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Yonatan Gat › Director

cd/lp • 11 titres • 29:15 min

  • 1East to West5:06
  • 2Casino Café2:08
  • 3Canal1:28
  • 4Gold Rush3:14
  • 5Theme from a Dark Party1:49
  • 6North to South5:48
  • 7Boxwood1:23
  • 8Gibraltar3:23
  • 9Underwater Prelude0:57
  • 10L’Atlantis2:07
  • 11Tanto Que Nem Tem1:52

informations

Enregistré par Chris Woodhouse aux Docks, Sacramento, les 4 et 5 août 2014. Produit et monté par Yonatan Gat.

Peintures : Ian Guper, inspiré part l’art de Clement Valla.

line up

Yonatan Gat (guitare, field recordings), Gal Lazer (batterie, piano), Sergio Sayeg (basse, voix principale)

chronique

Je me souviens parfaitement ! Ce soir, là, l'endroit, la rencontre. Cette fin de printemps qui déjà s’emparait de tout, plombait, poissait les corps et puis les allumait… Ce soir-ci, en tout cas, on étouffait – déjà, juin à peine entamé. On s’enfumait, aussi, bien à l'aise. On écoutait des machins pleins de volutes et tournoiements, pour se mettre en train. On faisait mine de vouloir se faire tomber de quelques degrés à coup de rosé pas bien cher. On savait bien – allons – que ça n’aurait d’autre effet – même à terme assez court, on n’avait même pas besoin de s’avouer tout haut, en fait, que c’était bien ça, le but – que de nous enflammer encore plus l’encéphale, la couenne… Bon. Et je n’avais encore jamais entendu parler de Yonatan Gat, à cette heure. Ni ce trio-ci, qui joue là, ni de son groupe d’avant, Monotonix – concoction, concrétion de cambouis acides, garage velu et branque, foutraque et condensé. Ça viendrait. Pour le moment on arrivait à la Triperie, dans les pentes. On n’était pas tant que ça – même assez peu –, en dehors de ces mêmes potes et moi, tous dans ce bel état, disais-je à s’y être bougé. Quelques joyeux, autant, les autres restés sans doute aux terrasses où chez eux rideaux fermés, à chercher la fraîcheur. Ça suffisait… Il exsudait, le petit cercle. Oui, littéralement… On s’était mis en rond, la première partie passée, pendant que Gat, Lazer et Sayeg installaient la batterie, les amplis, à même le sol, au milieu de la salle. Et puis… C’était parti ! Et si peu qu’on y ait été, il avait bien fallu qu’on bouge. Comment… Comment font-ils, ceux qui en présence de ceux-là – de ça – parviennent à rester le train vissé par terre ?! C’est agité, pourtant, ça cingle, ça vous fonce pleine face avec des crochets vicieux, acrobatiques… Ils jouaient sans déferrer, jamais – même quand ça s’apaisait en surface, on sentait bien que c’était histoire surtout de ramasser la prochaine décharge. C’était encore une sorte de garage, oui. Assemblé, soudé à l’arc. Le truc articulé solidement, tout mouvant mais les bouts arrimés, les rotules renforcées – sans ça, c’est sûr, tout se démettrait. La section rythmique roulait, chopait le tournis dans l’interstice, tout juste, où le décalage fait trébucher puis se rattraper puis perdre pied puis se remettre puis… Finalement tourner, encore, se sentir brinquebalé autour de soi-même, pivot, bille. De temps en temps un des trois se mettait à chanter – fort, psalmodié presque, le son des instruments se retirant, tombant d’un bloc pour que ce soit audible. En hébreux, portugais, espagnol, je ne sais plus (peut-être une sorte de ladino, djudezmo, bref… on avait tout de suite compris, de toute façon, qu’avec ces trois-là, ça ne passerait guère par les mots). Et puis ça reprenait ! Encore plus intense, serré, embardées emballées et trames tenues obnubilées. Yonatan Gat, là-dessus, envoyait un drôle de déchaîné. Une manière de surf-rock mais avec un autre accent – vernaculaire ou bien sabir étonnamment structuré, approprié. Des gammes d’un orient médian – celui sis au milieux de mondes qui s’y collisionnent, s’y soudent et s’y défont, parfois, accidents, passes, épisodes historiques, s’y rencontrent un moment. D’autres modes qu’on aurait juré sub-sahariens. Encore – je découvrirai ensuite que Gat avait vécu entre temps au Portugal – ces traces d’une sorte d’Ibérie aux contours incertains, mobiles. Tout ça jeté brut, l’improvisation tenue ferme et sans cesse maintenue ouverte, aux brèches engouffrée, appel d’air. On respirait vite. Les mecs continuaient, débitaient d’une traite les fragments dans le flux, soutenaient le cri. On l’avait tous joyeuse – la fournaise, la berlue peut-être un peu, la galopante ivresse. On croyait voir une sorte de Dick Dale poissé de sueur et pollens collés. Même parfois une espèce d’Hendrix qui se serait inoculé un drôle de brouet andalous, rapsode d’avant la Reconquista tout à coup fiché dans l’ampli, morceaux pris ça et là dans les voyages, les contrées, et dont il faisait pièces, qu’ils assemblaient en ce bloc plein d’accrocs mais sans défaut à la carcasse. Pas évident, on s’en sera douté, de faire passer sur disque cette fabuleuse intensité, ce constant ébranlement du concert, ce que cette musique touche alors – et pleinement – jouée au milieu d’une assistance, sonnant à même les corps. Sa folle liberté, son caractère brut, compact et fourmillant tout autant, continuelle échappée mais centres de gravité jamais ratés, rien qui porte "à côté". Le trio, à mon sens, parvient ici à nous la rendre entière – en quelque sorte en la "déplaçant". C’est à dire que Gat – avec les autres, oui ; mais lui, aussi, a découpé les enregistrement, choisi, monté les prises ainsi retenues – ne tente pas d’imiter cet espace instable des villes et des soirs, des salles, arrière-salles, caves, galeries... C’en est un autre, plutôt, qu’il crée. Nouveau tenant topographique ; toujours ces passages – scènes et atmosphères pris à des rues, des lieux publics – fondus dans la musique, lui faisant perspectives, la logeant. Mieux, ici, à mon sens, que sur Iberian Passage, sorti l’année d’avant sur le même label. Et si l’exultation frappe moins qu’en direct, de ces morceaux sans brides, les charges n’en finissent pas moins – et très vite, sans prévenir – par taper aux récepteurs, infuser. Psychédélisme inattendu, ici moins asséné, certes, certainement moins brutal et saisissant, un peu plus diffus, oui, mais pas moins intoxicant. Il faut se méfier, on vous disait, des saisons aux airs tranquilles, alanguis. Des chevelus en chemises blanches, aussi, qui commencent sans se présenter… On avait fini cette fois-là dans un genre de tout petit parc, aux abords d’une bouche de transports. Ça passait encore, autour, à côté, ça se pressait avant qu’on ferme. C’était encore un monde plein d’odeurs et de feuilles qui bruissent et la fraîcheur venant enfin faisait craquer les matières sèches.

note       Publiée le mercredi 8 juin 2016

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Yonatan Gat en concert quelque part pas loin de Lyon ce dimanche (28/10), avec Tout Bleu - projet présenté comme "no wave" avec Agathe Max, Simone Aubert de Massicot/Hyperculte/J'menfous... et un(e) certain(e) POL. Ça se peut que ça puisse se faire, perso !

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Ouaip, c'est quand-même plus brut que The Gift, par exemple, on peut trouver - mais je vois ce que tu veux dire. (Et que "I want to live in America" à plus forte raison ?). Faut voir les gars en concert pour se rendre compte à quel point c'est du power trio en même temps que du jam-band, ceci-dit, le côté garage et psyché qui ressort moins fort sur les trucs studio.

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    Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

    On dirait une bande de surfeurs orientaux qui ferait de la reprise de theme populaire americains (genre du West Side story et tout le folklore) pour faire danser le peuple. La dessus il y a des similarités avec certains Zorn ou SC3.

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