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Ensemble al-Tchalghi al-Baghdadi › Maqâm Irakien - Tradition de Bagdad - Hommage à Yusuf Omar

2cd • 6 titres

  • 1Maqâm Rest
  • 2Maqâm Bayât
  • 3Maqâm Nawâ
  • 4Maqâm Hidjâz Diwân
  • 5Maqâm Adjam
  • 6Maqâm Mansûri

line up

Yusuf Omar (chant), Abdallah Ali (santûr), Shaoubi Ibrahim (djôzé), Hassan Ali al-Nakib (djôzé) Abdul Razzak Madjid (tabla) Kan’an Mohammad Salih (reqq) Dia Mahmoud Ahmad d(aff zindjârî) Ali al-Dabbou, Abdul W ahid Zeidan, Falih Djawhar , Abdul Kadir (chœur)

remarques

chronique

Styles
musiques du monde
Styles personnels
maqam irakien

Sombre ? Pas vraiment. Expérimental ? Non plus. Primordial ? Absolument. Il y a ce drôle d’argument, quand une discussion s’effondre sur les origines de l’origine de l’origine de la musique, de l’homme préhistorique avec des os ou des pierres ou des bouts de bois. Comme si le rythme était la chose la plus primitive chez l’homme – alors que ça n’est qu’une représentation occidentale de la musique de l’homme noir si doué pour les percussions. Deux bpm, c’est un rythme, mais pas sûr que notre conscience arrive à le considérer comme tel. Cette vieille idée vient-elle de la nature non-idiomatique des percussions, plus instinctives et donc plus à même de correspondre à l’homme des cavernes ? Car jusqu’ici, en tout cas, les plus vieux instruments retrouvés ne sont point des percussions mais bien des flûtes. Flûte ! Quelle drôle d’idée. La musique persane nous avait pourtant prévenue : un certains nombre des gushés du radif tentent de reproduire le chant des oiseaux. Hé oui, dans la continuité de « nous parlons parce que nous avons été parlé », nous faisons de la musique parce que nous avons été « musiqué » (selon le bon mot de Gilbert Rouget) – autrement dit la musique primordiale ne serait pas le rythme (qui apparaît plutôt dans les rituels religieux car, pour aller très vite, répétition = transe) mais le chant des animaux. La musique persane est donc avant tout naturaliste, et c’est là aussi une de ses particularités : c’est, jusqu’à présent, la seule musique au monde à avoir été une science avant de devenir un art. C’est d’ailleurs peut être pour ça que la majorité du radif persan s’affranchit du rythme pour laisser libre court à une narration dépendante des « intentions » du musiciens – plus ou moins rapide, selon des schémas codifiés mais arbitraires. Et donc, à remonter l’origine des origines, le maqam irakien, qui est en quelque sorte le squelette du radif persan, ou, disons-le, un régionalisme, lieu des toutes premières traces de musique « écrite » (chez les Hourrites) - je dis un régionalisme car à cette époque Iran et Irak c’était la même chose. Musique « écrite » car scientifique – il n’est point question de possession, de transe ou quoi que ce soit d’autres – et ce n’est pas l’ajout de poèmes postérieurs par les chanteurs qui y changera quelque chose (ce n’est pas tout à fait vrai, mais passons). Bon, vous imaginez bien qu’au travers les millénaires, cette pratique de la musique s’est modifiée (elle ne s’est plus écrite, déjà), s’est spiritualisée (lieu de l’Islam oblige) – mais là n’est pas la question. L’essence de la première musique savante, disons-le, se trouve ici. D’ailleurs, maqam ça signifie répartition, ou échelle – échelle mathématique de la répartition harmonieuse (et non pas harmonique) aka les intervalles. Soit, aujourd’hui, l’art de broder à l’infini la pelote des intervalles. Ce qui est assez génial concernant le maqam irakien (appelé également maqam de bagdad – à l’époque où l’Irak et l’Iran etc.), ce n’est pas qu’on y trouve l’origine des origines des origines (car ça, c’est tout bonnement impossible, à cause de ce qui s’appelle « le temps qui passe ») mais bien qu’au travers de l’histoire mouvementée de la région, il est devenu une chose autonome, justement comme son cousin le radif persan, dont il est si proche – drame, nostalgie, amour, trahison, sanglot, tout y est. Ce disque en est son témoignage – une formidable interprétation de ce répertoire fabuleux dont il n’existe quasiment aucune trace (d’autres disques proposent souvent le même enregistrement dont il question ici), et surtout plus aujourd’hui, vous savez pourquoi. L’ensemble al-Tchalghi al-Baghdadi et Yusuf Omar, le dernier maître du maqam irakien, offrent le dernier livre d’un autodafé annoncé. Enregistré en 1972, il n’y a plus rien eu depuis ; et pour cause – en tout cas rien « officiellement » parlant. Car la magie d’internet et du libre partage, comme pour de nombreuses autres musiques, c’est de pouvoir offrir des choses interdites, des choses oubliées, des choses volées sur des cassettes sur des enregistreurs pourris (comme on a pu le voir avec Abolhassan Saba en Iran). En voilà un beau paradoxe : l’immatérialité numérique gardienne de l’immatérialité culturelle. Le grand foutoir du web, caverne d’ali baba (ok c’est facile). N’espérez pas économiser vos heures sur les moteurs de recherche : la beauté pure, ça se mérite.

note       Publiée le mardi 12 juillet 2016

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microbe666 › mercredi 13 juillet 2016 - 22:18 Envoyez un message privé àmicrobe666

ah ouais je vois le truc allemand maintenant, du coup je me permets une dernière intervention HS https://www.researchgate.net/profil..., car ça mérite le coup d'oeil. Photos, description, explication des modes de datation et contextualisation (mais ça reste moins vieux que la flute-polémique slovène, de 8000 ans, une paille). Notons que ça a été déterré par Conard.

saïmone › mercredi 13 juillet 2016 - 19:45 Envoyez un message privé àsaïmone
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didgeridoo de stalagmite (dsl Yusuf, on parle pas de toi)

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › mercredi 13 juillet 2016 - 19:18 Envoyez un message privé àKlarinetthor

sissi (desole pour le HS dans le HS) les os trouvés en allemagne actuelle sont encore plus vieux que les peintures de Chauvet, c'est du 40,000 ans +, ce qui est generalement tricky a dater (cf limite ancienne de la methode carbone 14) mais la les auteurs ont reussi. Et les Neanderthaliens faisaient des tas de stalagmites regulierement coupées il y a 170,000 ans, donc plus grand chose ne m'etonne. Un jour on pourrait trouver trace de big band primatoides.

(N°6) › mercredi 13 juillet 2016 - 17:21 Envoyez un message privé à(N°6)
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@Saï : t'as vu le film de Pasolini sur Pythagore ?

microbe666 › mercredi 13 juillet 2016 - 17:11 Envoyez un message privé àmicrobe666

@dariev/n°6 : je pense qu'il s'agit d'os d'ours (slovènes). https://fr.wikipedia.org/wiki/Fl%C3.... Mais l'objet est source de nombreuses polémiques. Quelques sources revendiquées scientifiques sur le sujet : http://av.zrc-sazu.si/pdf/54/AV_54_... (revue des approches critiques quant à la nature de cet objet, dans un français approximatif) et deux publications qui tentent de montrer que "définitivement, non, ce n'est pas un instrument, pas même un merdier fait par un humain" : http://www.ih.csic.es/sites/default... et http://rsos.royalsocietypublishing.... (en gros l'idée serait que les trous dans les os d'ours seraient des traces de morsure de hyènes ... l'article de la Royal Society étant lui-même financé par la société des suceurs de hyènes de l'âge de glace, retenons surtout la phrase de Horusitzky - mon deuxième lien : "l’archéologue ne doit pas forcément décider pour une interprétation ou une autre, son rôle est de fournir tous les éléments disponibles pour que le lecteur puisse faire son opinion personnelle sur les problèmes préhistoriques où les preuves absolues sont toujours inexistantes."). Bon, ben à titre personnel, va falloir envoyer lourd de preuves pour que je pense que la pratique humaine instrumentale de la musique n'est pas née avec des percussions.