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Freddie Gibbs & Madlib › Piñata

cd | 17 titres | 60:12 min

  • 1 Supplier
  • 2 Scarface
  • 3 Deeper
  • 4 High
  • 5 Harold's
  • 6 Bomb
  • 7 Shitsville
  • 8 Thuggin'
  • 9 Real
  • 10 Uno
  • 11 Robes
  • 12 Broken
  • 13 Lakers
  • 14 Knicks
  • 15 Shame
  • 16 Watts
  • 17 Pinata

line up

Madlib (production), Freddie Gibbs (MC)

Musiciens additionnels : Danny Brown (MC - "High"), Earl Sweatshirt (MC - "Robes"), Raekwon (MC - "Bomb"), Scarface (MC - "Broken"), Domo Genesis, Ab-Soul, Polyester the Saint, BJ the Chicago Kid, Big Time Watts, G-Wiz, Casey Veggies, Sulaiman, Meechy Darko, Mac Miller (MC's)

remarques

L'édition limitée contient quatre pistes bonus : 18/ Deep - 19/ Cold on the Blvd. - 20/ Terrorist - 21/ The Morning After. La pochette inférieure est celle de l'album instrumental ; la peluche d'âne remplie de cocaïne renvoie à la "Piñata" du folklore mexicain (une figurine de forme animale - le plus souvent un âne - remplie de sucreries ou de jouets et que les enfants doivent traditionnellement frapper à coups de bâton jusqu'à ce qu'elle éclate) mais également au passeur de drogue, couramment appelé "mule". Le titre de l'album a été inspiré par un rêve de Freddie Gibbs dans lequel des enfants frappent une piñata fourrée à la cocaïne (cf. HipHopDX 04/13).

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangsta rap alternatif

Survêt' triple-bande sur pochette à zébrures. Camouflage sur camouflage, jusqu'à l'intitulé : Piñata fait corps avec son environnement. C'est le feutré du cinématographique, couplé à la dureté du réel... Flow de daron entre deux âges, grave mais véloce, instrus laiteuses d'un vétéran assis dans la pénombre du studio, moments de détente et zones flippées... Protagoniste rudimentaire et familier dans décor soigné, pour disque velouté, moiré, tout en clair-obscur moelleux. Un genre de gangsta-rap à gourmette mais avec le sceau "hip-hop de fin gourmet" apposé par Madlib, qui m'inspire une nuit tranquille et en même temps, pas si tranquille... autant qu'une matinée douce-amère, avec son MC qu'on imagine menacé de toutes parts après le deal de trop, jusqu'à sortir en peignoir un Uzi à la main lorsqu'il va ramasser le journal tout juste jeté sur sa pelouse, en lançant un regard torve au livreur en bicyclette... Le patelin est tranquille, quartier résidentiel de banlieue avec ses oiseaux, ses arbres, ses voisins, mais quelque chose sent le danger... L'ennemi est dans les fourrés, il guette. La peur est dans le gosier, prête à péter. Comme cette mélancolie d'un hip-hop révolu et cet amour des disques samplés, cette ambiance qui semble fusionner les années 70, 80, 90 et 2010, patte vintage-envoûtante d'un fauve ancestral. À travers ce son aussi ébène qu'albino peaufiné par Otis Jackson Jr., on sent dans cette association gangsta/geek un amour du détail et un juste équilibre des choses, entre tradition du rap racaille et envie de laisser son tag un peu perso quelque part sur ce gros mur archi-gribouillé. Du sample cousu main, des basses parfaitement calibrées pour ronronner sous les motifs chatoyants et profonds de ces boucles, telles les suspensions généreuses et les cuirs bien sélectionnés d'une banquette de bagnole contre laquelle on ne troquerait ni son plumard ni son canapé. Derrière le cachet "gangsta-rap pour public intello" se déploie une ambiance digne des meilleurs polars intimistes, ceux qui prennent leur temps, avec en premier rôle un zonard au charisme franc du collier. Ouaip, Gibbs est clairement du côté LAMBDA et QUIDAM de la force, pour ainsi dire un factotum dans ce jeu rap... C'est sa limite et sa force, Madlib lui offrant l'écrin idéal à ses tranches de vie, des instrus syncrétiques auréolée d'un je-ne-sais-quoi qui sonne "hors-époque". Une fois qu'on visualise le truc dans son ensemble, on s'y attache ; on serait presque peiné de la présence de tous ses invités autour de Freddie, quelque soit leur palmarès... Parce qu'on préfère se coltiner cette petite teigne à l'air de mec qui fera pas de vieux os, savourer son flow pour slows et cavales entre les bungallows sordides, ses rushs d'adrénaline rares mais grisants... son funk sinistre en ouverture, le groove quasi-omniprésent, et cette matière soul tenace dans laquelle Madlib puise désormais par pur réflexe artisan. Avec Piñata, il semble avoir signé son meilleur patchwork depuis Madvillainy, et même le meilleur tout court, puisque Madvillainy est tout de même assez chiant. Varié, avec un style de prod différent à chaque piste, mais une cohérence sans faille. Avec même des pistes intelligemment fracturées comme ce "Real" qui démarre à la Wu avant de muter abruptement en ballade quasi-onirique. Piñata passe béchamel, et sa profondeur lui permet de gagner tranquillement mais sûrement ses galons au fil des écoutes. Comme dans 99% des albums de hip-hop il y a du mou, c'est sûr, et ça tire en longueur dans le dernier tiers... Mais le final est excellent... Et puis il y a "Shitsville", morceau génial mué par l'urgence, dernière confession, comme s'il ne restait plus que 3 minutes à vivre à Freddie et qu'on lui autorisait un ultime freestyle, nonstop, un rap sincère et fulgurant : "You motherfuckers are just like me". Peut-être le seul titre de Piñata qui colle vraiment au cerveau - mais c'est aussi parce qu'on en oublie presque la totalité une fois fini qu'on a envie de le réécouter c't'album, parce qu'il a le doux parfum d'un souvenir, alors on pourra se rendre compte qu'on le connaît bien - et qu'on y est bien. Du coup si l'émotion pointe un peu son museau humide par endroits, ce n'est pas accidentel. Parce que c'est l'album de ce MC plutôt banal qui se rassure comme il peut avec le pathétique bling-bling, mais qui reste ancré dans la merde de son quotidien, et qui ne parle à peu près que de ça. On en aurait sûrement rien eu à battre de ce mec, si Madlib n'avait pas été aux commandes. Sauf qu'il a mis sa gueule de rien en valeur, et voilà. Gibbs sur du Madlib c'est un morceau d'asphalte qu'on aurait posé sur un coussin de bijouterie satiné, un truc gris aux reflets brillants, interlope, ambivalent, comme les humeurs de la vie, les sillons du vinyle... Ou les rayures d'une peau de zèbre...

note       Publiée le dimanche 11 novembre 2018

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