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Direction Survet › Kairos 84

lp vinyle • 8 titres • 00:00 min

  • 1Yak
  • 2La Mentirosa
  • 3Zobos
  • 4Constellation Myriades Martin
  • 5Porte Jarretelles
  • 6Kolère
  • 7Frais
  • 8La Gaufre Des Conquérants Paumés

line up

Stephane Cézard (guitare, mandoline double-manche blanche), Gandalf Goudard (machines), Lucas Spirli (claviers MS20, Wurlitzer), Sébastien Finck (batterie)

remarques

Dessin de pochette : Florent Le Men - Graphisme : Tristan - Co-édité par le label Folkwelt

chronique

Styles
progressif
psychédélique
Styles personnels
prog-psyché au grand air

Quand on arrive à un concert double-tête d’affiche de Keiji Haino (Japon, pape de la stridulence guitaro-vocale blafarde et du larsen) et de Konono N°1 (congo, inclassable transe africaine électrique et à la saturation joyeuse), le tout dans un festival de banlieue censé être de Jazz, et que la première partie s’appelle Direction Survet et vient de Saint-Benoît dans l’Ain, on comprend que les années 2010 sont la décennie de l’affranchissement des petites cases et du tout-anglo-saxon Rock dominant les débats… On comprend qu’on change un peu d’époque, en gros, au risque de sonner sentencieux. Cinq ans après, le constat est plus que jamais valide, internet a achevé d’accréditer l’idée que si ça rentre pas dans les cases, il suffit de forcer avec le pied (big up à mon facteur) et Direction Survet vient de sortir un nouvel album encore plus grisant. On peut rire de leur nom – c’est le but – et s’amuser de l’emploi du mot grec "Kairos", soit "point de basculement", instant d’illumination où le présent rejoint la transcendance, comme lors d’une révélation mystique ou la formation d’une religion, par exemple… Mais les détails ne sont pas si triviaux. Ils ne le sont jamais, dans le psychédélisme. Et Direction Survet fait du psyché. Certes, de façon oblique, sans connexion avec la tradition rock (psyché ou non), mais du psyché quand même. Un titre comme Zobos, écouté aux côtés de n’importe quel groupe psyché actuel et même ancien, surnage de la tête et des épaules. Le Kairos, ils le provoquent, sur scène ou sur disque, mais ils y vont peinard. En survet, quoi. Ce qui ressort d’un tel album, c’est l’idée que le prog et le psyché sont sortis en plein air, et que de plus en plus de zicos français se décomplexent enfin, et n’ont pas peur de ruer dans les brancards à leur façon : enfantine et colorée. Un détail de la pochette montre une télé cathodique abandonnée dans les herbes folles à flanc de montagne, et "La Gaufre des Conquérants Paumés" donne carrément l’impression d’entendre le son d’une borne d’arcade Donkey Kong résonnant au milieu de la jungle, atterrie là comme un cadeau venu du culte du cargo, ces avions qui survolent la jungle et dont les aborigènes mélanésiens ont développé une étrange vénération. Sans aller jusqu’à se parer des ruades alambiquées du progressif, ces types affichent une technicité au service de la dynamique collective, ce qui n’exclut pas, donc, une décontraction de chaque seconde, à tel point que tout le disque se danse, carrément. La formation s’est inspirée de l’Himalaya, comme l’indiquent la pochette ainsi que des titres comme "Zobos" et "Yak". Pourtant, c’est vers l’Afrique que semblent regarder ces six compositions, en particulier vers les accords arpégés en son clair de guitare électrique de la musique soukouss (Congo) dont le traitement rythmique requiert un toucher véloce que le guitariste Stéphane Cézard maîtrise sans heurt. Car là où les groupes cherchant à atteindre la transe sont de plus en plus nombreux, souvent via les rythmes métronomiques du krautrock, Direction Survet propose une intensité plus lumineuse, joyeuse furie débarrassée de toute évocation trop évidente. A part le Soukouss, à quoi rattacher ça ? Kairos 84 reste un disque de son époque, dans le sens ou l’engouement pour les musiques amplifiées africaines permet d’insuffler une nouvelle énergie au rock, moins lourde de références, et où la frontière entre solo et riff s’estompe. Le line-up du groupe sort à lui seul des sentiers battus : autour de l’assise du batteur Sébastien Finck (ex-Blondettes, dont les chanceux se souviendront comme d’un genre de supergroupe ovniesque et irrésistible dans un registre Slits), deux membres de la formation sont aux commandes d’une flopée de claviers analogiques, tandis que la guitare du groupe n’est autre qu’une double-manche hybride entre mandoline et guitare. L’ensemble est capable de soudaines bifurcations rythmiques et mélodiques, voire de formidables rushes d’énergie, comme ces La Mentirosa et ce décidément énorme tube qu’est Zobos, sursauts rock qui démarrent en trombe avant de s’échouer dans une grappe de notes de Wurlitzer. Un 6/6 de cœur, tempéré par la conviction absolue qu’ils feront mieux, et que leur futur sera classieux au possible.

note       Publiée le lundi 4 juillet 2016

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Dioneo › mardi 11 octobre 2016 - 14:36  message privé !  Dioneo est en ligne !
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En parlant de labels (pas que) locaux et de sportwear... SK Party : Direction Survet + Cantenac Dagar, vendredi 4 novembre au Périscope (Lyon). Je ne sais pas si d'autres concerts sont prévus ailleurs, ce coup-ci.

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Rikkit › vendredi 15 juillet 2016 - 21:22  message privé !

Les mecs sont français et jouent du prog comme Hatfield en a joué, comme Faust en a joué (excellente comparaison)et comme Yes a pu en jouer. Avec une prod mais tellement adaptée !

Non mais c'est rêvé ce truc sérieux.

Franchement SK Records, ils sont vachement sympas.

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Dioneo › mercredi 6 juillet 2016 - 10:45  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Très juste chro ! Tout à fait ça : difficile de raccrocher ce groupe à quoi que ce soit et pourtant la musique est d'une évidence assez confondante. Un côté prog et psyché-posé dans les claviers "d'époque" - mais peut-être plus encore "musiques d'illustration" circa seventies (j'ai parfois l'impression d'écouter une BO d'un film d'animation SF dessiné par Mœbius et/ou réalisé par Laloux ou Jodo... ; voire une dramatique radio de l'ère Pompidou dont le concepteur aurait gobé son carton et l'écrirait/la jouerait en montant peinard dans son trip...). Et oui, ce truc carrément "africain" - soukouss nettement, mais là et encore plus en concert, on peut penser à d'autres choses, contrées, parfois un côté "rock touareg" ou au bikutsi camerounais, à D'gary, le guitariste malgache, et à d'autres musiques de l'île... (Étonnant instrument en effet, au passage, cette guitare-mandoline à deux manches et deux vibratos). Et pourtant ça reste unique, leur bidule... Enfin, pour faire simple : écoutez ce disque, ça vaut très largement un simple clic ! (Et puis allez les voir s'ils passent par chez vous... Parce que le collègue a raison, hein : en concert c'est la transe qui chope à-l'aise-pépère-mais-sévère, ce groupe).

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Klarinetthor › lundi 4 juillet 2016 - 20:48  message privé !

je pense que leur dernier sera sorti le temps que tu publies ta chro; mais tu sais ca.

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