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Sun City Girls › Valentines from Matahari

  • 1993 • Majora VPG-LP-5765 • 1 LP 33 tours
  • 1998 • Majora (pas de cote) • 1 CD

lp/cd • 11 titres • 46:55 min

  • 1Black Tent7:24
  • 2Helicopters in a Vacuum2:23
  • 3On the Sign1:43
  • 4Way Over the rainbow5:00
  • 5Caravan of Scars3:53
  • 6Sev Acher2:38
  • 7Spark Chuckle Mustard4:54
  • 8Metaphors in a Mixmaster6:09
  • 9Levitating Orchards2:33
  • 10Caveat Emptor3:39
  • 11Circus Haddam6:41

extraits vidéo

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enregistrement

Non crédité.

remarques

chronique

DEBOUT ! Levez-vous, oui – Lazares comateux ou alanguis badauds qui pensiez vous en venir au salon de musiques. Partez d’un bond dans votre gigue ! Car ici sonne le Fracas, se percute et répercute l’Affolé Tôlé. La prise de son est brute, aussi nue que possible. Le mixage est sommaire – avaient-ils vraiment le choix, partant d’une si dure matière –, l’image sonore d’un seul bloc ou violemment tranchée, la guitare dans une enceinte, une oreille, la basse qui assaille l’autre. Et le jeu est… brutal. La manière heurtée. Nulle place ici, on y revient, pour un quelconque repos – serait-il cette narcose, ce flottement d’opiacés qu’ailleurs ils nous instillent. Les amplis sont débordés, l’attaque acharnée, qui coupe les trajectoires par dessus le bord des lacets, les revirements strient les surfaces en brisures et en entailles, s’y impriment en bris. Les frères Bishop et Charlie Gocher peuvent bien faire mine, à l’une ou l’autre piste, de vouloir reprendre, cette fois encore et cette autre, l’un de ces morceaux aux couleurs du triangle d’or – surf rock birman ou laotien –, d’inventer un épisode, encore, de leurs théâtres d’ombres sis entre Bali, le Caire, ou leurs plus familiers canyons… Rien n’y fait : c’est le BRUIT, qu’on entend, l’air qui se fissure, les circuits excédés qui toussent, les liseuses rassurantes qui se craquellent – d’un coup –, des raisons raisonnantes. C’est là qu’on se rappelle d’où viennent ces trois là. D’un rock voulu barbare, sans règle de premier sang. D’une scène qui, partie du hardcore, du punk, entendait faire lâcher les sangles, outrager toute mesure. Que ces trois-là, quelques soient les genres et pièces dont ils veulent s’emparer – fussent-ils censément les plus méchants, les plus instables, simplement les moins propres aux relevés, aux partitions, les plus rares – s’entendent toujours à leur imprimer cette torsion spéciale, à dissoudre les prises qu’on croyait y trouver. L’obstination, l’hors-de-soi ici mis à l’œuvre sont purement… Noise, free, même d’une sorte de No Wave. Aucuns intervalles sacrés, respectés – usés seulement comme ont fait des degrés d’angles, pour viser, fuser les projectiles, asséner les poussées, les bourrades. Il n’y a pas de notes pour faire des harmonies – mais des largeurs et longueurs de lames, des formes de tesson pour tailler dans la masse, les résistances, l’ouvrage et son passage. Ça tourne à l’hébètement, au vertige ahuri, de s’y confronter stoïque ou pétrifié, de rebondir sans fin une fois qu’on s’y est jeté. Ce sera bien ici la seule occurrence concédée d’engourdissement, la tétanie comme seule station tenable. Et ce sabir de tirailleur-coolie, à la fin, grotesque, bégayé puis vociféré, sur Circus Haddam – on croirait entendre Damo Suzuki ou Malcolm Mooney, de Can, qui viseraient l’embolie ou l’AVC –, c’est… Une blague ?! Peut-être bien. Peut-être pas. C’en serait une sale, alors. On ne va pas les quitter des yeux, de fait, leur présenter le dos. Il vaut mieux ne rien en perdre, de leurs manèges et manigances. Et puis tout net le tumulte s’interrompt. Comme si une bande, un câble, un fusible, avaient sauté. Comme si une main, d’un geste nerveux et sec, l'avait arraché. Vous vous rappelez, au fait, comment elle a fini ? J’entends : la soupçonnée espionne, la Mata Hari du titre ? Incarcérée à Saint Lazare, oui – tiens, ce prénom décidément. Puis criblée contre un mur. "… Et la Danseuse rouge s'écroule tête en avant, masse inerte qui dégoutte de sang...". (D’après Léon Clément Bizard, in Souvenirs d'un médecin de la préfecture de police et des prisons de Paris (1914-1918), Bernard Grasset, 1925, 240 pages).

note       Publiée le mardi 28 juin 2016

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WZX › dimanche 10 mai 2020 - 15:50  message privé !

Ouais le son il arrache bien (mais ça me plaît) : brut de décoffrage, tu sens que l'ampli suit pas et altère le signal, mais ça m'a plus l'air travaillé pour sonner tel quel plutôt que dû "aux moyens du bord". Ce qui est un peu gênant à la rigueur c'est la disparité du volume entre certaines pistes (et puis qui Sev Acher semble sortir d'une autre session qui parait tout doux/tout plat).

Dioneo › dimanche 10 mai 2020 - 15:32  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Ben fracas parce qu'ici quand ça part noise (et guitare noise, spécialement), ça fait pas semblant, et que globalement aussi, il y a ce son encore plus crade-cru que sur d'autres trucs d'eux, cru-cassant-agression plutôt que juste cru-dictaphone (ça ils ont aussi, genre beaucoup des plages de la Box of Chameleons, par exemple, qui sonnent comme les prises live au magnéto cheap faites dans le public qu'elles sont manifestement - ou alors c'est "bien" imité).

Mais on set d'accord hein : c'est aussi assez varié, changeant, pas le gros monobloc de bruit blanc du tout et oui, les gars ont toujours eu ce sens de la mélodie dans leur bordel, qu'ils les aient "empruntées" (les reprises de "pop de partout" qu'on trouve sur nombre de leurs disques, vraiment pas toujours nettement créditées) ou écrites. D'ailleurs on s'en rend encore plus compte en écoutant les disques des frères Bishop - Sir Richard et Alvarius B. - sortis (chacun de son côté) après la fin de Sun City Girls (les Alvarius B. d'avant/pendant c'était souvent encore bien chaotique), avec une prod et une approche moins abrupte, des arrangements plus manifestement écrits, un autre travail sur les nuances, les timbres...

Note donnée au disque :       
WZX › dimanche 10 mai 2020 - 15:19  message privé !

Terrain fertile mais vigilance de tous les instants recommandée !
J'aurais pas mis tant l'accent sur le fracas, tiens, moi, même si la liste des recommandations sous la chro donne un peu la teneur (et doit en dissuader certain-es). Totalement azimuté c'est clair, touffu comme rarement, mais aussi incroyablement riche, si bien qu'une fois au bout on ne se rappelle plus si distinctement d'où se trouve quoi. Faut dire qu'il y a pas deux fois la même structure, ni d'enchainements prévisibles, et pourtant tout se tient. Et au fil des écoutes on se rend compte que c'est loin d'être un simple foutoir, mais plutôt un monde aux raisons qui nous sont étrangères, dans lequel eux sont parfaitement à l'aise. Leur talent de mélodistes assez impressionnant aussi (Helicopters in a Vacuum qui choquerait pas tant après un Ornette Coleman circa 1960), comme cette facilité à créer du riff en barre (début de Black Tent, On the Sign), bon qui culbute assez vite en autre chose, ça je dis pas...