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The Legendary Pink Dots › Any Day Now

lp vinyle | 9 titres | 00:00 min

  • face a
  • 1 Casting The Runes [5:50]
  • 2 A Strychnine Kiss [3:00]
  • 3 Laguna Beach [3:00]
  • 4 The Gallery [3:00]
  • 5 Neon Mariners [5:30]
  • face b
  • 6 True Love [3:30]
  • 7 The Peculiar Fun Fair [0:20]
  • 8 Waiting For The Cloud [10:20]
  • 9 Cloud Zero [ 6:10]

enregistrement

Enregistré à "Rainy Farm", au Studio Klaverland, en Juillet 1987. - Technicien [Sound Processing]: Hanz Myre - masterisé à Holland Cutting Room

line up

Graham Whitehead (claviers, trompette sur la 2), Jason Salmon (basse), Patrick Q. Wright (violons), Stret Majest Alarme [Barry Gray] (guitares), The Prophet Qa'Sepel (vox, claviers), The Silverman (claviers, effets)

Musiciens additionnels : Tony Copier (batteur additionnel sur les 3 titres bonus du single "under glass" et sur la 8), Marylou (Ladyvox sur la 8)

remarques

Pochette par Stephan Barbery - L'édition cd comporte en bonus le contenu du maxi-single "Under Glass" : "Under Glass" (7:06), "The Light In My Little Girl's Eyes" (5:01) et "The Plasma Twins" (2:54), portant l'album à 12 titres et la durée totale à 54:44

chronique

Styles
gothique
dark wave
new wave
pop
progressif
psychédélique
Styles personnels
gothique flamboyant

Chaud devant, chef d’œuvre ! Chaudron bouillant et prêt à déborder, torrent de scènes expressionnistes et immédiatement captivantes. Any Day Now marque l’entrée des Dots dans la Zone. Un endroit extrême marqué par le sceau de l’inconnu, du malade, de la dissonance et de l’excès baroque. Mais un baroque surréaliste, cyberpunk. C’est leur album le plus violent et théâtral, emporté par ce regain d’énergie rouge sang, plus uptempo, parfois même enjoué sur The Gallery. Le son est bien plus net que sur Island Of Jewels, mais la magie poisseuse ne les a pas quittés d’une semelle. Les forces vives du groupe sont rassemblées pour bâtir des monstres comme Waiting for the Cloud ou Strychnine Kiss, où le line-up est porté à 9 musiciens. Un record pour ceux qui ne seront plus que deux à la fin de l’année suivante. Patrick Q Wright, le violoniste, se lâche ici avec force et fougue, c’est une nouvelle dynamique néoclassique presque Elfmannienne (on aurait bien vu The Gallery dans Nightmare Before Christmas) qui rythme l’album. Plus de concept, chaque chanson déboule avec le fracas d’un numéro satanique sur une scène de théâtre. Acte 1 : Scott Walker fricote avec Skinny Puppy dans une secte celtico-vaudou, puis boum, Acte 2 : Tuxedomoon s’essaie à la darkwave le temps d’un train fantôme. Chaque chanson est une nouvelle bourrasque de créativité. Acte 3 : Un piano cabaret nous sourit de toutes ses 36 dents tel un crâne Hamletien. En proie au tourment, les Dots oublient de répondre à la question… La face B, elle, sera une fresque de mort et de désolation. Déliquescence nucléaire en Transylvanie. On plonge, pour ne jamais remonter : le sans pitié Cloud Zero a la beauté d’une nausée soudaine devant une falaise abrupte, avant le saut final. Le vent qui nous fouette charrie une odeur de renfermé… Mais reprenons au début, dans ce disque qui file à toute vitesse : Casting the Runes raconte une histoire… C’est un chant de malédiction dans la lande moyenâgeuse, lézardé d’hallucinations prodiguées par l’ergot de seigle à la curieuse trouve encapuchonnée menée par Ka-Spel… Il est question de Madeleine, sorte de fantôme japonais apportant orage et malédiction sur la ville. Les rituels païens évoqués à la fin de la chanson deviennent sabbat hanté sur A Strychnine Kiss, effrayant déballage du baluchon Ka-Spelien… Ses visions sont faites de blasphème, de messes noires, d’anti-papes empoisonnant tous leurs ouailles et de danses macabres. Après le kitsch fleur bleue de Laguna Beach, le cirque des horreurs reprend sa morbide itinérance (The Gallery), une merveille kaléidoscopique, où les incursions de l’harmonium, de la basse fretless et des synthés cristallins ne font qu’accentuer la difformité de l’ensemble. Une valse excessivement gothique – au sens XVIIIème, "roman gothique" - peut-être la plus réussie de toutes les bizarreries en ternaire du groupe. La face A, qui contient déjà assez de magie noire pour 3 albums, s’achève en apothéose avec Neon Mariners, délire grippal indescriptible dédié aux victimes d’un ferry ayant coulé entre la Hollande et l’Angleterre, traversée dont les Pink Dots étaient de grands habitués. Les passagers ondulent à jamais sous les vagues et les algues, et dansent un bal orchestré par Max Ernst sur une rythmique cassée et boiteuse… Du Yellow Magic Orchestra période BGM, version goth et grandiloquente ? True Love prolonge un peu cette décadente saignée, sur un texte frappadingue qui dévoile le vrai visage du sentiment le plus idéalisé de l’histoire… Bien vite, le rideau moisi tombe sur cette troupe de zombies pour dérouler la fresque panoramique qu’est Waiting for the Cloud… Tableau probablement inspiré de la récente catastrophe de Tchernobyl pour le groupe, qui est ici à son plus ambitieux, basculant même en territoire prog le temps d’un pont qui attaque au lance-flammes la brèche si dangereuse entre ridicule et génie. Je renonce à décrire plus loin une telle chimère musicale, si ce n’est que la narration en est solennelle, aux couleurs tragiques et grotesques, comme une BD d’Alan Moore, et que la fin du titre – en rapport très ténu avec l’hideuse pochette - est d’une noirceur qui déflore soudain le disque de tout ce qu’il avait de joyeux dans son exhibition grimée. Cloud Zero nous laisse mains tremblantes, comme l’alchimiste dont l’expérience a viré au désastre le plus affreux, livré à soi-même dans un no-man’s land plus grand qu’un continent, là où le ciel et le sol s’évaporent ensemble dans un dernier rictus d’épouvante. Le dernier instant le montre prisonnier de son désespoir tandis que la vie continue autour de lui, dans quelque contrée du bout du monde où l’a téléporté sa folie. Il est minuit, Dr. Manhattan. Grand disque, définitif à tous les niveaux, à des milles devant le triste peloton new-wave de cette fin des années 80. Indispensable.

note       Publiée le lundi 4 juillet 2016

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dariev stands › vendredi 15 septembre 2017 - 19:27  message privé !
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Très bon résumé pour s'y retrouver dans la disco du groupe, avec une liste pour les "vrais albums" similaire à celle que j'avais fait sur leur page artiste de guts. J'aurai mis au moins Poppy Variations dans les vrais, nonobstant sa sortie simultanée avec d'autres, mais pour le reste, je suis d'accord avec tout, les commentaires sont ceux d'un vrai connaisseur.

https://www.discogs.com/user/RTW/lists?header=1

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Kagoul › mercredi 6 juillet 2016 - 20:42  message privé !

Moi aussi il m'en manque trop ! 195 réalisations pour la Full digital discography !!! Quelqu'un ici l'aurait acheté ? ;-)

Note donnée au disque :       
nicola › mercredi 6 juillet 2016 - 20:35  message privé !

Moi, c’était le deuxième après The tower.
Il m’en manque encore tellement…

Kagoul › mercredi 6 juillet 2016 - 20:30  message privé !

Mon premier LPD ! depuis j'ai une trentaine d'albums :-) c'est dire à quel point j'ai accroché. chaque disque est unique, prodigieux. Et celui là est humm divin. J'ai vu que l'intégrale est dipo pour 900 euros mais en flac. ça aurait été en physique, j'aurais pris !

Note donnée au disque :       
sergent_BUCK › mercredi 6 juillet 2016 - 00:35  message privé !
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Casting. the. runes.