux échos laissés par les tirades de chaque personnage dans sa propre âme. Gageure suprême pour Paris Obscur chanteur : parvenir à se couler dans l’esprit de chacun de ses personnages, lui prêter sa voix sans trahir ses pensées, parvenir à exprimer ses émotions à lui sur certaines pièces plus intimement liées à son vécu. Il s’en sort haut la main grâce à un timbre grave, profond, légèrement désenchanté parfois, un peu triste aussi, comme sur le final ‘Lonely’ où l’on devine l’artiste vidé après une telle prestation, seul face au chaos émotionnel tachant encore la scène. Autant vous prévenir, ‘Little monster’ peut certes s’écouter comme une collection de titres se suffisant à eux-mêmes (leurs qualités mélodiques les distingue les uns dans les autres évitant l’aspect trop pompier de trop d’albums concepts) mais pour qui souhaite s'y plonger comme un tout, il conviendra de s’asseoir comme on se préparerait à regarder un film. Ce sont plus de soixante minutes de musique qui vont défiler, écran noir d’un panel émotionnel difficile, ambigu, beau, puissant, émouvant mais qui ne laisse pas intact et je ne vous raconte pas quand on déchiffre les textes en tentant de comprendre la psychologie des divers protagonistes de cette histoire qui n’en est pas réellement une. À moins qu’il ne s’agisse de la vie avec un grand V ?

note       Publiée le jeudi 21 juillet 2016

Dans le même esprit, Twilight vous recommande...

partagez 'Little monsters' sur les rseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "Little monsters"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "Little monsters".

ajoutez une note sur : "Little monsters"

Note moyenne :        1 vote

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Little monsters".

ajoutez un commentaire sur : "Little monsters"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Little monsters".

ParisObscur › samedi 23 juillet 2016 - 14:45  message privé !

Merci Twilight pour cette très belle chronique ! Hazincourt : aucune allusion voulue à Clair Obscur, j'avoue (avec un tout petit peu de honte) que lorsque j'ai choisi ce nom et composé cet album, je n'avais jamais entendu parlé de Clair Obscur.

Twilight › jeudi 21 juillet 2016 - 13:42  message privé !
avatar

A priori, non, en tout cas concernant le nom. Mais je ne suis pas prophète ^^. D'une certaine manière, c'est vrai que ça se rapprocherait parfois des essais les moins post punk de Clair Obscur, dans l'intention en tout cas.

Note donnée au disque :       
Hazincourt › jeudi 21 juillet 2016 - 11:23  message privé !

ça semble intéressant ça ! jamais entendu parler :) un clin d'oeil à Clair Obscur dans le nom et la musique ?