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David Bowie › ★ - Blackstar
informations
Enregistré au Magic Shop et aux Human Worldwide Studios de New York.
line up
David Bowie (chant, guitares, harmonica), Ben Monder (guitares), Tim Lefebvre (basse), Mark Guiliana (batterie), Donny McCaslin (flûte, saxophone, bois), Jason Lindner (claviers, piano)
Musiciens additionnels : James Murphy (percussions, [4] et [5])
chronique
Il y a certaines chroniques qui sont vraiment dures à écrire, qu'on aimerait peut-être même ne pas écrire. Ou plutôt qu'on aurait aimé écrire différemment, mais le destin en a voulu autrement. Clairement, cette chronique du dernier album de David Bowie fait définitivement partie de celles-là. Il est inutile de vous dire à nouveau à quel point cet artiste m'a marqué, je n'arrête pas de vous le rabâcher. Et forcément, ce 10 janvier 2016 (2 jours après la sortie de ce "Blackstar") restera comme une sale journée, à marquer d'une sinistre étoile noire. David Bowie restera pour moi l'Artiste total. A une époque où les artistes sont cloisonnés dans des cases d'où ils ne peuvent pas sortir, Bowie était un véritable OVNI avec une discographie tellement diversifiée, touche à tout génial, ayant joué de tous les styles possibles (folk, rock, pop, soul, new wave, disco, jungle, indus, narration, jazz, hard rock, reggae et j'en oublie) simplement parce qu'il en avait envie et avec une certaine cohérence, toujours avec sa touche personnelle qu'il savait injecter. Il n'a toujours voulu que brouiller les pistes tout au long de sa carrière en ne restant jamais prisonnier d'une image, d'un projet, d'un style. Il a mené sa carrière comme il l'a désiré, avec ses (rares) échecs et ses (nombreuses) réussites. On savait bien évidemment qu'il n'était pas immortel, il avait bien eu quelques soucis de santé au milieu des années 2000 qui l'ont tenu éloigné des scènes mais il était revenu 10 ans plus tard avec un très bon "The next day". Et comme à son habitude depuis quelques années, c'est dans le plus grand secret qu'il a mis en boîte ce nouvel album. Il se savait condamné sans jamais rien annoncer de sa maladie, tout est resté secret. L'album est sorti et deux jours après il s'en est allé, un peu comme s'il avait délibérément mis en scène sa mort et que "Blackstar" était en quelque sorte la bande son. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un album posthume, on ne peut pas dissocier son écoute de son décès. Le public n'a pu véritablement l'écouter de son vivant que pendant le temps d'un week-end. En ce qui me concerne, n'ayant pas été libre ce week-end-là, j'avais prévu de prendre le disque le lundi... jour de l'annonce du décès de David. Bref, la découverte de ce disque n'a pu se faire qu'en même temps qu'on se faisait des soirées hommage à l'oeuvre de l'artiste. On ne peut donc pas enlever cet état d'esprit dans la découverte de cet album. C'est déjà en cela que ce dernier album studio est singulier, il ne ressemble en rien aux autres sorties. Je voudrais bien insister sur ce point pour que vous intégriez l'aspect hautement émotionnel que les fans, y compris moi, ont eu à l'écoute de ce disque. Et avant même l'écoute, la découverte de l'objet... Déjà, il s'agit de la première pochette d'album de Bowie où il n'est pas explicitement représenté sur la pochette. Oui, oui, c'est bien la toute première fois depuis son album éponyme de 1967. Ensuite, à part cette pochette blanche où seules les étoiles sont noires, tout le livret est complètement noir avec des surimpressions noires sur fond noir ! Le ton est véritablement donné ! Et donc musicalement, il donne quoi ce "Blackstar" ? Tout comme son livret, le disque est sombre, très noir. Sur le premier morceau éponyme, de pas loin de 10 minutes, on sent déjà la voix de Bowie peu puissante, fatiguée, sur une musique syncopée, très electro-jazz pas facile d'accès. Ces 4 premières minutes sont déroutantes et puis, et puis, on retrouve ce Bowie doux, au milieu d'une accalmie avec des mélodies se rapprochant de "Heathen" et "Reality" me rappelant "Loneliest guy". Assez vite, on comprend. Bowie maîtrise totalement son sujet. Le morceau prend une tout autre ampleur. C'est comme si Bowie mettait en scène sa mort, tout d'abord sur son lit de mort puis s'élevant vers les étoiles. Ce début d'album est fort, peu évident au premier abord, mais extrêmement puissant. Il s'agit pour moi du titre le plus emblématique de ce disque avec cette atmosphère feutrée, très moderne, froide et solennelle. Pour une entrée en matière, on a connu plus léger et direct... On est notamment à des années lumière de son précédent album "The next day". La suite est un peu plus conventionnelle (quoi que...) mais toujours avec cette ambiance jazzy et ce saxo omni-présent, comme sur le sublime "Lazarus", rappelant directement "Black tie white noise", mais l'album va bien plus loin. On retrouve des rythmes jungle, en version jazz, sur "Sue", faisant écho à ses autres disques des années 90, "Earthling" et "Outside". En fait, bien que difficile d'accès, Bowie réussit à faire une sorte de pont entre les années 2010 et ses 50 ans de carrière tellement on retrouve des éléments de ses précédentes œuvres. De-ci de-là, on arrive à trouver des traces du passé, un peu de folk des débuts sur "Dollar days", une touche de "Low" sur "I Can't Give Everything Away", une ligne de chant d'"Hunky dory"... Même diminué, la performance de Bowie est belle, son chant est posé, jamais forcé, et toujours juste. L'interprétation est superbe avec des musiciens au top niveau et une production optimale, ultra-léchée et profonde, rehaussant la noirceur du disque, aidée par une basse au son très rond et bien mis en avant. Au final, l'album est émotionnellement difficile et lourd, mais d'une qualité indéniable et incroyablement bien travaillé, avec le souci du détail. Il n'est absolument pas représentatif de la carrière de Bowie, mais en même temps, il contient indéniablement la patte de l'artiste, son style, sa sensibilité, son touché. Peu d'artistes peuvent se targuer d'avoir pu avoir une carrière aussi diversifiée, pouvant changer de style d'album en album sans avoir à supporter les foudres des critiques et des fans. "Blackstar" est une réussite totale, malgré la gravité du sujet et de sa signification. David Bowie aura eu une carrière impressionnante jusqu'à sa sortie, par la très grande porte. Chapeau bas et merci pour tout !
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- Richard › Envoyez un message privé àRichard
Oui, mon allusion quant au côté hagiographique du reportage tenait surtout au propos de la voix off qui était pour le moins lunaire pour rester dans le domaine du Londonien. Comme vous, j'ai été donc surpris par la place prise par les années Tin Machine et les relatifs manques (période 1977-1980 et 'Outside' entre autres), mais avec le recul, articuler ce reportage sur la carrière du Londonien autour de Tin Machine même si tout le monde connaît ce moment est assez intéressant et pas si bête. C'est un point à la fois de rupture (faire table rase des années 80 honnies) et une véritable envie de renouveau qui se concrétisera de manière splendide avec 'Outside'. Je vous rejoins naturellement sur le véritable choc que fut aussi pour moi la disparition de Bowie.
Message édité le 13-01-2026 à 19:15 par Richard
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- Pielle › Envoyez un message privé àPielle
Finir sur ça quand même, il n'y a que Bowie pour le faire, quelle classe... douloureuse !
- Pielle › Envoyez un message privé àPielle
Je viens de finir de voir le documentaire "David Bowie, dernier acte" sur le replay d'Arte et personnellement je ne le trouve pas hagiographique, il pointe même des traits particuliers de l'homme, notamment son rapport à l'amitié très particulière, je t'utilise et je te zappe, où encore les piques sévères sur l'époque Tin Machine. D'ailleurs, si critique il devait y avoir de ma part, c'est sur l'équilibre entre les différentes séquences de la carrière de Bowie qui me pose problème. Pourquoi passer autant de temps sur celle de Tin Machine et laisser dans l'ombre celle de 1976-80, qui va de "Low" à "Scary monsters", période quand même beaucoup plus riche, le post-punk, la new-wave, la cold-wave et autres dérivés n'auraient pas eu la même couleur sans ces albums. Ceci dit, je n'ai pas boudé mon plaisir à son visionnage, d'autres éclairages sont apparus, tant le personnage est complexe. 10 ans putain, j'ai affreusement vieilli...
- GrahamBondSwing › Envoyez un message privé àGrahamBondSwing

Le rock-critic Cameron Crowe avait publié cet hommage à chaud, il y a donc dix ans (en anglais) : David Bowie: Self Portrait - 1976
- Note donnée au disque :
- Richard › Envoyez un message privé àRichard
Même s'il souffre parfois d'un côté quelque peu hagiographique, ce documentaire est effectivement loin d'être inintéressant. Les interventions de Dana Gillepsie, Goldie, Hanif Kureishi entre autres offrent un autre angle d'approche et entendre la version de 'Changes' jouée au festival de Glastonbury de 1971 au petit matin est très émouvant.
- Note donnée au disque :
